Bulle: son château, son terroir et ses poussières

sam, 10. mar. 2018

PAR XAVIER SCHALLER

Les Bullois doiventils avoir peur des particules fines? Vont-ils se promener avec des masques médicaux sur la bouche, comme certains Chinois ou Indiens? Car, en ce début d’année, le taux de poussières fines dans l’air a dépassé la limite autorisée à deux reprises.

L’Ordonnance fédérale sur la protection de l’air (OPair) est claire pour ces poussières dont le diamètre est inférieur à 10 millièmes de millimètres (PM10): la moyenne par jour de 50 microgrammes par mètre cube d’air «ne doit en aucun cas être dépassée plus d’une fois par année». A Bulle, cette valeur a été atteinte les 23 et 24 février, et dépassée les 22 février et le 1er mars.

Pas de quoi inquiéter Hans Gygax, chef de la section air, bruit et rayonnement non ionisant au Service de l’environnement: «Cette valeur limite a un caractère d’objectif. Il n’y a pas à prendre de mesures particulières à ce niveau. D’autant que ces pics étaient liés au temps exceptionnellement froid.»

Petites et dangereuses

Les effets de PM10, décrits sur le site de l’Office fédéral de l’environnement, interpellent pourtant: «Ces particules peuvent pénétrer profondément dans les plus petites ramifications des poumons, puis dans les vaisseaux sanguins et lymphatiques. Leur structure leur permet d’accumuler d’autres substances toxiques.» Avec, comme conséquences possibles, des maladies des voies respiratoires ou du système cardiovasculaire.

«Quand on voit le smog en Chine ou en Inde, ce sont des concentrations en PM10 atteignant les 500 µg/m3», note Hans Gygax. En Suisse, le seuil des 100 µg/m3 impose des mesures urgentes, comme des restrictions de trafic, celui des 75 µg/ mètre cube une information obligatoire de la population.

«Les conseils donnés sont les mêmes que pour les pollutions estivales à l’ozone: limiter les déplacements en voiture et les efforts si l’on est sensible. Mais de telles recommandations ont des effets limités, surtout si elles reviennent trop souvent.»

Chauffages à bois en cause

Pour les poussières fines, on conseille en plus de réduire le chauffage et de ne pas utiliser les poêles à bois ou les cheminées. «Les chauffages à gaz ne produisent pratiquement pas de PM10 et les chaudières à mazout modernes peu, note le chef de section. Ce sont surtout les installations à bois qui sont en cause.» Est-ce à dire que le thermoréseau bullois n’est pour rien dans les pics mesurés? «Par unité de chaleur produite, une grande centrale de chauffe dégage beaucoup moins de particules fines qu’un poêle ou pire une cheminée ouverte. Mais je ne peux pas exclure que le thermoréseau ait joué un rôle. C’est un des facteurs, avec le vent, qui peut expliquer les différences mesurées entre Bulle et Fribourg.»

D’autant que l’une des chaudières du thermoréseau, qui date de 2006, n’est pas équipée de filtres de dernière génération. «Ce sera fait dès la fin de la période de chauffe, explique Dominique Progin, directeur technique et réseau chez GE-SA. Le filtre multicyclones sera complété par un électrofiltre, comme pour les deux autres.» Mais pour diviser par trois ses émissions de PM10, l’investissement se montera, selon Dominique Progin, à près d’un demi-million de francs.

Il rappelle que les qualités du bois et de la combustion jouent un rôle important. «Dans des installations industrielles comme les nôtres, tout est sous contrôle. Je pense que les petits chauffages à bois, parfois mal utilisés et sans aucun filtre, sont plus problématiques.»

Si la situation actuelle n’alarme pas les autorités, c’est aussi que l’on a connu pire. En 2006, plus de 150 µg/m3 avaient été enregistrés, durant la plus mauvaise journée de l’année.

Depuis, les moteurs diesel ont été équipés de filtres, de même que les grandes installations de chauffage. «Je peux à la rigueur imaginer que les 75 µg/m3 soient encore atteints dans des conditions météorologiques très défavorables, mais plus les 100 µg/m3, souligne Hans Gygax. Cela n’arrive plus guère qu’au Tessin.» ■

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