Les totems lumineux se suivent, mais ne se ressemblent pas

| mar, 16. Jan. 2018

La sans plomb 95 à 1 fr. 485 à Riaz contre 1 fr. 675 au Restoroute de la Gruyère. Une différence qui découle d’une concurrence logique. Le prix de l’essence est une affaire complexe qui laisse néanmoins une petite marge de manœuvre aux distributeurs.

PAR YANN GUERCHANIK

Les chiffres rayonnent dans la grisaille du mois de janvier. Ils glissent sur le pare-brise à mesure que l’automobiliste traverse les nuées de stations-service. Dans la région bulloise, les totems lumineux se suivent, mais ne se ressemblent pas. A quelques kilomètres les uns des autres, parfois seulement à quelques dizaines de mètres, ils n’indiquent pas les mêmes tarifs. Mercredi dernier, on a pris le volant pour aller à la chasse aux économies. Dans la gibecière, on a ramené jusqu’à 19 centimes de différence par litre.
Sans surprise, la pompe la plus chère est celle du Restoroute de la Gruyère. Une Shell Migrolino qui affiche un sans plomb 95 à 1 fr. 675. Beaucoup de facteurs entrent dans la composition du prix de l’essence (lire ci-dessous). Il en va cependant comme du marché immobilier: l’échelle est régionale, voire microlocale. Les stations les mieux placées (proches des autoroutes, des villes et des frontières) sont souvent les plus chères.
Sur l’A12, le client est captif. D’autant plus s’il ignore qu’en prenant la sortie de Rossens, il trouvera de quoi faire le plein à moindre prix. Idéalement située entre deux accès auto-routiers, la station de Farvagny affiche la sans plomb 95 à 1 fr. 499. Cette pompe blanche – ou sans marque – appartient à Christophe et Nicole Rolle. «Nous nous sommes lancés, il y a dix-sept ans», relève la gérante. Elle avoue qu’aujourd’hui l’enthousiasme s’est essoufflé. «C’est dur, confie son mari. On tourne parce qu’on travaille les deux et qu’on se contente d’engager des étudiants.»
L’installation comprend un shop, une station de lavage et son carburant compte régulièrement parmi les moins onéreux de la région: «Nous n’acceptons pas les cartes de crédit. Les coûts de commission ainsi épargnés nous permettent de baisser nos prix.» Pas de quoi s’enflammer. Pour chaque litre, il faut retenir quelques centimes pour l’entretien des infrastructures. «Cela représente parfois l’entier de notre marge. Il nous est même arrivé de vendre à perte.»
La proximité de la raffinerie pour expliquer les différences d’une pompe à l’autre? Certes le transport est compris dans le calcul des coûts, mais ce n’est pas ce qui influence les prix de manière prépondérante à en croire les professionnels.


La zone de chalandise
Les distributeurs considèrent surtout «la zone de chalandise». Autrement dit, la zone d’où provient l’essentiel des clients du point de vente. Ce périmètre est influencé par les distances, les temps d’accès et l’attractivité par rapport à la concurrence. Certains distributeurs s’adaptent en alignant leurs prix, d’autres tirent leur épingle du jeu en les proposant systématiquement à la baisse.
A l’exemple de Miniprix. L’enseigne biennoise fait dans les petites stations entièrement automatisées avec des prix toujours quelques centimes en dessous par rapport aux grands concurrents. A La Tour-de-Trême, les stations Coop et Migrol se font face avec des prix rigoureusement identiques (1 fr. 62 la sans plomb 95), tandis qu’un peu plus loin, à Broc, la pompe Miniprix du Garage du Château d’Enbas propose le litre à 1 fr. 59.
A Corbières, Miniprix vend son essence à 1 fr. 55. A Avry-devant-Pont (Garage du Lac), il la propose pour 1 fr. 54, soit un centime de moins que le voisin Tamoil (Garage d’Ogoz). Au centre de La Tour-de-Trême: Eni affiche 1 fr. 62 quand, à côté, le Miniprix du Garage Majestic est à 1 fr. 59.


Prix canon à Riaz
En Suisse, le prix de l’essence est libre. Chaque distributeur fait comme il veut. Suivant son débit, ses charges, ses horaires. Une variation de prix est donc logique. Elle témoignerait plutôt d’une saine concurrence. Mercredi dernier, l’automobiliste payait néanmoins la même chose qu’il se fournisse aux stations bulloises de Coop, de Migros, de Socar, d’Agrola ou de BP.
Les grandes marques boxent dans la même catégorie, elles tendent à se conformer les unes par rapport aux autres, sachant que l’essence leur sert aussi de produit d’appel vers un shop ou d’autres services. Et puis, il s’agit de s’approprier des parts du marché ou, du moins, d’en laisser le moins possible au rival. Rappelons aussi que les grandes marques développent leur propre arsenal de promotions et autres programmes de fidélité.
Face à elles, certains indépendants dégainent des prix défiant toute concurrence. Depuis quelque temps déjà, le record appartient à Louis Moret et sa station de la rue de Gruyère, à Riaz. La sans plomb 95 à 1 fr. 485: de quoi provoquer une file d’automobilistes le soir après le travail. En face de la buanderie de Marsens, une pompe affiche, elle aussi, un sympathique 1 fr. 52. C’est le Réseau fribourgeois de santé mentale qui la gère en tant qu’établissement autonome de droit public. A
La Tour-de-Trême encore, le Garage Schuwey, avec 1 fr. 56, se démarque comme à son habitude de ses voisins Coop, Migrol et Miniprix.
«Nous veillons à rester meilleur marché, explique le responsable des ventes Serge Amann. Tout simplement pour attirer du monde. Notre fournisseur nous conseille des prix, mais je vais régulièrement m’enquérir de ceux pratiqués juste à côté.» L’automobiliste peut donc trouver de l’essence à meilleur prix s’il ne s’arrête pas à la première station venue. Le tout étant qu’il n’aille pas chercher trop loin le carburant qui le fait avancer! ■

 

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Le calcul est complexe

Les prix de l’essence, ça change tout le temps. Parce que beaucoup de facteurs entrent en ligne de compte. D’abord, il y a le prix du pétrole qu’on fixe en bourse. Il dépend principalement de l’offre et de la demande. Mais pas seulement. Si une nouvelle technique de forage est mise en œuvre quelque part dans le monde ou que les pays exportateurs de pétrole se crêpent le chignon, cela a une influence.
Ensuite, la croissance économique joue naturellement un rôle. Quand tout va bien, la demande est plus importante, ce qui fait augmenter les prix. Avec cela, il faut tenir compte encore du taux de change. A l’international, le pétrole est commercialisé en dollars. Suivant la façon dont le franc s’apprécie par rapport à lui, on peut acheter plus ou moins de pétrole, ce qui fait varier les prix.
Après, il y a le coût du transport, influencé notamment… par le niveau du Rhin. Quand il y a moins d’eau dans le Rhin, on peut transporter moins de pétrole sur le bateau, ce qui augmente le prix. Voyez jusqu’où ça va. Et ce n’est pas fini. Au prix du pétrole s’ajoutent encore l’impôt fédéral sur les huiles minérales, la surtaxe sur les huiles minérales, la taxe d’importation ainsi que les 8% de TVA.
Après tout cela, il reste une marge commerciale d’une quinzaine de pour-cents dans la composition du prix. Et encore, la différence entre le prix en station-service et la somme de l’approvisionnement comprend l’ensemble des dépenses qui incombent aux entreprises pétrolières lors de la distribution d’essence en Suisse (coûts de stockage, de transport, de logistique, de marketing, l’amortissement des stations-service). C’est là-dessus que la concurrence s’applique, ce qui provoque, malgré tout, des différences de prix parfois remarquables d’une pompe à l’autre. YG

 

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«Un produit facile à vendre»

Comment s’y prend-il, Louis Moret, pour vendre son essence moins cher que tous les autres? «Je préfère garder pour moi les négociations avec mon fournisseur», répond aimablement l’octogénaire. A Riaz, sur la rue de la Gruyère, il n’a conservé que la pompe à essence. Garagiste pendant une quarantaine d’années, il loue aujourd’hui l’atelier mécanique à un tiers. «Autrefois, on disait que la pompe devait payer la location du garage.» C’était le temps d’avant. Louis Moret confie que pour distribuer de l’essence à présent, «il faut vraiment aimer ça». Quand bien même la benzine reste «un produit assez facile à vendre»: «Vous ne la vendez pas aujourd’hui, vous le ferez demain.» Louis Moret le dit tout net: «Je n’ai pas besoin de beaucoup à mon âge. Ma prochaine chemise, elle n’aura même pas de poche.» Mieux vaut donc faire autre chose pour avoir la belle vie.
Le Riazois explique par ailleurs qu’aucun concurrent n’est venu chez lui «pour discuter des prix». D’autres indépendants avouent que leur essence meilleur marché fait parfois «batailler». Pour afficher des tarifs à la baisse, un distributeur négocie souvent sur le volume. Vendre l’essence moins cher, mais en vendre davantage. Ce qui le met parfois sous pression. A Broc, Yves Savary, patron du Garage du Château d’Enbas, ne se tracasse pas trop au sujet de sa pompe.
Il l’a confiée à Miniprix et se contente de vendre au prix conseillé par l’enseigne. «Pour nous, l’essence est avant tout un service à la clientèle.» YG

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