JPF bâtit la gravière du futur dans une zone stratégique

jeu, 15. mar. 2018

PAR JEAN GODEL

Difficile de ne pas la voir, l’extension de la gravière de Corpataux, quand on passe sur l’A12 à la hauteur de Rossens. En chantier depuis l’an dernier, le site a vu s’ériger un gigantesque bâtiment de béton et d’acier qui abrite la centrale flambant neuve de traitement des graviers. Du high-tech, ce qui se fait de mieux à ce jour, concède Laurent Pasquier, directeur de JPF Gravières SA, à Bulle. Les premiers tests ont eu lieu la semaine dernière et l’entrée en service est prévue en juin prochain.

Née avec la construction de la N12, la gravière du Chaney, au sud de Corpataux, arrive en fin de vie. De plus, ce qu’il reste à en extraire – de quoi tenir dix à quinze ans – se trouve sous l’ancienne centrale. Or, de l’autre côté de l’A12, le site des Grands-Champs recèle un potentiel d’environ 5 millions de mètres cubes. De quoi voir venir pour les vingt à vingtcinq prochaines années.

En fait, tout le secteur figure au Plan sectoriel pour l’exploitation des matériaux (PSEM) du canton en tant que zone à exploiter en priorité, de même que la vaste forêt à l’est du Chaney. C’est ce qui a convaincu JPF Gravières de construire ses installations au milieu du secteur, à un endroit stratégique. «Elles sont prévues pour une cinquantaine d’années», estime Laurent Pasquier.

Lutte contre les nuisances

D’entente avec le canton et la commune de Gibloux, plusieurs mesures contre les nuisances ont été prises. Ainsi, un accès direct à la jonction de l’A12 a été créé. Loin de toute habitation, enserré par la forêt et l’autoroute, le site sera discret. Mais une digue antibruit a tout de même été érigée à l’avant des premières villas de Farvagny.

JPF ne possède pas le terrain des Grands-Champs, mais les droits de graviers, avec d’autres sociétés de la région. Ensemble, elles ont fondé Les Gravières de Farvagny, pilotée par JPF Gravières, son acteur principal. Cette dernière est en revanche propriétaire de la nouvelle centrale de traitement.

Le Chaney et les Grands-Champs seront exploités simultanément pendant dix à quinze ans, explique Laurent Pasquier. «On pourra obtenir une courbe granulométrique du gravier optimale et proposer une gamme complète.» Aux Grands-Champs, on commencera par sa pointe nord, le long de la route cantonale. Les matériaux retirés lors du percement de la tranchée d’accès seront acheminés à la centrale par des tombereaux. Puis un tapis roulant prendra le relais.

Site remis en état

Dans une deuxième phase, la ferme qui se trouve là sera démontée: «L’exploitant transférera ses bêtes sur un autre domaine qu’il possède», rassure Laurent Pasquier. Un défraiement a bien sûr été prévu. Quant à la forêt, elle a déjà été en partie replantée, au Chaney et à Posat. A terme, le site sera entièrement remis en état, en pré ou en forêt. D’ici là, les creux de 70 m de profondeur seront comblés, au fur et à mesure de l’exploitation, par des matériaux terreux inertes.

Un soin particulier a été apporté au traitement de l’eau de lavage des graviers, en grande partie recyclée. Utilisées pour le comblement du Chaney, les boues de lavage seront ainsi décantées et l’eau restituée retournée à la centrale. Un grand bassin de rétention recueillera en outre les eaux de pluie. «On travaillera quasiment en circuit fermé», apprécie Laurent Pasquier.

Les toits des bâtiments seront couverts de panneaux solaires qui fourniront 20% des besoins en électricité. «Par rapport à une centrale d’ancienne génération, on économisera près de 40% de courant.» De même, l’utilisation de tapis roulants évitera à terme la consommation de près de 100 000 litres de diesel par an. Cerise sur le gâteau, dès la mi-2019, l’accès actuel de la gravière du Chaney, par le nord, sera supprimé. Les habitants des proches quartiers de villas de Corpataux apprécieront. ■


Un vaste Meccano technologique

Chef de projet de la nouvelle centrale de traitement de JPF Gravières, Baptiste Pasquier fait vivre aux visiteurs – vertige compris! – le parcours du matériau brut extrait des deux gravières voisines. Amené par tapis roulant, il sera déversé en un immense cône de 35 000 mètres cubes. «Ce sera notre stock tampon», explique-t-il, perché sur la passerelle du convoyeur à bande balancée par le vent, à 35 mètres de haut…

De ce frêle observatoire, on voit l’entier du site, notamment la fosse pour le lavage des roues de camions et le bassin de rétention d’eau de 1200 m3. Et, sous le futur cône, le tunnel d’extraction avec ses trappes par où passera le gravier. De là, il sera acheminé à la centrale par un tapis roulant de 160 m de long.

Au loin, l’immense bâtiment de 60 m de long pour 35 m de haut est terminé. On distingue bien sa moitié inférieure en béton – la partie réservée aux dix-huit silos de stockage – de celle en acier, où le gravier sera traité. «On utilise la gravité pour le passage du gravier d’une étape à l’autre et la circulation de l’eau. C’est des pompes – et de l’entretien – en moins!»

Deux lignes distinctes

Pour faire simple, deux lignes de production distinctes cohabitent au-dessus des silos, à 18 m de haut. Il y a celle pour les graviers ronds de moins de 32 mm de diamètre, qui entreront dans la composition du béton. Ils sont lavés, puis triés sur d’immenses tamis disposés en cascade (des cribles de différentes dimensions) et enfin stockés dans les silos.

Ce qu’il en reste au bas de la cascade, soit le gravier de plus de 32 mm, est broyé dans un concasseur, à 7 m sous terre, puis remonté, par un ascenseur à godets, pour être à nouveau trié et stocké. Un matériau qui servira à la fabrication d’enrobés bitumineux. Le sable est lui aussi extrait, lavé, puis trié par centrifugeuse. Partout des tuyaux, bleus pour l’eau (clarifiée et réutilisée), beiges pour l’air, nettoyé de ses poussières par un imposant filtre.

Les camions, eux, seront badgés à leur entrée. Le chauffeur effectuera sa commande sur un écran tactile. Le temps de se placer sous l’unique portique de chargement, sa commande sera préparée par des extracteurs situés sous les silos, selon la composition et le poids souhaités, et acheminée au camion par un tapis roulant qui, au passage, pèse le tout. A la sortie, une imprimante fournit le bon de livraison. Le tout automatisé et en à peine trois minutes. Un système réalisé sur mesure pour JPF Gravières, qui équipe déjà le site de Grandvillard et qui vaut à la société bien des visites de professionnels.

Qui a dit qu’une gravière n’était qu’une suite de tas de gravier? JnG

Ajouter un commentaire

CAPTCHA
Cette question est pour tester si vous êtes un visiteur humain et pour éviter les soumissions automatisées spam.

Annonces Emploi

Annonces Événements

Annonces Immobilier

Annonces diverses

Trending

1

Chute mortelle dans les Préalpes

Un accident de montagne s’est produit dans la région de la Dent-de-Folliéran, dimanche en fin de matinée. Un homme de 28 ans domicilié dans le canton de Fribourg a fait une chute d’environ 200 mètres et a perdu la vie. Il se trouvait sur l’arête de Galère et cheminait en direction du Vanil-Noir.