L’incroyable destin olympique de Mathilde Gremaud

| lun, 19. fév. 2018

Deux jours après avoir conquis une médaille d’argent aux jeux Olympiques, Mathilde Gremaud revient sur cette journée. Son papa Stéphane raconte, lui, la nuit qu’il a passée avec les habitants de La Roche.

PAR VALENTIN CASTELLA

Ses larmes ont ému toute une région. Samedi, Mathilde Gremaud a bien tenté de masquer son émotion devant les caméras. Mais elle était trop intense. Derrière ses gants noirs, le visage de la Gruérienne semblait comme étourdi par ce qui lui arrivait. La Rochoise devenait vice-championne olympique. Un incroyable exploit pour l’athlète de 18 ans, qui n’avait pas encore disputé de compétition officielle cet hiver. Elle succède au Charmeysan Jacques Lüthy, dernier médaillé fribourgeois aux Jeux d’hiver en 1980. Devant les caméras et tout un canton qui s’est pris de passion pour la jeune femme, la freestyleuse a peiné à trouver les mots pour définir son état d’esprit: «C’est magique», a-t-elle dit tout simplement.
Deux jours plus tard, la Gruérienne a «atterri». «Sur le moment, j’étais évidemment très joyeuse, comme sur un nuage. Mais j’ai rapidement pris conscience de ce qui m’arrivait, dès que je suis montée sur le podium dans l’aire d’arrivée.»


Une chute à l’entraînement
Ce podium, Mathilde Gremaud est allée le chercher dès la première manche de la finale, grâce à une performance de choix ponctuée d’un switch double cork 1080. En tête avant la dernière manche, elle a finalement cédé son trône à sa camarade de l’équipe de Suisse Sarah Hoefflin. De son côté, Mathilde Gremaud a chuté lors de sa dernière réception. «C’est dommage, car j’avais réalisé mon meilleur passage sur le haut de parcours.»
Des regrets, la Rochoise n’en a aucun, d’autant plus qu’elle n’était pas certaine de participer à cette compétition. En effet, elle a chuté lourdement lors des entraînements et a été transportée à l’hôpital en ambulance. «C’était chaud. Les médecins ne voulaient pas prendre le risque de me laisser skier en cas de commotion. J’ai reçu leur autorisation seulement deux heures avant le début.»
Sa préparation n’a donc pas été optimale. Un contretemps qui lui a finalement été bénéfique. «Mon cerveau m’a protégée en effaçant cette chute de ma mémoire. Je n’ai donc ressenti aucune crainte avant de m’élancer. Seules les bonnes sensations ressenties lors des entraînements les jours auparavant étaient présentes dans mon esprit.»


«Une drôle d’ambiance»
Elle continue: «J’étais tellement contente de pouvoir prendre le départ que je n’avais aucune appréhension avant le premier run. Contrairement à d’autres favorites. Dans le portillon, je les observais et elles étaient très tendues. Alors que j’étais devant et tranquille dans ma tête. Elles n’ont finalement pas réussi à se libérer et elles sont passées un peu à côté de leur compétition. C’était une drôle d’ambiance.»
Après l’immense émotion ressentie au terme de l’épreuve et une première montée sur le podium d’arrivée, Mathilde Gremaud s’est astreinte à un marathon médiatique: «Nous avons enchaîné les interviews, puis participé à une conférence de presse. Après, j’ai dû subir un contrôle antidopage et nous avons dû nous dépêcher de rentrer à l’appart pour nous changer avant la cérémonie officielle de la remise des médailles. Je n’ai même pas eu le temps de me doucher (rires). C’était fou. Ensuite, nous sommes allées à la Maison suisse pour plusieurs interviews radio et télé. Enfin, nous sommes allées manger et là, nous avons pu profiter à fond.»
Deux jours après son sacre, Mathilde Gremaud prend conscience de tout le chemin parcouru jusque-là. Il y a encore quelques mois, la Rochoise n’était en effet pas certaine de pouvoir se rendre en Corée du Sud. En pleine réhabilitation après son opération au genou droit, elle a bataillé tous les jours pour revenir et être prête le jour J. «Oui, ça fait des mois que je travaille pour ces jeux Olympiques. Et aujourd’hui j’ai réussi. Mais je ne peux pas dire que ça a été très difficile, car j’aime ce que je fais. Toutes ces semaines sont passées tellement vite.»
Elle poursuit: «Mon travail a été récompensé lorsque j’ai compris que je pourrais skier à nouveau comme avant. ça m’a motivée encore plus. Lors des entraînements en Corée du Sud, j’ai ressenti le sentiment d’avoir à nouveau ma place au sein de cette compétition. ça m’a mise en confiance.»
Aujourd’hui reposée après deux jours de folie, Mathilde Gremaud profite de ses dernières heures en Corée avant de rentrer à la maison. A La Roche, une cérémonie est prévue à son honneur. Encore une belle dose d’émotions en perspective pour celle qui est devenue, en quelques heures, la petite protégée et la fierté de tout un canton. ■

 

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«Elle a toujours été un peu casse-cou»

Dans la nuit de vendredi à samedi, le village de La Roche a vibré pour Mathilde Gremaud. Plus d’une centaine de personnes étaient en effet présentes à la Maison de Ville pour supporter la nouvelle star du coin. Sa famille était évidemment de la fête, dont son papa Stéphane: «Nous avons vécu des moments indescriptibles. L’émotion était immense et je souhaite remercier toutes les personnes qui ont organisé et participé à la fête. Franchement, c’était formidable, d’autant plus qu’à la base ce n’était pas prévu qu’autant de monde soit présent.»
En effet, une diffusion sur grand écran avait été mise sur pied pour les membres du Ski-club La Berra, comme l’explique le président Pascal Rausis. «Nous avons organisé cette soirée à la bonne franquette. On ne s’attendait pas à autant de monde. Nous avons invité les membres du club, puis beaucoup d’autres nous ont rejoints. Dans la salle, l’ambiance était très chaude de 2 h à 8 h du matin.»
Et comment son papa Stéphane a-t-il vécu cette compétition? «Nous étions déjà rassurés qu’elle puisse y participer après sa chute. Mathilde nous avait téléphoné depuis l’hôpital pour nous dire que tout allait bien. Lors du premier run des qualifications, j’ai vu qu’elle était en pleine possession de ses moyens. C’était déjà un exploit qu’elle se qualifie pour la finale. C’est là que je suis allé chercher son grand-père, pour qu’il nous rejoigne dans la salle. Auparavant, je lui avais réglé la télé pour qu’il regarde les qualifications à la maison.»
Lors du dernier passage de Mathilde Gremaud, qui venait alors de perdre sa première place, la salle a évidemment vibré. «Oui, elle aurait pu avoir l’or si elle avait posé son dernier saut. Mais nous n’avons pas le droit d’avoir des regrets. C’est fantastique. En plus, c’est une Suissesse qui a gagné. On ne parle pas de médailles d’or et d’argent, mais de doublé.»


Faire des sauts avec ses copains
En racontant sa nuit olympique, Stéphane Gremaud ne peut s’empêcher d’être ému, lui qui a porté sa fille sur les skis lorsqu’elle était petite. «Je ne cache pas que je suis très fier d’elle. J’ai le droit, non (rires)? Mathilde a toujours été habile sur les skis. Elle a d’ailleurs participé à quelques compétitions en alpin. Mais on a tout de suite compris que ce n’était pas son truc. Ce qui lui plaisait, c’était de faire des sauts, de prendre sa pelle et d’aller skier avec ses copains. Elle a toujours été un peu casse-cou. Je me souviens que, petite, à 4 ou 5 ans, elle faisait déjà des sauts périlleux sur le trampoline devant la maison, sans que personne lui ait appris à les réaliser.»
Pas présente en Corée, sa famille sera évidemment à l’aéroport pour l’accueillir. «Beaucoup d’amis nous ont déjà dit qu’ils nous accompagneraient.» Elle pourra alors savourer sa médaille avant le retour en Gruyère qui s’annonce triomphale. VAC

 

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Une fête en son honneur jeudi

Ces trois derniers jours, Mathilde Gremaud était partout. Dans la presse, en photo dans son village natal, sur les réseaux sociaux. Le boulanger du coin a même confectionné des médailles en chocolat à son effigie. Partout, la Gruérienne a provoqué un immense engouement, à la hauteur de son exploit. Même le roi Roger Federer a tweeté sur sa performance. «Je ne m’attendais pas à tout ça. Franchement, cela me fait juste trop plaisir. C’est énorme! J’ai vu qu’il y avait eu beaucoup de monde à La Roche. Ces images m’ont fait chaud au cœur.» La Gruérienne pourrait bien être à nouveau touchée lors de son retour, puisqu’une réception en son honneur est prévue jeudi dès 18 h à la halle sport & culture du village. «Mathilde va atterrir en Suisse mercredi en fin de journée, explique le conseiller communal Bertrand Gaillard. Ses parents, ses amis, les membres du ski-club et la commune iront l’accueillir à l’aéroport. Nous avons prévu un car. Ensuite, une réception officielle sera organisée jeudi.» VAC

 

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