«Mes brocanteurs, c’est un tsunami de vitamines»

| sam, 27. Jan. 2018

A Bulle, la Brocante de la Gruyère ouvre ses portes jusqu’à dimanche, pour la vingtième fois. Entretien avec son infatigable organisateur Fernand Plumettaz, «le papa des brocanteurs». L’homme pour qui l’exposant compte sans doute plus que les objets exposés.

PAR YANN GUERCHANIK

Il est à la fois doux et terrible, Fernand Plumettaz. Doux dans sa relation avec «ses» brocanteurs. Et terrible par l’efficacité dont il fait preuve en tant qu’organisateur. Depuis vingt ans qu’il met sur pied la Brocante de la Gruyère, rien n’est laissé au hasard. Une foire aux objets insolites réglée comme du papier à musique. Entretien avec le chef d’orchestre.

La Brocante de la Gruyère dure depuis vingt ans, quel est le secret de sa longévité?
Pour l’organiser année après année, il faut être dynamique et disponible. Je suis l’humble serviteur des brocanteurs. Je vais dans toutes les brocantes de Suisse dire bonjour, voir du monde. Des gens me tapent sur l’épaule et me disent «Monsieur Plumettaz, j’aimerais venir exposer à Bulle». Je leur réponds: «Donnez-moi votre adresse, je vous envoie un dossier sous réserve qu’il y ait encore de la place.» Il faut savoir que la Brocante de la Gruyère est la plus grande brocante en salle de Suisse! Cette année, nous avons plus de 240 exposants.

La sélection des exposants est donc essentielle?
Il faut se rendre sur les différents lieux d’exposition et voir les stands de ses propres yeux. Sinon, on fait venir des exposants qui vendent la même marchandise. Moi, j’essaie d’organiser des brocantes diversifiées. Certains me disent «tu devrais faire un secteur qu’avec des meubles»… mais non! Le type qui passe vers les meubles et qui voit un marchand de pipes anciennes juste à côté, il achètera peut-être une pipe ancienne.


La disponibilité est votre maître mot…
Je suis très disponible. En février, par exemple, j’irai à la Brocante de Martigny. Pour saluer les amis qui ont exposé ici. L’amitié, ça se cultive. Et il faut l’arroser pour la faire prospérer. A Bulle, je n’ai pas le temps de payer des verres à mes exposants. Alors, je vais les voir ailleurs.

Quel regard portez-vous sur votre manifestation aujourd’hui?
Elle a pris de l’importance. Nous avons des acheteurs qui viennent de France, d’Italie ou d’Allemagne. On la fait figurer dans des revues spécialisées européennes. C’est pour cette raison, entre autres, que ça ne doit pas être un marché aux puces, un vide-grenier. Il faut que ce soit de la brocante. Autrement dit, il faut proposer des objets de deuxième main sélectionnés. A côté de cela, vous avez l’antiquité, qui propose de l’ancien, voir du très ancien. En résumé, une personne qui arrive avec des trucs neufs pas déballés n’a rien à faire ici. Mais, si elle arrive avec une louche à soupe qui a vingt ou trente ans, elle est chez elle à la brocante.

Avec 20 000 visiteurs chaque année, votre brocante connaît un succès certain. En dehors de cette manifestation, on a pourtant l’impression que les temps sont durs pour les brocanteurs. Comment expliquez-vous ce paradoxe?
Le problème avec les petits magasins de brocante isolés, c’est qu’il faut courir chez tel et tel, courir chez Tartempion… on finit par tourner en rond. Ici, étant donné le nombre d’exposants, il y a un choix exceptionnel. Cela dit, le brocanteur qui est ébéniste d’art ou restaurateur de pièces anciennes gagnera relativement bien sa vie. Il a l’avantage de pouvoir travailler dans son atelier tout en vendant. Mais pour celui qui se contente d’acheter et revendre, c’est plus difficile. C’est l’artisan brocanteur qui s’en sort le mieux.

Les visiteurs recherchent-ils toujours les mêmes choses?
Il y a dix ou quinze ans, les gens achetaient beaucoup de meubles anciens, des armoires fribourgeoises, des commodes Louis-Philippe, des commodes Louis XV. C’est moins le cas aujourd’hui. Les gens achètent plus volontiers des bibelots, des objets plus petits. C’est une mode. Faut dire aussi qu’une armoire Berger (n.d.l.r.: Jean Berger, célèbre ébéniste de Prez-vers-Noréaz qui vécut de 1803 à 1884) se vendait à l’époque près de 30 000 francs. A présent, il y a des armoires fribourgeoises pour 10 000 fr. Il y a vingt ans, l’antiquaire disait à ses acheteurs «vous faites un bon placement». Il était persuadé que ces armoires allaient prendre de la valeur. D’une certaine façon, le client pourrait se sentir trahi aujourd’hui. Mais, à l’époque, on ne pouvait pas savoir.

Vous-même, quels sont les objets qui vous font de l’œil?
Etant célibataire, j’ai un appartement de moine. Difficile d’y entreposer une collection. Cependant, j’aime bien les sabres de cavalerie, les vieilles baïonnettes militaires. Ça ne prend pas de place. Les outils de la forge, aussi. Vous savez, j’étais maréchal forgeron de métier. Un grave accident de moto m’a empêché de continuer. Je me suis mis à fabriquer des articles en fer forgé et j’ai ouvert une petite boutique. Pour décorer ma vitrine, j’ai trouvé des vieilles lampes à pétrole, des vieux moulins à café, des petits objets qui traînaient à la ferme chez mes parents. Je me suis rendu compte que les gens étaient plus intéressés à acheter ces objets-ci que ceux que je fabriquais. Alors je me suis lancé dans la brocante. J’ai commencé à 20 ans, j’en ai 71 aujourd’hui.

Vous dites souvent qu’il faut être un genre de curé pour faire ce que vous faites…
Si j’étais marié, ce serait différent. Ma femme me téléphonerait à midi moins cinq pour me reprocher de ne pas être rentré pour le dîner. Pour être disponible, il faut être solitaire. Je suis un peu le papa des brocanteurs. Ils sont ma famille.

Comment voyez-vous l’avenir?
J’espère continuer le plus longtemps possible. J’ai la santé: mes brocanteurs, c’est un tsunami de vitamines. Mais je ne vais pas encore en faire 36, des brocantes. Pour ce qui est de la Brocante de la Gruyère, elle doit continuer quoi qu’il arrive. Je trouverai quelqu’un à qui remettre. Et je continuerai à suivre la brocante depuis le paradis. ■

Bulle, Espace Gruyère, samedi 27 (10 h-20 h) et dimanche 28 janvier (10 h-18 h)

Commentaires

Fernand le Pape des organisateurs de brocante en suisse. J'apprécie cet homme. Petermann Pierre

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