Elu, Didier Castella n'ignorera pas la gauche

mar, 27. mar. 2018

PAR JÉRÔME GACHET

Ce n’est pas souvent qu’ils ont l’occasion de faire «péter La Jaune», le canon des grandes victoires. Alors, dès que l’occasion se présente, pan!, les radicaux gruériens s’en donnent à cœur joie. Après Maurice Ropraz en 2011, voilà qu’un deuxième des leurs rejoint le Gouvernement: Didier Castella. Un rythme inattendu puisqu’il faut remonter à 1959 pour retrouver le conseiller d’Etat radical gruérien précédent, Pierre Glasson (1946-1959).

A 48 ans, l’habitant de Pringy est aussi le 100e ministre de ce canton. Docteur en physique, il a été vice-syndic de Gruyères (2000-2011), puis député (dès 2011). Et de 2012 à 2017, il a pris les rênes du PLR cantonal. Période durant laquelle il a été un des principaux artisans de l’Entente de droite.

Quel a été votre sentiment, ce matin, au réveil?

Une joie, mais aussi le poids des responsabilités. J’y ajouterai l’envie de prendre cette fonction et de m’engager.

Concrètement, comment cela va-t-il se passer jusqu’à votre entrée en fonction, le 23 mai?

Dans mon travail actuel, j’ai des collaborateurs à former et des dossiers à transmettre. Ensuite, je devrai prendre des contacts en vue de mon futur job. Cela commence mardi (n.d.l.r.: aujourd’hui) avec la photo du Conseil d’Etat. Et j’ai promis à Marie Garnier de la rencontrer en début de semaine. Suivra la prise en main des dossiers. Je verrai ensuite à quel moment il sera possible de faire connaissance avec les collaborateurs de la Direction des institutions, de l’agriculture et des forêts.

Y a-t-il un élément qui vous laisse penser que vous ne reprendrez pas la DIAF?

J’imagine que je reprendrai cette Direction, tout en sachant que le dernier élu hérite du département dont les conseillers en place ne veulent pas.

Revenons à la journée de dimanche. Est-ce la droite qui a gagné ou la gauche qui a perdu?

Comme j’aime bien tenir un discours positif, je dirais que c’est la candidature de droite qui a gagné. Mais, effectivement, les dissensions de la gauche ont aidé.

Le 4 mars, vous sembliez assez satisfait d’affronter Valérie Piller Carrard plutôt que Sylvie Bonvin-Sansonnens, non?

C’était en effet l’analyse effectuée avec mon comité avant le premier tour. Sylvie Bonvin-Sansonnens bénéficiait d’un potentiel plus large pour rassembler, notamment pour aller chercher les voix du centre.

Vous vous êtes posé en rassembleur. Comment cela va-t-il se traduire au Conseil d’Etat?

J’espère pouvoir travailler dans un esprit de cohésion aussi bien avec les conseillers d’Etat de droite que de gauche. Au Grand Conseil, on m’a souvent dit que ce n’était pas possible de réunir les partis. Mais on voit que, quand on essaie, ça marche.

Le Conseil d’Etat passe à cinq représentants de la droite, dont deux libéraux-radicaux, contre deux de la gauche. Ce sera désormais barre à droite toute?

Je ne pense pas. La politique partisane se fait surtout au Grand Conseil, lequel nous rappellera vite à l’ordre en cas de débordements. Le Législatif est le capitaine qui met la barre à gauche ou à droite. Dans l’Exécutif, nous devons être avant tout des porteurs de projets. D’où qu’ils viennent, ils doivent faire avancer le canton.

Qu’est-ce que ça change finalement de passer d’un rapport de quatre/trois à cinq/deux?
Cela ne va pas transformer le canton demain. C’est d’abord une question de personnalités qui doivent trouver les compromis nécessaires. On ne pourra évidemment pas ignorer les demandes de la gauche. Ce serait faire preuve d’arrogance. Je sais aussi que je suis attendu au virage.

Quel virage?

Dès que le Conseil d’Etat prendra une position, la gauche va dire qu’il s’agit d’une position de droite. Durant la campagne, on m’a taxé de représentant de la droite dure, ce qui ne correspond pas à la réalité.

Vous avez été parfois critique avec le Conseil d’Etat durant la campagne, notamment sur le plan de législature. Qu’allez-vous faire concrètement?

J’ai dit que j’étais d’accord dans les grandes lignes, mais que, parfois, le Conseil d’Etat manquait de courage politique, qu’il devait avoir des positions plus tranchées. Avec ma petite voix, je vais essayer d’amener cela.

Un exemple?

La caisse de pension de l’Etat. On doit dire clairement dans quelle direction nous voulons aller. Nous devons lancer un débat, débat que conduira le Conseil d’Etat devant le Grand Conseil.

Vos priorités en arrivant au Gouvernement?

Au sein de la Direction dont j’hériterai, je dois créer un esprit d’équipe avec des règles du jeu claires. Tout le monde défend son avis, mais après, on se range derrière la voix qui

sera portée par la Direction

ou le Conseil d’Etat.

En 2021, Anne-Claude Demierre et Georges Godel et peut-être d’autres encore vont s’en aller. Est-ce que les cartes seront rebattues?

Oui, probablement. Il y aura une pression supplémentaire pour qu’on présente des candidatures féminines.

Qui «on»?

Tous les partis. Avec le départ d’Anne-Claude Demierre, tout le monde aura cette pression.

N’est-ce pas désormais au parti de droite de porter des femmes au Conseil d’Etat?

Oui, aussi. J’ai toujours dit que je ne me présenterais pas si une femmede mon parti voulait le faire. On s’est rendu compte que ce n’est pas si évident que cela de trouver une femme prête à s’engager pour un job comme celui-ci. Un changement de culture est en train de s’opérer, mais il n’a pas encore abouti. C’est une réalité.

Pourquoi?

Les femmes ont parfois plus de sagesse et de prudence que les hommes. Elles ont peut-être aussi des attaches familiales que les hommes arrivent plus facilement à lâcher. Mais, bien évidemment, il ne faut pas généraliser.

Mais pourquoi la gauche y arrive et pas la droite?

Au départ, la gauche possédait davantage de femmes au Grand Conseil. Maintenant, au PLR, ce nombre a sensiblement augmenté. C’est une question de temps.

Qu’allez-vous faire de l’UDC en 2021?

J’ai toujours été pour une collaboration au sein de la droite. La difficulté de l’UDC est évidente: elle doit trouver le candidat qui a le bon profil au bon moment. Dans un système majoritaire, elle a besoin


Unie dans la victoire, la droite se trouvera bientôt face à des choix épineux

Le camp bourgeois a fêté dimanche le succès de Didier Castella. Mais les discussions s’annoncent animées en vue des prochaines échéances électorales.

La victoire unit et la droite en a fait une belle démonstration dimanche. Avec Didier Castella, le PLR a remporté un second siège au Conseil d’Etat. Il a fêté ce succès avec ses alliés du PDC, de l’UDC et du PBD.

La démission de la Verte Marie Garnier débouche sur la perte d’un siège de gauche. Le Gouvernement est désormais composé de deux libérauxradicaux, trois démocrateschrétiens et deux socialistes. Six hommes pour une femme. La Gruyère est particulièrement bien représentée avec trois élus, Didier Castella et Maurice Ropraz du PLR, ainsi que la socialiste Anne-Claude Demierre. Avec le Glânois Georges Godel, le Sud est même majoritaire.

La frustration de l’UDC, qui n’est pas parvenue à accéder au second tour de cette élection complémentaire, semble oubliée. «Les partis bourgeois sont suffisamment intelligents pour savoir qu’ensemble, ils peuvent faire de grandes choses», souligne Sébastien Dorthe, président du PLR. «Dans le système majoritaire, il faut être uni», renchérit son homologue du PDC, André Schoenenweid. La progression de Didier Castella entre les deux tours et son résultat final, bien supérieur au potentiel électoral du PLR, montrent qu’il a bénéficié des voix de tout le camp bourgeois.

Allié de la première heure

«C’est une belle victoire aussi pour le PDC, affirme André Schoenenweid. Dès le premier tour, nous avons donné notre préférence à Didier Castella.» Il se réjouit de cette collaboration entre les deux formations. «Historiquement, le PDC et le PLR ont déjà travaillé ensemble et nous le ferons encore pour 2021», assure le président du PDC.

Son parti fera face à un important défi lors des prochaines élections cantonales. Georges Godel, qui termine sa troisième législature au Conseil d’Etat, se voit forcé de prendre sa retraite. «Nous devrons trouver la bonne personne, si possible une femme, pour accompagner Jean-Pierre Siggen et Olivier Curty», rapporte André Schoenenweid.

Alors que le parti est en perte de vitesse depuis plusieurs années, une alliance avec le PLR, voire l’UDC, serait plus que profitable. Dans cette perspective, le soutien actif offert à Didier Castella pourrait entrer en ligne de compte. «Nous sommes plus reconnaissants que redevables», tempère le gagnant de dimanche.

L’UDC, qui avait appelé à voter Didier Castella au second tour, tout en soulignant qu’elle épaulait le candidat et non le parti, estime elle aussi avoir amené sa pierre à l’édifice. «L’UDC a à nouveau joué le jeu, analyse son président Ruedi Schläfli, candidat malheureux au premier tour. Des 17 000 voix que j’ai faites, la moitié sont revenues à Didier Castella.»

La formation se réjouit de ce «rééquilibrage du Conseil d’Etat vers la droite». Mais son président admet que la présence de trois PDC et de deux PLR n’est pas forcément une bonne chose pour les ambitions gouvernementales de l’UDC.

«Le PDC devrait avoir la sagesse de libérer la voie en 2021», affirme Ruedi Schläfli. Traduction: renoncer à son 3e siège, un sacrifice presque inimaginable en politique. Ne craint-il pas que le PLR et le PDC, dont les intérêts semblent convergents, fassent cavalier seul? «Nous ne sommes mariés ni avec l’un ni avec l’autre, rétorque Ruedi Schläfli. Même s’il n’y a jamais eu d’animosité dans le camp bourgeois.»

Discussions en perspective

A l’opposé, André Schoenenweid vante cette nouvelle composition pas loin de la formule magique, selon lui. «Il ne faut pas y voir cinq représentants de la droite: il y a trois centristes, deux personnes à droite et deux à gauche», estime le démocrate-chrétien. «Nous n’aurons pas l’arrogance de revendiquer un 6e siège. C’est une bonne chose d’avoir deux représentants de la gauche plurielle», complète Didier Castella.

Le PLR, tout occupé à fêter sa victoire, refuse de trancher. «Nous avons besoin d’un bloc de droite soudé face au bloc de gauche», avance Didier Castella. «L’UDC veut une formule avec deux PDC, deux PLR et un UDC au Conseil d’Etat, reconnaît Sébastien Dorthe. Il sera important de discuter en vue des élections générales de 2021.»

Pour André Schoenenweid, le problème ne se situe pas au PDC, mais plutôt du côté de l’UDC: «Avec le système majoritaire, il faut des personnalités fortes, indépendantes, qui rassemblent au-delà de leur parti.»

Pour les partis de droite, l’équation sera difficile à résoudre en 2021. L’unité affichée dimanche risque de voler en éclats, tant les intérêts des uns et des autres divergent.

Un virage à droite

Avec cinq représentants au Conseil d’Etat et une bonne majorité au Grand Conseil, la droite a les moyens de gouverner le canton comme elle l’entend. Le président du Conseil d’Etat, Georges Godel, tempère toutefois cet ascendant: «Je n’ai pas le sentiment que cela fasse une différence. Nous essayons toujours de trouver des solutions pour le plus grand nombre.»

Sa collègue, la socialiste Anne-Claude Demierre, n’est pas du même avis: «Je suis infiniment triste. Le Conseil d’Etat n’est pas équilibré, que ce soit entre la gauche et la droite ou au niveau de la représentation des femmes.» Pour la directrice de la Santé et des affaires sociales, cette configuration entraînera certainement une politique plus marquée à droite.

DOMINIQUE MEYLAN


Benoît Glasson au Grand Conseil

L’entrepreneur et charpentier de métier Benoît Glasson succédera à Didier Castella au Grand Conseil. Agé de 44 ans, il est marié et père de trois enfants. Membre du comité du PLR de la Gruyère, il a œuvré pendant cinq ans au Conseil communal de Sorens. Au Grand Conseil, Benoît Glasson compte notamment soutenir les entreprises de la région. Il sera assermenté le 23 mai. DM

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