La neige et le Magic Pass rendent le sourire aux stations

| sam, 06. Jan. 2018

Tous les domaines skiables fribourgeois ont ouvert dès le début décembre. Le succès du Magic Pass n’a pas empêché de bonnes ventes de forfaits journaliers. A Charmey, le spectre d’un arrêt des installations à fin janvier est écarté.

PAR JEAN GODEL ET YANN GUERCHANIK

Avec la neige tombée en masse depuis le début du mois de décembre, le traditionnel bilan provisoire des vacances de fin d’année retrouve l’optimisme des hivers d’antan.


● Moléson
La station a déjà ouvert vingt jours en décembre (contre seize en décembre 2016, mais… sans le ski, seulement pour les piétons). «C’est le premier Noël blanc depuis 2011», résume Antoine Micheloud, directeur de Moléson. Une série de «crachées» de neige a balayé le dernier mois de 2017. Mais cette fois, la neige a duré, les pistes sont restées blanches, malgré la versatilité typique de la météo à cette période. La fréquentation est elle aussi en forte hausse. Le nomadisme induit par le Magic Pass, cet abonnement réunissant 25 stations romandes dont toutes les fribourgeoises, s’est certes confirmé. Mais les Fribourgeois ont d’abord skié chez eux – et beaucoup – avant d’aller voir ailleurs.
Membre du comité de Magic Mountains Cooperation, émettrice du Magic Pass, Antoine Micheloud rappelle qu’en moyenne 43% du chiffre d’affaires hivernal des stations affiliées a déjà été encaissé avant même le premier jour de neige. Cela grâce à un premier versement du produit de la vente des 85 000 abonnements écoulés, dont 12 000 sur Fribourg (contre 4000 à 5000 forfaits des Alpes fribourgeoises et abonnements de stations vendus auparavant).
Pour ce qui est des 57% de chiffre d’affaires à encore réaliser, c’est assez bien parti. Certes, les abonnés n’achètent plus de forfaits journaliers. Mais ils viennent souvent accompagnés. Le nouveau produit a aussi ramené des skieurs qui avaient déserté les pistes: «J’ai revu des skis d’il y a 20 ou 25 ans, raconte Antoine Micheloud. Des gens ont même acheté le Magic Pass sans jamais avoir skié avant.»
Le ticket moyen dans les restaurants a lui aussi clairement augmenté. Or, trois stations membres du Magic Pass sur quatre ont des intérêts directs ou indirects dans la gastronomie sur leur domaine skiable, dont Moléson.
Enfin, les sociétés vont encore encaisser le solde des revenus du Magic Pass en fonction des passages enregistrés sur leur domaine. «Or je vais encore recevoir des clients venus d’ailleurs. On verra en fin de saison, mais je pense que l’on gagnera plus», conclut Antoine Micheloud.


● Charmey
Ouverte le week-end dès le 2 décembre, puis tous les jours durant les vacances, Charmey affiche déjà 19 jours d’ouverture en décembre, contre rien un an auparavant. Et 850 clients en moyenne quotidienne.
Bref, le spectre du plan B s’éloigne un peu (maintien du Rapido Sky en seul mode piéton et disparition du ski de piste si moins de 60 jours d’ouverture sont atteints). Quant au plan C (si, à fin janvier, il reste moins de 400 000 francs sur les 700 000 mis à disposition par la commune, les installations sont stoppées), il peut d’ores et déjà être écarté: «Nous ne demanderons rien à la commune d’ici fin janvier, étant donné les rentrées d’argent en décembre», assure Sébastien Jacquat, directeur des remontées mécaniques.
Quant au Magic Pass, 40 à 50% des clients en sont porteurs. «Mais on continue de vendre pas mal de forfaits. Selon nos premières impressions, on va vers une hausse du chiffre d’affaires.» Sans statistiques, difficile à dire si le nouvel abonnement a ramené du monde. «Les gens vont voir un peu partout, parce qu’il y a partout de la neige.» Mais les Charmeysans skient beaucoup chez eux: «C’est le but du Magic Pass: permettre le ski toute la saison. Quand nous n’aurons plus de neige, ils iront plus loin.»


● La Berra
«Nous avons vraiment eu de superconditions, quand bien même on aurait aimé avoir une meilleure météo durant la seconde semaine de vacances. Mais avec une telle neige, on ne peut pas faire la fine bouche, indique Didier Kilchoer, chef d’exploitation des remontées mécaniques de La Berra. Nos anciens machinistes confient même que, autant de neige si vite, c’est du jamais-vu ou presque.» La station comptabilise déjà 25 jours d’ouverture.
Les premières semaines de décembre, les détenteurs du Magic Pass composaient près de la moitié de la clientèle, selon Didier Kilchoer. Le pourcentage s’est quelque peu réduit dès les vacances. Le responsable l’explique en partie par le fait que les premiers utilisateurs sont des mordus de ski et des détenteurs d’abonnement. Puis viennent les skieurs occasionnels. Pour ce qui est du nomadisme induit par le Magic Pass, Didier Kilchoer a bien constaté des plaques d’immatriculation sur le parking qu’il n’avait pas l’habitude de voir. Mais difficile d’en tirer des conclusions pour le moment. Le responsable relève par ailleurs qu’un certain nombre de skieurs viennent cette année de Suisse alémanique. «J’en ai notamment rencontré un qui était bien décidé à se rendre dans les 25 stations du Magic Pass.»


● Rathvel
La station est ouverte depuis le 2 décembre. «Le week-end et les mercredis d’abord, puis tous les jours depuis le 20 décembre, relève le chef d’exploitation Frédéric Sauteur. Ce qui fait plus d’une vingtaine de jours jusqu’à présent. Les conditions nous ont obligés à fermer depuis jeudi, mais nous ouvrons ce week-end.» La satisfaction est donc de mise du côté de Rathvel. Surtout par rapport à la saison précédente. «Nous n’avions pas pu ouvrir avant le 24 janvier!»
Qu’en est-il du Magic Pass? «Il représente près de 40% de la clientèle», note Frédéric Sauteur. Le responsable a l’impression d’un certain mouvement: «Notre clientèle, qui comprend une bonne part de Vaudois, était bien présente les premiers week-ends, mais moins durant les vacances. Et puis, nous avons des skieurs valaisans, ce qui n’était pas le cas auparavant. Il y a un certain engouement à découvrir des petites stations.»


● La Chia
Pour l’heure, la station bulloise a ouvert 9 jours. «Ce qui correspond au total de l’année passée, résume le président du Monte-pente de Bulle Yves Grandjean. Pleinement tributaires de la météo, nous avons joué les yo-yo entre un beau jour et un mauvais.» La station n’est pas partenaire du Magic Pass. Pour rappel, le téléski de La Chia tourne grâce à des bénévoles. «Beaucoup d’adep-tes de ski de rando et de raquettes empruntent nos pistes, fait encore remarquer Yves Grandjean. D’ailleurs, ce serait sympa qu’un plus grand nombre d’entre eux s’arrêtent à la buvette.»


● Bellegarde
Satisfaction également du côté des téléskis de Bellegarde, avec une vingtaine de jours ouverts jusqu’ici. «Pour la première fois depuis longtemps, nous avons pu ouvrir toutes les pistes», explique le chef d’exploitation Thomas Buchs. Selon lui, un tiers des skieurs qui ont fréquenté la station possédaient le Magic Pass. Et il remarque, lui aussi, de nouveaux arrivants: «Des skieurs qui viennent à la découverte.»


● Les Paccots
Chef d’exploitation du Mon-te-pente de Corbetta, Olivier Berthoud se dit également très content de ce début de saison. «Nous avons pu travailler dès le 2 décembre. Et nous sommes ouverts tous les jours depuis le 22. La masse de neige tombée les premiers temps va nous permettre de travailler ces prochains jours malgré la météo.» Le responsable indique que 37% de la clientèle se composait de détenteurs de Magic Pass avant les vacances contre 26% pendant. «Nous avons bien travaillé quoi qu’il en soit. Toutefois, nos clients viennent en partie de la Riviera et j’ai l’impression que pas mal d’entre eux ont réservé des logements dans d’autres stations pendant les vacances.» ■

 

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«Il sera difficile de revenir en arrière»


Longtemps après la téléphonie, le ski révolutionne son modèle d’affaires: «Tout est compris et on fait du volume», résume Antoine Micheloud, directeur de Moléson et membre du comité de Magic Mountains Corporation. Après Saas Fee l’hiver dernier (222 francs la saison) et Magic Pass (dès 359 francs), les quatre grandes de l’Oberland bernois ont suivi avec 666 francs pour 666 km de pistes (Gstaad, Jungfrau Ski Region, Adelboden-Lenk et Meiringen-Hasliberg). Le marché est en train d’exploser. Les récalcitrants, qui dénoncent le «ski low cost», ne s’en sortiront pas indemnes. Il leur sera difficile de rattraper le train.
Pourquoi miser sur la masse? «Parce que nos charges fixes sont énormes, avec 1000 ou 2000 skieurs, explique le patron de Moléson. Autant vendre 2000 forfaits à 30 francs que 1000 à 40 francs.» Le but ultime étant d’accroître la fréquentation des domaines, en baisse depuis des années. Un pari en passe d’être gagné. D’autant plus que l’impression de skier gratuitement favorise d’autres dépenses: dans les restaurants, les magasins et même les hôtels où la hausse s’est souvent confirmée, assure Antoine Micheloud. Ainsi, à Grimentz-Zinal, station Magic Pass, son homologue Pascal Bourquin confirme avoir enregistré, fin décembre 2017, plus de réservations de nuitées (16 000) que durant toute la saison dernière (14 000). Les statistiques diront bientôt la proportion d’hôtes détenteurs du Magic Pass.
La dynamique à l’œuvre commence à toucher aussi le tourisme d’été, avec des forfaits tout inclus (piscine, remontées, minigolf…). «Tout cela est idéal pour casser l’image du ski cher, se réjouit Antoine Micheloud. Il sera difficile de revenir en arrière.» JnG

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