Cinquante nuances de (l’album) blanc

| ven, 23. mar. 2018

Jeudi, cinquante musiciens fribourgeois ont revisité l’album blanc des Beatles sur la scène d’Equilibre. Un pari techniquement bluffant, qui a mis en lumière l’impressionnant foisonnement musical que vit actuellement le canton. A voir encore ce vendredi soir.

PAR CHRISTOPHE DUTOIT

D’abord, il faut saluer la prouesse technique, ahurissante, de faire se succéder dix-sept groupes sur la scène d’Equilibre, sans la moindre anicroche, avec une impression de facilité déconcertante. Chapeau bas, Messieurs/Mesdames de l’ombre. Et passons aux choses sérieuses.

Jeudi soir - mais aussi ce vendredi - cinquante musiciens fribourgeois ont célébré les cinquante ans de l’album blanc des Beatles devant un public attentif, gourmand, sans doute un brin nostalgique, parfois décontenancé, mais souvent conquis par ces dix-sept relectures contemporaines. Evidemment, l’exercice s’est joué sur la corde raide. Pas facile de poser une ambiance en quatre minutes chrono, à l’image de la version surpuissante et extatique d’I will, de Darius, le point culminant de la soirée. «En général, c’est à peine le temps d’une intro pour nous», se marrait le bassiste en marge de sa prestation.

Pour réussir ce spectacle millimétré, scénographe et metteure en scène ont choisi de présenter quatre tableaux, entrecoupés par de très drôles films d’archive, tirés de Regards sur le monde, ainsi qu’une intervention désopilante de Duja. Puis, une fois l’écran levé, quatre groupes investissent le plateau. Des pantins qui s’animent dès que la lumière tombe sur eux. Une option d’une efficacité évidente et visuellement très réussie.


Relecture électronique
Mais causons musique. Après un Back in the U.S.S.R. un brin poussif par The Red County, Paul Plexi a livré une version très subtile de Dear prudence, avec Sacha Ruffieux à la guitare slide. Première grosse surprise avec la relecture électronique de Glass onion par Pandour, une réappropriation élégante et expérimentale, qui n’aurait certainement pas déplu aux quatre bidouilleurs de Liverpool.

Conformément aux consignes, tous les groupes ont imprimé leur patte à la chanson qui leur a été assignée par l’instigateur de l’événement Xavier Meyer. Certains ont été fidèles à leur registre, à l’image de l’interprétation vitaminée de Gustav et son Academy (Ob-la-di, ob-la-da), de Monoski (Wild honey pie, avec Mathieu Kyriakidis spécialement à la batterie) ou de Jim the Barber & his Shinny Blades et leur excellente reprise américanisée de Rocky raccoon.

D’autres ont profité de l’occasion pour sortir de leur confort. Seule avec ses machines, Pony a traduit Happiness is a warm gun en français, bien que «revolver brûlant» soit nettement plus difficile à faire sonner. Accompagnée d’un minidjembé, Kassette a chanté I’m so tired en arabe, avec un exotisme non contenu.

D’autres enfin ont carrément dévoyé les chansons originales, à la manière des Bable’s, qui ont sans gêne désacralisé The continuing story of Bungalow Bill. Ou Claire Huguenin et Al Comet qui se sont attaqués au monument While my guitar gently weeps. Une reprise d’une beauté à tirer les larmes, avec la voix si émouvante de l’ancienne chanteuse de Skirt jusqu’à cette note si haut perchée. On regrette juste, pour le clin d’œil, qu’Al Comet n’ait pas cherché à rejoindre Clapton au panthéon des guitaristes, tout en rendant un hommage décalé à Georges Harrison, lui-même joueur de sitar à ses heures.


Détendre l’atmosphère
Au reste, on a beaucoup apprécié la virtuosité de Florian Favre, qui a poussé Martha my dear dans des contrées élevées, rejoint à la fin par les autres musiciens sur le plateau, pour une symbiose que l’on aurait aimé connaître à d’autres moments. Tout comme la prise de parole de Sacha Love qui, interrompant Piggies après quelques accords, est parvenu à détendre aussi bien les artistes que le public.

C’est là peut-être le seul bémol à cette soirée champagne. A vouloir être si pointilleusement minutée et à ce point «sur les rails», la méthode a certainement brimé les groupes dans leur envie de débordement et de liberté. A voir leur plaisir lors du final, au moment où les cinquante musiciens ont repris en chœur un Birthday de circonstance (le premier titre du second disque), on se dit qu’ils auraient très bien pu enchaîner avec Helter skelter, Revolution ou même Hey Jude, d’autres titres enregistrés en 1968. Et, allez savoir, parvenir à faire se lever le public, lui faire esquisser un déhanchement et achever la soirée en véritable apothéose.

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