Un voyage musical pour raconter l’exil

mar, 10. avr. 2018

PAR MARTINE LEISER

«L’intérêt de ce spectacle, c’est de raconter un fait historique marquant, mais avec une volonté de sensibiliser les jeunes et de les impliquer.» Pierre-Etienne Sagnol, directeur de la Fanfare du Collège St-Michel, commente cette aventure musicale d’envergure entreprise avec une cinquantaine de musiciens, qu’il a imaginée dans le cadre des festivités du bicentenaire de Nova Friburgo. Elle sera présentée les 13 et 14 avril à la salle C02, à La Tour-de-Trême.

Ce projet a germé à la lecture du livre Terre! Terre! paru en 1939, qui retrace l’exode des Fribourgeois au Brésil (lire encadré). «En découvrant cet ouvrage, j’en ai tout de suite imaginé la musique», dit-il, soulignant que cette création a éclos parallèlement à la décision de la fanfare d’accompagner la délégation suisse à Nova Friburgo, en mai, lors du voyage commémoratif. «Avec Terre!, nous proposons bien plus qu’un spectacle, notre objectif étant de faire le lien avec ce que vivent aujourd’hui encore les migrants. Cela ajoute une dimension plus profonde, plus réfléchie, qui amène à se questionner: pourquoi, deux cents ans plus tard, des personnes doivent encore subir ça?»

Edouard le moutonnier

Le spectacle débute en pleine traversée de l’Atlantique. Les musiciens sont installés sur des estrades, de manière à reproduire les différents ponts d’un navire. «Trois grandes voiles seront déployées, sur lesquelles vont apparaître une succession d’images», en même temps qu’une bande audio diffusera le bruit du clapotis de l’eau, du navire qui grince, immergeant le spectateur dans cet univers en suspens. «Une voix off présentera également certains faits historiques qui ont provoqué cette migration massive.»

Terre! c’est surtout l’histoire de Véronique la bergère et Edouard le moutonnier, deux Gruériens en exil, incarnés par les comédiens Gisèle Rime et Antoine Débois. «Dans son carnet de voyage, qu’elle lit à haute voix, Véronique se rappelle des jours heureux à l’alpage et raconte cette effroyable traversée.» Il y a des moments très sombres, poursuit Pierre- Etienne Sagnol, tel ce passage où le navire est immobilisé dans les marais, tandis que les passagers doivent affronter toutes sortes de maladies. Cela ne devrait plus jamais se reproduire, clament les comédiens, pendant que des images sur les migrations actuelles sont projetées sur la scène.

Le navire en question, c’est l’Urania, qui a quitté le port d’Estavayer-le-lac le 30 novembre 1819. Le spectacle se termine d’ailleurs lorsque les migrants arrivent au large du Brésil.

Une musique abstraite

Le livret, création originale de Nicolas Bussard, s’inspire fidèlement de l’ouvrage de 1939, tandis que les douze pièces musicales, également inédites, sont interprétées par la Fanfare du Collège St-Michel. «C’est une musique très abstraite où il n’y a pas de tonalité de référence. On peut la comparer à des touches de couleur sur un tableau, mais petit à petit, il y a une mélodie modale qui s’installe. C’est peut-être l’une des premières pièces où nous dévoilons ce genre d’ambiance. On aurait certes pu glisser un peu partout des mélodies lentes et tristes, mais j’ai choisi des accords épais, graves qui se superposent, parfois avec des dissonances. Il faut que la musique soit descriptive, mais d’un point de vue émotionnel et non visuel. Cela s’apparente davantage à une musique orchestrale symphonique.»

Le spectacle sera précédé d’une présentation du préfet Patrice Borcard et de l’historien Patrick Minder, permettant de remettre les événements de l’époque dans leur contexte. «Ce qui me tient à cœur, conclut Pierre-Etienne Sagnol, c’est de faire comprendre au public qu’il y a quelque chose de spécial qui va se passer. Ce n’est pas juste du divertissement. Au contraire, cette pièce invite à la réflexion.» ■

La Tour-de-Trême, salle C02, vendredi 13 et samedi 14 avril, à 20 h. Réservations: La billetterie, 026 913 15 46, www.labilletterie.ch


Le livre qui inspire le spectacle
L’ouvrage Terre!Terre!de Georges Ducotterd – devenu plus tard conseiller d’Etat – et Robert Loup, a été publié en 1939, à la veille de la Seconde Guerre mondiale. Il raconte l’émigration suisse au Brésil en 1819, en particulier celle des Fribourgeois. «Ceux qui se demandent ce qui va se passer après l’arrivée des colons au large du Brésil, au moment où se termine notre spectacle, pourront le découvrir dans cet ouvrage. Celui-ci explique leur traversée de Rio à Nova Friburgo, ainsi que les catastrophes et les événements qui leur sont arrivés», relève Pierre-Etienne Sagnol, qui a eu l’idée de rééditer ce livre. «C’était une manière d’aller jusqu’au bout de la démarche, comme cet ouvrage faisait partie intégrante du spectacle.» Il a alors contacté Michelle Greder-Ducotterd, fille de Georges Ducotterd, puis a collaboré avec Maurice Greder, petit-fils de l’auteur qui a accompagné le projet jusqu’à sa parution aux Editions La Sarine. Il est en outre préfacé par Thierry Steiert, syndic de la ville de Fribourg.

Pour Maurice Greder, cette réimpression était symbolique: «J’ai quitté le groupe St-Paul au 1er mars et c’est pour moi assez émouvant de clore une présence de vingt-deux ans dans une société par la réédition d’un des livres de mon grand-père. Un hasard aussi, bien sûr, mais un clin d’œil sympathique du destin quand même. Il est aussi intéressant de constater que le contenu du livre, le récit d’une migration, écrit dans les années 1930, n’a, dans le fond, perdu que peu de sa pertinence en 2018, dans la description du drame qu’est une telle entreprise. C’est malheureux mais bien réel.» ML

Terre!Terre!, Georges Ducotterd et Robert Loup, Editions La Sarine, 242 pages

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