Les thés dansants du Pafuet, la disco de la troisième jeunesse

| mar, 13. fév. 2018

Ils ont entre 60 et 88 ans et se retrouvent, nombreux, chaque jeudi au thé dansant du Pafuet. Et ils viennent parfois de loin pour profiter de «la plus belle salle de danse de Suisse romande». Rencontres et anecdotes au Palais de la danse, à la veille de la Saint-Valentin.

PAR MARTINE LEISER

L’orchestre enchaîne les morceaux, ça valse, ça tangue, ça swingue! Sur la piste, les messieurs conduisent ces dames, certains avec application, d’autres avec décontraction et humour. Ils sont plus d’une centaine, ce jeudi, à s’être donné rendez-vous au Palais de la danse, au Mouret. Des mains se serrent, les gens s’embrassent, retrouvent «leur table», alors que d’autres en sont déjà à leur cinquième danse… ou à leur cinquième cavalière.
«Il y a généralement plus de femmes que d’hommes», relève Anne, 73 ans, une habituée des lieux. Cependant, pas besoin d’avoir un partenaire attitré pour se retrouver sur la piste – même si ça aide quand même. Lucie, également la septantaine, affirme toujours trouver «un taxi danseur». Ici, on se fiche apparemment de savoir que c’est parfois – souvent? – les femmes qui invitent. Les subtilités sont ailleurs.
C’est à la table des dames «non accompagnées» qu’on recueille quelques indices, car il s’agit de bien comprendre comment tout cela s’organise, histoire de ne pas commettre trop d’impairs.


«Les taxis danseurs»
Parmi les différents danseurs, donc, il y a ceux qui sont venus en couple, dont Gilbert Duriaux et Myette Papaux, 88 ans, tendrement enlacés sur la piste de danse et qui ne se quitteront pas un seul instant du regard. Viennent ensuite «les cavaliers attitrés», libres de 14 h à 17 h 30, et à qui l’on peut donner rendez-vous tous les jeudis, ou presque.
Les hommes sont donc bel et bien là, même si beaucoup sont déjà pris… ou réservés. Au palmarès des cavaliers très recherchés, reste à mentionner ces irremplaçables «taxis danseurs» qui contribuent au bon déroulement du bal. Ce sont des partenaires de danse occasionnels qui circulent d’une table à l’autre et sont presque en permanence sur la piste. Et s’il en manque parfois, les femmes dansent entre elles.


Une séance de gym
«La disco» du jeudi après-midi demeure pour beaucoup un rendez-vous incontournable. Certains parcourent bien des kilomètres pour le seul bonheur de valser entre amis. C’est le cas de Claire-Lise, 64 ans, qui vit près de Montpellier et qui est de passage chez son fils, à Ménières. «Ici, c’est avant tout le rendez-vous des copines. On vient d’un peu partout, de la Broye, de Morges, de Marly, et on se retrouve au Pafuet. On a appris à se connaître et on passe de bons moments ensemble.» Pour Françoise et José Nydegger – 69 et 76 ans – du Val-de-Ruz, «c’est surtout la plus belle salle de danse de toute la Suisse romande et on s’y sent accueillis.»
La reine des lieux? C’est Gilberte Romanens-Thürler, surnommée Gigi. Cela fait dix ans que cette ancienne restauratrice à la retraite, gère son Palais de la danse. «Avec toutes ses lumières, ses guirlandes, je trouvais que le nom sonnait bien.» Elle avoue cependant qu’elle n’y parviendrait pas sans l’aide de sa fille Corinne Morier, autre personnage charismatique du Palais.
Ainsi, chaque jeudi après-midi et deux dimanches par mois en hiver, mère et fille s’affairent afin que les danseurs se sentent comme chez eux. «Les gens viennent ici pour se maintenir en forme, c’est mieux qu’une séance de gymnastique, relève Corinne Morier. On connaît tout le monde et beaucoup de clients sont devenus des amis. D’ailleurs, si on ne voit pas des habitués pendant un certain temps, on s’inquiète. Il est même arrivé qu’on leur téléphone pour prendre des nouvelles.»


Les cafés Gigi
Ce jeudi-là, ils étaient 130, de 60 à 88 ans, à franchir les portes de la salle de bal. Parmi eux, quelques résidents du Foyer de Bouleyres, à Bulle. «Un après-midi, on a même accueilli des résidents de cinq homes différents.» Et les deux femmes de souligner «qu’il y a rarement eu moins de 60 personnes au thé dansant du jeudi.»
Ils viennent parfois de loin, de Thonon, Neuchâtel, Crans-Montana. «Certaines person-nes qui n’ont pas le moral font le déplacement pour se changer les idées.» Les organisatrices reconnaissent veiller au bien-être des clients et ont à cœur de soigner les détails. «On a mis des housses sur les chaises afin que les dames ne filent pas leurs collants.» On apprend aussi que la spécialité de la maison, ce sont les cafés Gigi. «Vous ne devinerez jamais quelle sorte d’alcool je mets dedans! Cela doit rester un secret…»


La fontaine de jouvence
Au Palais de la danse, soit dit en passant, on boit surtout de l’eau. La patronne qualifie d’ailleurs ce lieu de fontaine de jouvence. «On ne compte pas les litres d’Henniez qui partent en un après-midi. Et puis, à 70 ans, je suis en pleine forme. Comme j’ai toujours été une grande danseuse, cet endroit me maintient jeune.» Et une cliente, d’ajouter un peu plus tard: «La danse nous rend vivants!» ■

 

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«On s’entend à merveille»
Myette Papaux, Villarimboud, et Gilbert Duriaux, Bonnefontaine, 88 ans

«On s’est rencontrés au Palais de la danse et on s’est mis ensemble il y a huit ans. On s’entend à merveille, je vous le garantis», lance Gilbert Duriaux. Les deux amoureux, qui ont conservé chacun leur habitation, disent se retrouver pour le week-end. «Et tous les jeudis on vient au Pafuet pour danser, écouter de la musique et voir nos amis». Myette Papaux a eu deux fils, Gilbert Duriaux quatre, chacun a perdu un enfant. «La vie n’est pas toujours facile, mais ensemble, tout est plus simple. On sait que l’on peut compter l’un sur l’autre.» Pour Myette Papaux, «Gilbert est un paquet cadeau avec de jolis rubans. J’aime sa manière de rendre service, il est drôle, généreux.» Son compagnon, lui, la trouve «extraordinaire. Je n’avais jamais connu de femme comme elle!» Pour eux, le secret d’un amour qui dure, c’est de conserver une certaine liberté et de se faire confiance. Gilbert Duriaux avoue aussi que c’est grâce à Myette qu’il est devenu plus sage, et elle d’ajouter: «Il me téléphone tous les soirs!»

 

«Ça a été le coup de foudre»
Marie-Anne Guignard, 68 ans, et Jean-Paul Bongard, 65 ans, Bossonnens

«Lorsqu’on s’est rencontrés au Pafuet, il y a quinze ans, j’étais veuf, et ça a été le coup de foudre! Le hasard faisant bien les choses, on s’est croisés une semaine après et six mois plus tard, on emménageait ensemble.» Le couple dit fréquenter régulièrement la piste de danse, une passion qu’ils ont en commun. «On a beaucoup de chance d’être ensemble.» Et Marie-Anne Guignard d’énumérer les qualités de son compagnon: «J’aime tout chez lui, son caractère, son physique…» Et lui d’ajouter: «Lorsque j’ouvre les yeux le matin, j’ai toujours droit à un sourire. C’est quelque chose de magnifique!» Jean-Paul Bongard a deux garçons, Marie-Anne Guignard en a un.
Ils reconnaissent aussi être tous les deux très indépendants. «Elle a ses copines, j’ai ma musique – je joue de la schwytzoise. Pour nous, c’est important de laisser cette liberté à l’autre et on aime se retrouver le soir pour se raconter notre journée. Que peut-on demander de mieux, à la retraite, que d’avoir ce bonheur-là?»

«Comme au premier jour»
Marinette Bapst, 64 ans, et Fredy Raboud, 66 ans, Villariaz

«A l’époque, je travaillais ici comme sommelière et Fredy venait danser tous les samedis. C’est comme ça qu’on s’est rencontrés. Cela fait maintenant vingt-deux ans qu’on est ensemble. Mais raconte, toi aussi…», lance Marinette Bapst. «Tu sais si bien le faire!» répond Fredy Raboud, en rigolant. Elle avoue l’aimer «comme au premier jour. Je le considère d’ailleurs comme mon mari.» Les conjoints expliquent porter chacun une bague de mariés, bénie par un curé. «On est heureux comme ça, déclare Fredy Raboud. On a les mêmes idées et on partage beaucoup de choses ensemble. Et puis, j’aime sa franchise, elle est honnête et je peux compter sur elle.» Lui a trois enfants, Marinette Bapst, deux. Le secret d’une vie de couple épanouie? «Il faut avoir confiance en l’autre et faire aussi des choses ensemble.» Si Fredy Raboud «espère que cette histoire durera le reste de la vie», Marinette Bapst l’affirme: «On va rester ensemble, c’est sûr!»

 

 

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