Procès d’un incendie à l’allure très suspecte

jeu, 15. mar. 2018

L’incendie de l’emblématique Hôtel Kaiseregg à Planfayon en 2015 occupe à nouveau la justice. Le propriétaire, âgé de 61 ans, et son associé de 40 ans sont accusés d’avoir mandaté un troisième homme pour bouter le feu au bâtiment désaffecté. L’homme de main a déjà été jugé en décembre. Mardi devant le Tribunal pénal de la Sarine, c’était au tour des deux commanditaires présumés de comparaître, dans une procédure séparée. Le verdict les concernant sera rendu ultérieurement.

Ils nient tous les deux être à l’origine du sinistre. Leurs avocats plaident l’acquittement concernant les accusations d’instigation à incendie intentionnel et de tentative d’escroquerie.

A l’encontre du propriétaire, le procureur général Fabien Gasser requiert trente mois de prison, dont six ferme et le reste avec un sursis de trois ans. L’associé risque bien davantage: cinq ans et demi de prison ferme. Car c’est cet homme, au casier judiciaire déjà bien garni, qui était le moteur et qui tirait les ficelles, selon le procureur.

Cet associé est visé par diverses accusations dans d’autres affaires, comme faux dans les titres, escroquerie et mise en circulation de fausse monnaie. Il est aussi accusé de tentative de contrainte et menace: en 2016 depuis la prison, il a réussi à faire parvenir une lettre à l’homme de main pour le pousser à se rétracter.

Le promoteur et le voyou

C’est une rencontre entre un promoteur impatient et un voyou «maître ès magouilles», a résumé le procureur. Le «voyou» a ensuite poussé au crime un «grand dadais» en difficulté qui lui était redevable. Après avoir renoncé à des transformations coûteuses, le propriétaire projette de détruire l’hôtel et de construire des immeubles locatifs. Mais il ne reçoit pas l’autorisation des autorités, car le bâtiment est protégé comme patrimoine. Il est coincé avec cet hôtel.

A l’automne 2014, il entre en relation d’affaires avec son futur associé. Celui-ci prend les choses en main: il mandate un troisième homme pour mettre le feu à l’hôtel, en échange de 20 000 francs, somme qu’il ne lui a jamais versée.

A la date prévue pour l’incendie, l’homme de main se désiste. Mis sous pression par l’associé, il finit par passer à l’acte la nuit suivante, après avoir inspecté le bâtiment pour s’assurer qu’il n’y avait personne dedans.

Une soixantaine de pompiers sont intervenus. L’ancien hôtel, quasiment détruit par les flammes, a été rasé. L’Etablissement cantonal d’assurance des bâtiments (ECAB) n’a pour l’instant pas versé d’indemnités pour ce bâtiment assuré à hauteur de 2 millions de francs. Il s’est constitué partie civile.

Multiples recours

«Ça fait mal» d’être sur le banc des accusés, a déclaré le propriétaire mardi devant la Cour. «Je n’ai pas participé à cet incendie, ni en pensée ni en actes.» «La détention que je subis depuis vingt-cinq mois m’a tué», a commenté pour sa part l’associé. «J’ai perdu ma famille. On m’a tout pris, on a détruit mes rêves.»

L’associé a déjà coûté une fortune au contribuable en multipliant les recours tout au long de la procédure, a souligné le procureur. Ses diverses démarches ont coûté pas loin d’une centaine de milliers de francs à l’assistance judiciaire.

Quant à l’homme qui a bouté le feu, il avait été reconnu coupable d’incendie intentionnel et de complicité de tentative d’escroquerie, notamment. Ce trentenaire fribourgeois a écopé de trente-trois mois de prison, dont six mois ferme et vingtsept mois avec un sursis de quatre ans. Il a bénéficié d’une procédure simplifiée, car il a admis les faits. ■

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