De graves dysfonctionnements dénoncés à Clos Fleuri

| mer, 20. déc. 2017

Selon les syndicats, la direction de la Fondation Clos Fleuri, à Bulle, fait régner la peur et met une pression constante sur ses collaborateurs. Des parents de résidents et des employés de la Fondation témoignent anonymement de graves dysfonctionnements.

PAR XAVIER SCHALLER

Direction tyrannique, climat de peur, mobbing, licenciements. Selon les syndicats, la vie à la Fondation Clos Fleuri serait difficile, que l’on soit résident ou membre de l’équipe d’encadrement. Pour dénoncer un climat qui se détériore depuis des années, la Fédération des organisations du personnel des institutions sociales fribourgeoises (FOPIS) a convoqué la presse, hier à Bulle.
«Selon plusieurs employés, 83 départs ont été enregistrés ces cinq dernières années, dont 16 licenciements», indique Bernard Fragnière, président de la Fédération des associations du personnel du service public du canton de Fribourg (FEDE), dont la FOPIS fait partie. Clos Fleuri emploie 180 personnes et en accueille presque 200 en situation de handicap, adultes et enfants.
«Comme il y règne un climat de peur, personne n’a osé venir témoigner aujourd’hui à visage découvert.» Mais les employés et parents de résidents que La Gruyère a rencontrés font état de très graves dysfonctionnements (voir ci-dessous).
D’autre part, 43 employés actuels ont signé une résolution qui dénonce «le traitement brutal infligé à certains collègues», les pressions de la direction, le climat de travail pesant ou encore la baisse de qualité de la prise en charge des résidents.


Directeur mis en cause
Directement mis en cause, le directeur Charles Butty a réagi aux principales critiques qui lui sont faites. Mais les syndicats estiment que le dialogue n’est plus possible avec lui. Le Syndicat des services publics (SSP) est aussi intervenu à Clos Fleuri, en 2010. «A cette époque, nous pouvions au moins rencontrer le directeur, explique Catherine Friedli, secrétaire syndicale, également présente à la conférence de presse. Maintenant, le blocage est total.»
«Nous demandons que le conseil de fondation et l’Etat assument leurs responsabilités», insiste Bernard Fragnière. La FOPIS réclame «des mesures énergiques pour corriger sans délai les dysfonctionnements graves», le SSP exige le départ du directeur Charles Butty.
«Comme le directeur est directement impliqué, nous avons voulu rencontrer le conseil de fondation. Mais, dans la réponse à notre courrier, celui-ci a dit: “Circulez, il n’y a rien à voir”.» Le conseil de fondation affirme que «les éléments allégués par le syndicat semblent ne reposer sur aucun fondement» et que les propos «semblent non seulement erronés, mais potentiellement diffamatoires». Il souligne aussi que «les rares procédures prud’homales entamées depuis l’arrivée de M. Butty ont toutes été favorables à la Fondation» et que la dernière enquête menée a fait état d’un taux de satisfaction de 82% parmi les collaborateurs.


Audit externe à venir
La Direction de la santé et des affaires sociales (DSAS) a aussi été alertée, elle qui subventionne la Fondation Clos Fleuri à hauteur de 11 millions de francs par an – pour l’école, le secteur résidentiel et les ateliers – sur 17,5 mio de budget global. D’autre part, parmi les 74 personnes qui logent sur place, celles qui en ont besoin bénéficient de 140 fr. par jour à titre de prestations complémentaires.
«La directrice de la DSAS Anne-Claude Demierre a rencontré, début novembre, une délégation de parents de résidents, puis une autre du personnel, indique Claudia Lauper, porte-parole de la DSAS. A la fin de ce même mois, la conseillère d’Etat a aussi reçu des membres du conseil de fondation.» Pour éclaircir la situation, elle a proposé de mandater un spécialiste pour un audit externe.
«Le conseil de fondation n’ayant pas donné suite à la proposition, c’est la DSAS qui, finalement, mandatera un audit externe, affirme Claudia Lauper. En principe, la DSAS n’intervient pas dans les conflits entre le personnel et les directions des institutions. Sauf si la gestion des ressources humaines a un impact sur les prestations et la qualité de la prise en charge.» ■

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«On a peur! Ici, c’est une vraie dictature»

Nous avons parlé à plusieurs collaborateurs qui travaillent à Clos Fleuri, ainsi qu’à des parents de personnes en situation de handicap. Ils tiennent tous à conserver l’anonymat, tant ils ont peur. Peur de perdre leur emploi, peur des conséquences sur le membre de la famille qui fréquente l’institution. Le constat qui se dessine au travers de leurs témoignages est alarmant.
Il est question d’un environnement de travail délétère, «une véritable dictature», se désole un collaborateur en pleurs. Le trop-plein se déverse en une multitude d’anecdotes. A commencer par celles qui retracent des licenciements en série, opérés par le directeur Charles Butty et son équipe dirigeante. Entre juillet 2013 et fin 2017, le «renouvellement du personnel» concernerait plus de 80 personnes, dénoncent les collaborateurs excédés. Des départs à contrecœur, des licenciements dans le délai légal, mais expéditifs, «avec interdiction de prendre congé de ses collègues».
«Nous ne connaissons plus les éducateurs référents des employés (n.d.l.r.: ce dernier terme désigne les personnes en situation de handicap qui travaillent aux ateliers). Ça change tout le temps!» Des collaborateurs se sont vu attribuer une autre affectation sans discussion possible, «c’était à prendre ou à laisser».
Un collaborateur de longue date s’est résolu à prendre la porte de sortie: «A la place, ils ont engagé un proche, sans formation et sans connaissance du milieu du handicap. Certains postes ne sont pas remplacés. En attendant, on nous fait comprendre qu’on doit assumer du travail en plus.»


«Le rendement avant tout»
«Mobbing», «burn-out», «angoisse»: le personnel paie un lourd tribut. «J’ai l’impression d’être bipolaire, relève un membre du personnel. Tantôt, on me convoque pour vanter mes mérites. Tantôt c’est pour me traiter comme un moins que rien.» Les séances de recadrage sont fréquentes: «On nous évalue en permanence.» «Les lettres d’avertissement pleuvent! Souvent pour des manquements insignifiants.» Parce qu’ils ont oublié de fournir un ticket de caisse, parce qu’ils ont donné leur avis à un supérieur direct, les collaborateurs ont droit à une remise à l’ordre.
Les retards sont systématiquement sanctionnés. Le deuxième se traduit par un entretien avec le directeur, le troisième par un ultime avertissement et le quatrième par un «licenciement possible». «Pour une ou deux minutes de retard, certains ont préféré rebrousser chemin et s’annoncer malades.» Les plus anciens ont vu l’institution se durcir au fil des dernières années: «A vrai dire, ce n’est plus une institution sociale, mais une entreprise.» Un collègue insiste: «A présent, il y a tellement de directives et de procédures… On nous les transmet par intranet, sans commentaires… On a constamment peur de faire un faux pas. Du coup, on surréagit au moindre problème, par crainte d’être sanctionnés.»
Pour les collaborateurs et les parents qui brisent le silence, certains détails en disent long: «Les parents doivent annoncer quinze jours à l’avance qu’un résident (n.d.l.r.: ce dernier terme désigne les personnes en situation de handicap qui vivent en milieu résidentiel) mangera à l’extérieur. Hors délai, la permission est refusée.» Autre contrainte: «Lorsqu’un résident a besoin d’un menu coupé fin ou mixé, il faut appeler un médecin pour une ordonnance médicale.»
Saint-Nicolas ne passe plus à Clos Fleuri, la chose est «jugée puérile». Les cadeaux de Noël et d’anniversaire ont été supprimés. Traditionnellement, une partie des dons que reçoit la fondation était redistribuée aux personnes en situation de handicap: «C’est fini depuis longtemps.» Il y a des cadenas sur les frigos des résidences. Des animations et des activités sportives ont été supprimées au profit d’une présence accrue en ateliers. Les internes et les externes avaient la possibilité de partir deux semaines en vacances quelque part: «A présent, seuls les internes y ont droit. Et les autres souffrent de ne plus partir avec ceux qu’ils considèrent comme leur famille.»
Mais il y a pire: «On a l’impression d’une surmédicalisation des usagers. Un nombre croissant de résidents sont suivis par un psychiatre et les prescriptions de neuroleptiques sont de plus en plus courantes.» Selon plusieurs témoignages, il en résulterait des «états d’apathie durant la journée» qui n’existaient pas auparavant. Aux ateliers, certains travaux ne seraient plus adaptés. Clos Fleuri est appelé à être plus «performant» que les institutions «concurrentes».


«L’usager mis à l’écart»
«On place les employés dans des ateliers sans tenir compte de leurs vœux. S’ils ne montrent pas d’aptitudes, ils sont mis à l’écart et font autre chose.» Selon un collaborateur, «on est tout simplement revenus des décennies en arrière du point de vue de l’autonomie, de l’insertion et de l’inclusion des personnes en situation de handicap». L’action pédagogique serait «trop souvent» remplacée par – encore une fois – des sanctions. «On les prive d’argent de poche, on les prive de sortie, on les isole. Un usager m’a demandé s’il y aurait bientôt des barreaux aux fenêtres…»
Lors des évaluations du personnel, «il n’est question que de rendement». Quant aux séances de supervision, elles sont de plus en plus espacées ou bien remplacées par des séances plénières dans lesquelles personne n’ose prendre la parole. «Quelqu’un qui voulait reconsidérer les besoins des usagers s’est fait traiter d’intégriste par le directeur.»
Ce dernier n’aurait d’ailleurs que très peu de relations avec les usagers. «Ils ne le voient pas», dénoncent le personnel. En témoigne «la fameuse journée portes ouvertes» durant laquelle un espace séparé avait été créé «avec une pancarte VIP». Le collaborateur qui décrit la scène est partagé entre la désolation et la rage. «Je me souviens qu’une personne en situation de handicap cherchait une place avec son plateau-repas dans les mains. Quand elle s’est approchée de la “zone VIP”, on lui a fait comprendre qu’elle n’avait rien à faire là.»  YANN GUERCHANIK

 

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«Ces accusations, c’est comme des fantômes autour de moi»

Directement mis en cause par les syndicats (lire en page 3), le directeur de la Fondation Clos Fleuri Charles Butty répond aux principales accusations portées contre lui et contre son institution.

Charles Butty, de quel œil voyez-vous l’audit externe que va demander la Direction de la santé et des affaires sociales?
Je pense qu’il est maintenant nécessaire et je l’attends sereinement. En l’état, la direction de Clos Fleuri et le conseil de fondation soutiennent l’idée d’un audit externe et neutre.
Si, dans un premier temps, le conseil a estimé qu’il n’était pas utile, c’était en rapport avec les arguments développés dans la lettre de la Fédération des organisations du personnel des institutions sociales fribourgeoises (FOPIS). Il ne faut pas non plus négliger le fait qu’un audit prend du temps et peut être déstabilisant pour une institution.

La FOPIS parle de 83 départs de collaborateurs en cinq ans, dont 16 licenciements. Cela paraît énorme comme roulement…
«Paraît» est le mot juste. Déjà nos chiffres sont un peu inférieurs: nous avons compté 79 départs volontaires et 14 licenciements. Et il faut les mettre en relation avec la taille de l’institution, qui compte 180 collaborateurs. Quatre licenciements par année au maximum, cela me semble normal, même si on ne se réjouit jamais de mettre fin à une collaboration.

Comment réagissez-vous aux termes très durs des syndicats, comme dictature, mobbing ou harcèlement?
Ces accusations sont très graves. C’est comme des fantômes autour de moi. Je fais quoi avec ça? Je suis dans la remise en question et ouvert, mais pour cela, il faut du concret. D’autant que je ne me reconnais absolument pas là-dedans. Cela ne correspond pas au climat que je vis au sein de l’institution, ni au contact que j’ai avec mes collaborateurs.
Il est important de rappeler que je ne suis pas seul, comme un dictateur, à la tête de tout ça. Je travaille avec un team de direction, avec des responsables de secteur, des responsables d’équipe. Les collaborateurs ont la possibilité de frapper à différentes portes. Depuis l’an passé, il y a aussi une personne de confiance externe, à laquelle les collaborateurs peuvent s’adresser.

Vous parlez de la possibilité de faire remonter les remarques. Mais on nous dit que cela est mal perçu…
Je suis un directeur, donc je dirige. Mais je pense être quelqu’un d’ouvert et d’abordable. Nous conduisons des enquêtes de satisfaction et la dernière, en 2016, a conclu à un taux de satisfaction de 82%. Cela ne corrobore pas toutes ces allégations et ce prétendu climat. Qu’il y ait des personnes mécontentes ou déçues, c’est vrai et normal. De là à déclarer que les gens n’osent pas s’exprimer…

Et que répondez-vous à ceux qui vous disent distant et peu présent auprès de résidents?
J’ai une formation de maître socioprofessionnel à la base et j’ai pratiqué. Donc, j’adore le contact direct avec les résidents. Après, il faut voir que Clos Fleuri n’est pas une petite institution. Je pense que ma place n’est pas dans l’action ou dans le contact direct. C’est le rôle des moniteurs d’atelier, des éducateurs et je les laisse faire leur travail.
Pas présent dans l’institution? Vous devriez voir mon agenda et le nombre de séances que j’ai en interne avec les différents responsables. Et aussi tous les entretiens avec les collaborateurs. Je suis très présent.

Pensez-vous que c’est votre style de management qui ne plaît pas, avec un modèle d’économie libre?
Oui, je conçois que ça puisse surprendre, voire déranger certains. Cela n’enlève en rien au fait que je conduis tout cela avec respect et considération. Nous sommes dans une société qui se veut inclusive et le secteur des ateliers, notamment, est une entreprise à part entière.
Là, il peut y avoir une déformation de ma vision ou de ma volonté. Il n’y a pas de pression de production. Nous ne cherchons pas une progression pas possible de notre chiffre d’affaires. Mais si on veut que les personnes en situation de handicap soient aussi reconnues dans leur identité professionnelle, il faut que leur présence paie les ateliers.

Donc les syndicats s’inquiètent pour rien selon vous?
Cette démarche syndicale va à l’encontre du partenariat social. D’ailleurs, je n’en avais pas entendu parler avant que le conseil de fondation ne vienne chez moi. Ni de la résolution qu’ils ont fait signer, d’ailleurs. Les syndicats ne m’ont contacté à aucun moment.

Eux disent que vous ne voulez pas discuter avec eux…
Si j’avais refusé de les recevoir ou si je les avais mal reçus, je pourrais comprendre. Mais ils n’ont même pas essayé de me rencontrer. En fait, ils appliquent ces méthodes dictatoriales qu’ils dénoncent chez moi. XS

Commentaires

Je suis heureux que les changements au sein de Clois Fleuri soient traités. Mon fils assiste à Clos Fleuri. Il a vu le stress des travailleurs et le roulement important du personnel. Il joue dans l'équipe de basketball. Quand nous allons aux tournois, son uniforme est terrible. Cette année, la journée portes ouvertes a été annulée? Honteux. Beaucoup de changements nécessaires.
Enfin ca bouge.... J'ai travaillé pendant cinq ans dans les ateliers et je me suis sentie mal pour finir car nous sommes incompris par les personnes qui le dirigent et qui croient tout savoir......on est mal payé en fonction de notre savoir....

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