Qui pour remplacer Marie Garnier au Conseil d'Etat?

| mar, 23. Jan. 2018

Sept candidats sont sur les rangs pour succéder à la Verte Marie Garnier. Parmi les prétendants, un seul a déjà vécu une telle élection: Claudio Rugo. Dans la configuration actuelle, la présence de deux PLR gruériens au Gouvernement n’est plus un scénario saugrenu.

PAR XAVIER SCHALLER

 

Sylvie Bonvin-Sansonnens (Verts, 46 ans, Rueyres-les-Prés)
Députée depuis 2015, Sylvie Bonvin-Sansonnens est cheffe du groupe Verts centre gauche depuis un an. Quand ses adversaires parlent d’une expérience politique insuffisante, l’agricultrice bio met en avant son expérience de vie. Mariée et mère de deux enfants, elle a passé son CFC à 33 ans, pour reprendre le domaine familial, et a été la première femme du canton à réussir la maîtrise agricole. Elle va jouer la carte de l’équilibre du Gouvernement: équilibres des districts, des genres et des partis. La Broye n’est plus représentée depuis le départ de Pascal Corminboeuf en 2011. Et avoir deux femmes pour sept membres serait, pour la gauche, la moindre des choses. Deux arguments utilisés également par les socialistes. Mais pour le parti écologiste, un autre équilibre est important, celui de la gauche plurielle: le PS ne peut, selon lui, revendiquer tous les sièges de la gauche. Un point de vue partagé par le Centre gauche-PCS qui soutient Sylvie Bonvin-Sansonnens.

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Didier Castella (plr, 48 ans, Gruyères)
En l’absence de candidates, c’est le député Didier Castella qui va porter les couleurs des libéraux-radicaux dans la campagne à venir. En l’absence de candidat PDC, le Gruérien entend jouer le rôle de rassembleur de la droite et coiffer le candidat UDC pour le deuxième tour. Et tant pis s’il y a déjà un PLR Gruérien au Gouvernement en la personne de Maurice Ropraz. Le slogan du candidat est d’ailleurs «Convictions et pragmatisme». Séparé et père de trois filles, Didier Castella a été vice-syndic de Gruyères de 2000 à 2011 et siège au Grand Conseil depuis 2011. Comme président de parti, de 2012 à 2017, il a connu un certain succès. Il entend maintenant s’appuyer sur ce bilan et sur un PLR renforcé pour mener campagne. Docteur en physique, spécialiste en environnement au sein de l’Administration fédérale, il peut empiéter sur les terres des Verts en ce qui concerne des thèmes écologiques.

 

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Maya Dougoud (indépendante, 35 ans, Villars-s.-Glâne)
Sans parti et sans expérience politique, Maya Dougoud est la plus jeune des candidats. Née à Sarajevo en 1982, elle est arrivée en Estavayer-le-Lac à l’âge de 10 ans. Après avoir été greffière adjointe au Ministère public, elle travaille actuellement comme conseillère juridique auprès des hautes écoles fribourgeoises. Dans une campagne où elle n’a pratiquement aucune chance, elle avance deux atouts principaux. Son statut d’indépendante et le fait d’avoir fondé et de présider l’Association 38,5, qui prépare les enfants afin qu’ils vivent au mieux une hospitalisation. Elle a nommé sa liste «Energie citoyenne», dit vouloir apporter un nouveau souffle au Gouvernement, sans orientation partisane. Sur son site, elle dit se retrouver dans «l’égalité du PS, les traditions de l’UDC, l’esprit entrepreneurial du PLR et la priorité de l’enfant du PDC».

 

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Philippe Nahum (pbd, 42 ans, Murist)
Secrétaire général du Parti bourgeois-démocratique (PBD) fribourgeois, Philippe Nahum n’a jamais exercé de mandat politique. La candidature de cet homme au foyer, marié et père de deux enfants, a néanmoins fait l’unanimité au sein de sa petite formation. Celle-ci vante son expérience professionnelle dans l’Administration fédérale, où il a été chef de service au commandement du Corps des gardes-frontière de Genève. Elle affirme aussi qu’il est très impliqué dans la vie de la commune d’Estavayer-le-Lac, où il est notamment responsable logistique du Centre de renfort des sapeurs-pompiers. Pour le PBD, le canton a besoin d’«un candidat compétent, mais aussi propre et neutre», à même de mettre de l’ordre à la DIAF. Troisième Broyard dans cette élection complémentaire, avec les candidates Verte et socialiste, difficile pour lui de jouer la carte régionale.

 

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Valérie Piller Carrard (ps, 39 ans, Cheyres)
Pour le Parti socialiste, la priorité est de sauver le troisième siège de la gauche au Conseil d’Etat. Et tant pis s’il faut fâcher les Verts en lançant dans la course Valérie Piller Carrard. Mariée et mère de trois enfants, la Broyarde a effectué un apprentissage d’employée de commerce. Elle a ensuite travaillé pour différentes gérances immobilières jusqu’à son élection surprise au Conseil national en 2011. Alors que Sylvie Bonvin-Sansonnens n’est entrée au Grand Conseil qu’en 2015, la socialiste y a passé dix ans, a été cinq ans vice-syndique de Gletterens et six ans conseillère nationale. Une notoriété à même de faire la différence, selon le PS, dans une campagne électorale qui sera courte. Mais si Valérie Piller Carrard se retrouve au deuxième tour, elle devra convaincre les autres partis de gauche de reformer l’alliance et de s’aligner derrière elle.

 

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Claudio Rugo (parti des artistes, 51 ans, Fribourg)
Claudio Rugo est le fondateur du Parti des artistes. Il est le seul candidat à avoir déjà vécu une campagne pour le Conseil d’Etat, en 2016. Sur la liste de son parti avec Jessica Goodwin, Claudio Rugo avait récolté 2941 voix sur 74 440, soit 3,8%. Il ne sera pas aisé pour le musicien et conseiller général de la ville de Fribourg, marié et père de deux enfants, de faire beaucoup mieux cette année. Son parti, qui compte une dizaine de membres, ne lui offre que peu de moyens. La seule communication visible pour l’instant est sa page Facebook: une affiche, où il y apparaît en noir et blanc, coiffé de son éternelle casquette et entouré de sept porcelets dans des rectangles de diverses couleurs… Pas de slogan pour celui qui se dit à gauche de la gauche, mais une référence au site du Parti des artistes… sur lequel ne figurait hier aucune mention de sa campagne pour le Conseil d’Etat.

 

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Ruedi Schläfli (udc, 43 ans, Posieux)
Après avoir plusieurs fois retardé l’annonce de son candidat, l’Union démocratique du centre a lancé Ruedi Schläfli dans le bain, son président depuis l’an passé. Agriculteur sur un vaste domaine, Ruedi Schläfli a choisi comme slogan de campagne «Le bon sens terrien à Fribourg». L’UDC le présente comme «agriculteur, apiculteur, député», depuis 2011, et estime dès lors que la Direction de l’agriculture, des institutions et des forêts (DIAF) est taillée sur mesure pour lui. Dans sa campagne, il pourra aussi s’appuyer sur son passé de sportif. Lutteur durant vingt-cinq ans, il a ensuite été chef technique de l’Association romande de lutte suisse, de 2008 à 2016. Dans ce contexte, la Fête fédérale de lutte Estavayer 2016 lui avait offert une magnifique visibilité, même si les résultats sportifs n’ont pas suivi.

 

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Didier Castella et la guerre des gauches

PAR JEROME GACHET

Il n’est pas de la bonne partie du canton, pas du bon sexe et pas du bon parti. Si Didier Castella devait être élu, le Conseil d’Etat se retrouverait avec six hommes, cinq représentants du centre ou de la droite et quatre habitants du Sud (trois Gruériens et un Glânois). Pas vraiment ce qu’a signifié le corps électoral fribourgeois le 27 novembre 2016… C’est pourtant lui qui, à six semaines du jour J, endosse le rôle de favori. Une situation inimaginable il y a quelques mois, qui s’explique par la nature de l’élection (complémentaire, au système majoritaire) et par les vives tensions internes qui affaiblissent la gauche.
Si le libéral-radical fait peur, c’est qu’il a, potentiellement, 65% des forces politiques derrière lui s’il atteint le deuxième tour. Ce chiffre est évidemment très théorique, puisque la dimension partisane ne représentera qu’un facteur parmi d’autres. Tous ceux qui pensent qu’il n’y aura plus assez de femmes, trop de gens de droite, trop de Gruériens, trop de radicaux – et trop de radicaux gruériens – iront voir ailleurs.
De nombreux UDC et PDC rechigneront aussi à voter pour lui. D’abord parce que l’Entente de droite a du plomb dans l’aile depuis le second tour de 2016. Ensuite, parce que l’arrivée d’un deuxième PLR au Gouvernement compliquerait la vie de ces deux partis lors du renouvellement des autorités, en 2021. Cette fois, l’allié libéral-radical ne se gêne plus: il vise un siège qui, selon la prophétie de l’Entente, devait revenir à l’UDC. Les démocrates du centre s’en souviendront-ils au deuxième tour, quand Ruedi Schläfli aura mordu la sciure?
En cas de mano a mano avec le lutteur, en revanche, Didier Castella ne risquera pas grand-chose. Comme Stéphane Peiry a pu le vérifier, il y a un peu plus d’un an, l’UDC se casse systématiquement les dents sur le système majoritaire. Tant qu’elle n’aura pas déniché un candidat charismatique susceptible de faire exploser le plafond de verre, l’UDC n’y arrivera pas.
L’autre atout de Didier Castella lui est donné sans qu’il n’ait rien demandé. Depuis l’annonce du départ de Marie Garnier, le 8 novembre, la gauche se crêpe le chignon. Ce jour-là, les Verts annoncent d’emblée qu’ils présenteront un candidat, tout en précisant qu’ils ne comprendraient pas que les socialistes en fassent autant. Or, ces derniers, convaincus que la Verte Sylvie Bonvin-Sansonnens n’a pas l’ombre d’une chance, lancent leur conseillère nationale Valérie Piller Carrard dans la bataille. Les écologistes deviennent verts, tandis que le centre gauche annonce qu’il se ralliera à la socialiste… que si elle n’est pas éliminée le 4 mars. Bonjour l’ambiance, au revoir les suffrages!
Sylvie Bonvin-Sansonnens n’est pas dénuée d’arguments. En soi, c’est elle qui correspond le mieux au profil: Verte, femme, broyarde, elle s’inscrirait dans une certaine continuité. Mais ceux qui voient en elle un nouveau Pascal Corminboeuf vont vite en besogne. Trois petites années de députation au Grand Conseil ne font pas d’elle une politicienne très aguerrie…
Et Valérie Piller Carrard? Son élection au Conseil national en 2011, puis sa réélection en 2015, parlent pour elle. A chaque fois, elle surprend. Mais la Broyarde est régulièrement critiquée sur sa discrétion à Berne, y compris dans son propre parti.
Après les déclarations de ces derniers jours, on peine à imaginer une gauche plurielle unie derrière l’une ou l’autre candidate. Un miracle est toujours possible, même si, en politique, c’est le plus souvent la loi du talion qui s’applique. ■

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