Dix-sept ans de prison requis contre le pédophile

| ven, 09. fév. 2018

Au terme de son réquisitoire, la procureure Yvonne Gendre a requis seize ans de prison ferme et 360 jours-amendes contre Robert T.

PAR VALENTIN CASTELLA

Les oreilles de Robert T. ont sifflé très fort vendredi à l’occasion de la dernière journée de son procès à Bulle. Lors du réquisitoire de la procureure Yvonne Gendre et des plaidoiries des avocats de la défense, celui qui est accusé d’avoir abusé de 87 enfants thaïlandais, a subi de nombreuses salves d’attaques verbales. Le point d’orgue a été la sanction requise par la procureure: seize ans de prison ferme, ainsi que 360 jours-amendes fermes.
C’est d’ailleurs cette dernière qui a ouvert les hostilités, en mettant l’accent sur l’accusation la plus importante: la traite d’êtres humains. Elle a affirmé que le prévenu avait mis en place un «piège hideux» en forçant les jeunes garçons à se soumettre à ses ordres et à ceux des clients du pédophile. «Quand on est un enfant, peut-on dire non à celui dont les villageois veulent faire leur chef? Quand on est un enfant des rues, peut-on se révolter? Robert T. a adopté un comportement répété, dans une situation où les enfants étaient obligés de se soumettre. Il s’est servi de son argent pour imposer sa sexualité et son pouvoir.»


«Il méprisait ces enfants»
Elle a justifié ses propos par des preuves dénichées dans des courriels, dans des milliers de photos pédopornographiques et des vidéos (La Gruyère de jeudi). Selon la procureure, il ne fait aucun doute que l’accusé a commercialisé ces garçons dans sa maison à Nonghoï et dans son bar à Pattaya. «Ces enfants étaient des objets. Il les méprisait et il traitait certains de rats». Un argumentaire approuvé par les trois avocats des victimes. Me Jérôme Magnin s’est permis de transformer le nom de l’établissement que tenait le Bullois d’origine de 74 ans à Pattaya. «Ce n’était pas le Gentleman’s Club, mais le “Pedobar”! Robert T. n’était pas qu’un simple pédophile. C’est un individu qui a traité les enfants comme de la marchandise.»


«Il n’y a aucune preuve»
Ces affirmations ont évidemment été contestées par la défense, qui s’est adressée à la présidente Frédérique Bütikofer Repond et aux juges: «Vous ne m’entendrez pas dire que Robert T. est un saint. Tout semble l’accabler. Mais je vous demande de ne pas être influencés par la presse. Vous devez vous baser sur le dossier uniquement.» Et c’est sur cette base que Me David Aïoutz a tenté de démontrer que la police avait influencé les victimes lors de son enquête en Thaïlande, en faisant passer son client pour le «pire pédophile de la terre». «Il n’y a aucune preuve de prostitution dans le bar de Pattaya. L’enquête n’a pas permis de savoir ce qu’il en était.»
Les autres faits principaux reprochés à l’accusé, qui doit endosser, selon une expertise psychiatrique, l’entière responsabilité de ses actes, sont d’avoir abusé physiquement des enfants et d’avoir fait commerce des photos qu’il prenait. Selon la défense, de nombreux témoignages de victimes le confirment. «Vous n’êtes pas le bienfaiteur de Nonghoï, mais le pervers de Nonghoï», a asséné Me Philippe Bardy. Des accusations que Robert T. a nié toute la semaine. «Il n’a pas incité les enfants à venir, mais il en a profité, a déclaré son avocat. Etait-il l’initiateur de ces séances? Aucune preuve n’existe au dossier.» Afin de contrecarrer l’accusation, notamment sur le côté manipulateur de l’accusé, Me David Aïoutz a révélé: «On présente Robert T. comme machiavélique. Mais on a bien vu lors des auditions et dans ce tribunal qu’il ne l’était pas en raison de la naïveté, et j’ose dire de la stupidité de ses réponses. Il n’a pas pu planifier tout ça.»
On l’a dit, la procureure a proposé à la présidente et aux juges une peine de seize ans de prison ferme. Elle a expliqué qu’elle n’avait pas requis vingt ans en raison de l’ancienneté des faits et de l’isolement du prévenu, dont le risque de récidive est jugé élevé. Concernant la peine pécuniaire, elle pourrait être de 360 jours-amendes fermes. Et comme l’intéressé prétend être sans le sou, il ne devrait pas pouvoir payer cette somme et voir son séjour à l’ombre être prolongé d’une année. Ce qui fait donc dix-sept ans de prison, moins les trois années qu’il vient de passer en exécution anticipée. La procureure a de plus demandé qu’il soit astreint à une thérapie.


Une aide aux victimes
Du côté de la défense, un total de 140 000 francs de torts moraux ont été demandés pour les trois victimes représentées à Bulle. A ce propos, Me Jérôme Magnin s’est montré réaliste. «S’il est condamné et qu’il reste en prison, il ne pourra pas payer. Et les victimes ne seront pas indemnisées par l’Etat, étant donné qu’elles se trouvent à l’étranger. Nous allons donc prochainement lancer un appel public aux personnes qui veulent venir en aide aux victimes.»


«Je suis désolé»
En guise de conclusion, la présidente a demandé si Robert T. avait un dernier mot à dire. Pour la première fois, il s’est excusé, en disant: «Je suis profondément désolé de ce qui s’est passé.» Le verdict ne sera pas rendu avant deux semaines. ■

 

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De soudains trous de mémoire

Bavard et brouillon lors de la première partie de son audition mercredi en début de soirée, Robert T. a changé de tactique jeudi matin lorsque la présidente, la procureure et les avocats de la défense lui ont posé des questions. Le pédophile s’est, en effet, transformé en un mur, affirmant à maintes reprises qu’il ne se souvenait plus des détails mis en lumière par la Cour.
A tel point que, parfois, la situation a frisé le ridicule, comme lors de cet épisode durant lequel la procureure Yvonne Gendre lui a montré la photo d’un garçon qui se trouvait dans sa maison en Thaïlande. Il n’a voulu reconnaître ni l’enfant ni l’endroit. «Il faut arrêter de nous prendre pour des imbéciles», a dit la présidente Frédérique Bütikofer Repond, pas dupe, comme tout le monde, des soudains trous de mémoire de l’accusé.
S’il n’a pas souhaité s’exprimer sur les images ou les actes prétendument commis, il s’est toutefois épanché sur son retour
à Bulle, à la fin de l’année 2014. Comme lorsqu’il a voulu changer d’identité. «Je souhaitais redevenir anonyme. Avant, j’étais actif et reconnu à Bulle. Mais, parce que mon histoire figurait sur Google, les gens que je connaissais se sont volatilisés. Ils tapaient mon nom et voyaient que j’avais eu des histoires en Thaïlande. J’ai fait une démarche auprès de Google pour que ces données soient effacées. Je me sentais persécuté. Cette réputation n’était pas méritée. J’avais été acquitté en Thaïlande. Mon casier judiciaire était vierge.»
A Bulle, justement, Robert T. a tenté de bénéficier de l’aide sociale, alors que, selon la présidente, il possédait plusieurs biens immobiliers en Thaïlande, qu’il n’a pas mentionné à l’administration gruérienne. «Je n’ai pas essayé de profiter du système. Je n’avais pas d’argent, juste une valise et 50 francs en poche.» Une citation contredite par un courrier qu’il avait envoyé à un ami français, dans lequel il déclarait qu’il n’allait pas parler de ses biens en Thaïlande pour recevoir davantage d’argent.
Enfin, celui qui a déjà été condamné à deux reprises en Suisse s’est encore vanté de bienfaits. Il a ainsi affirmé qu’il avait suivi une formation dans le social «par altruisme», ou payé la caution en Thaïlande d’un autre pédophile suisse pour… rendre service. VAC

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