Philippe Menoud: «Riaz est une porte d’entrée de l’HFR»

jeu, 03. mai. 2018

PAR JÉRÔME GACHET

Après l’annonce, mercredi, de la fermeture des blocs opératoires durant la nuit à Riaz dès cet automne, plusieurs élus du Sud s’inquiètent pour le site gruérien, craignant un démantèlement (La Gruyère du 28 avril). Président du conseil d’administration de l’Hôpital fribourgeois (HFR) depuis 2012, le Bullois Philippe Menoud répond aux attaques sans se démonter.

Avec la fermeture des blocs durant la nuit, la sécurité sanitaire des habitants du Sud fribourgeois est-elle assurée?

Oui. Quitte à surprendre, c’est même un plus d’envoyer les cas graves directement à Fribourg et en particulier la nuit, car on les rapproche des soins intensifs et continus. Au besoin, les patients seront pris en charge à Riaz, stabilisés et transférés à Fribourg. C’est déjà souvent le cas. Il faut remettre cette décision dans son contexte, car il y a une nécessité d’assainir financièrement l’ensemble du réseau de l’HFR, pas seulement Riaz. Avec une opération toutes les trois nuits en 2017, il fallait intervenir.

Pourquoi?

Ces 120 opérations annuelles nécessitent le tiers de l’effectif des blocs, à savoir six équivalents plein-temps (EPT). Les deux autres tiers effectuent 2500 opérations de jour. L’heure d’un bloc opératoire se situe entre 800 et 1000 francs, qu’il soit occupé ou pas. Cela permettra une économie de l’ordre d’un million.

Riaz doit-il craindre à terme pour ses blocs?

Non. Le site de Fribourg ne pourrait de toute manière pas absorber l’ensemble des opérations. Le conseil d’administration a d’ailleurs décidé de rénover au plus vite les blocs de Riaz pour 20 millions environ. L’idée est d’augmenter leur utilisation, notamment en matière d’endoscopie (avec 500 cas de plus au maximum) et d’ORL (100 cas). La seule question est de savoir si l’on maintiendra les quatre blocs ou si l’on n’en gardera que trois.

Une décision comme celle de la fermeture n’affaiblit-elle pas Riaz, ce qui, à terme, incitera les patients à aller ailleurs?

Il faut vraiment raisonner en termes de réseau. Si les opérations s’étaient toujours effectuées à Fribourg, on s’y serait habitué. Je préfère la qualité à la proximité. Loin de moi l’idée qu’on ne fait pas de la qualité à Riaz. Mais la proximité n’est pas un gage suffisant pour assurer cette qualité. Le site de Riaz doit desservir sa région, certes. Mais le vrai message à retenir, c’est que le réseau HFR doit desservir tout le canton.

Plusieurs élus craignent un démantèlement par tranches de l’hôpital. Justifié?

Non. Ça me fatigue d’entendre Me Pierre Mauron prétendre que nous naviguons à vue. Notre stratégie, écrite noir sur blanc, prévoit un service d’urgences 24 h sur 24, avec des blocs opératoires et un système de transfert quand ils sont fermés.

Quelle est la place de Riaz dans ce réseau?

Avec plus de cent lits, elle est indispensable et garantie. On ne pourrait pas s’en passer. Comme pour les opérations, il est impensable d’absorber toutes les urgences à Fribourg. Nous devons nous rapprocher des patients et cela passe par un HFR multisite. Nous avons des efforts à faire. Riaz, comme d’autres, est une porte d’entrée de l’HFR.

Mais le Sud paie un plus lourd tribut que le Nord, non?

Ce n’est pas juste. Nous avons déjà fermé les blocs de Tavel durant la nuit (140 opérations), mais aussi durant le week-end, ce qui ne sera pas le cas à Riaz. Des mesures ont déjà été prises également sur le site de Fribourg

Malgré les mesures prises, le nombre d’opérations extracantonales, qui coûtent 80 millions au canton, ne diminue pas. Qu’est-ce qui ne va pas?

Nous effectuons près de la moitié des 40 000 opérations qui concernent les Fribourgeois. Sur les 20 000 restantes, il faut en retrancher entre 8000 et 10 000 pour les cliniques privées et 6000 qui doivent avoir lieu ailleurs pour des raisons techniques. A la fin, entre 3000 et 4000 opérations se font ailleurs, alors qu’elles pourraient avoir lieu dans notre canton. Nous visons précisément ces patients. Cet exode a été stabilisé en 2017, mais nous voulons désormais faire mieux. ■


«1000 opérations de plus, 80 EPT de moins»

Selon le député socialiste Pierre Mauron, la politique devrait reprendre la main en présidant le conseil d’administration. Le canton pourrait plus facilement combler le déficit de l’hôpital grâce aux prestations d’intérêt général, les fameuses PIG. Une bonne solution?

Ce n’est pas pérenne. J’ai toujours estimé que l’hôpital était un service public entrepreneurial. Ça fait bondir les syndicats, ce qui ne me fait pas changer d’avis. Dans un contexte terriblement concurrentiel, il faut prendre des décisions rapides et orientées vers le marché. L’Etat est évidemment un acteur important. S’il assume son rôle et paie correctement les prestations supplémentaires qu’il demande, une présence active de sa part ne se justifie plus. Ce serait un retour à cette période où, jusqu’en 2011, il donnait une enveloppe suffisamment épaisse pour combler tout déficit. Pour figer les choses, il n’y a pas mieux. Mais le réveil est brutal… Et si l’Etat reprenait cette gouvernance, que je ne juge pas parce qu’elle était liée à une époque, vous n’avancez qu’avec une majorité qui peut changer très vite au gré du temps.

Un système où l’Etat renfloue les caisses avec les PIG, ce serait plus simple pour vous, non?

A court terme, on demanderait certainement moins souvent ma tête, du style «Menoud, t’es arrivé au bout», comme je l’ai entendu. Mais à long terme, ce serait intenable. Deux acteurs s’opposeraient: les assureurs qui insistent sur l’efficience économique et les cliniques privées qui crieraient à la distorsion de concurrence.

Qu’attendez-vous du Conseil d’Etat?

Le premier axe, c’est que les PIG soient mieux reconnues. Des PIG justifiées, pas du subventionnement déguisé. Nous demandions 86 millions pour des prestations voulues par l’Etat. Il y en a principalement trois en grande discussion: le surcoût salarial par rapport aux autres cantons, le maintien sur plusieurs sites et la reconnaissance du coût réel de la formation et de la recherche.

Et le deuxième axe?

L’investissement pour le nouvel hôpital à Fribourg, devisé en l’état à 400 millions. Nous avons besoin que l’Etat, qui est propriétaire de l’HFR, accorde un montant substantiel au titre de dotation de fonds. Ou un prêt conditionnement remboursable sans intérêt. Comme pour les remontées mécaniques. Il y a un an, je n’aurais pas osé en parler, mais plusieurs élus sont désormais ouverts à cette idée.

Malgré les mesures d’économies, le déficit va encore augmenter puisqu’il est devisé à 20 millions cette année…

Si vous augmentez la cotisation de l’employeur à la caisse de pension– près de 2% de plus en 2017 – si vous accordez une augmentation de 0,4%, si vous donnez un palier de plus, si vous supprimez les mesures conjoncturelles de 2013 en une fois, les charges augmentent de 10 millions. Or, on ne peut pas les répercuter sur les tarifs, car ils sont imposés et même négociés à la baisse d’année en année. C’est l’entrepreneur qui vend ses produits meilleur marché, mais qui est contraint d’augmenter les salaires… On savait qu’il en serait ainsi, mais je reconnais que la situation s’est dégradée plus vite qu’on ne le pensait. Des mesures doivent être prises.

Lesquelles?

Il faut accélérer la construction de l’hôpital, le déploiement de notre stratégie et les mesures d’assainissement. La loi nous y oblige. Avec un nombre d’hospitalisations en augmentation de près de 5% au premier trimestre, j’ai bon espoir que le déficit sera moins élevé que prévu. Pareil pour la durée d’hospitalisation qui a baissé de 0,8 jour par cas depuis le début de l’année (n.d.l.r.: elle est actuellement supérieure de 1,7 jour à la moyenne suisse). Mais passé 2018, nous devrons encore économiser 20 millions de francs, soit 5% du budget.

Concrètement qu’est-ce que cela signifie?

Il faut un mixte: 1000 hospitalisations de plus et, par le tournus normal, réduire d’environ 80 EPT nos effectifs par des mesures améliorant l’efficience. Cela devra se faire sans licenciement. Je préfère dire les choses clairement, même si ce n’est pas populaire.

Votre position sur la Loi sur le personnel semble claire…

Je ne veux pas m’exprimer officiellement avant que le Conseil d’Etat ne l’ait fait. Le plus important est de trouver une formule par rapport aux surcoûts salariaux. Je ne dis pas que les gens ne méritent pas ces salaires-là, mais il y a une réalité avec laquelle nous devons vivre.

Comme président du conseil d’administration, vous n’êtes pas épargné. Allez-vous rester à la tête de l’HFR?

J’assume. Je veux bien passer pour un candide et un incompétent si cela permet d’effacer le déficit… Oui, il y a des jours où j’ai envie de rendre les clés. Mais j’ai l’impression que l’on fait un travail essentiel pour l’avenir du canton. Fribourg est un hôpital très important et nous avons une lourde responsabilité à l’égard de la population et de plus de 3400 collaborateurs. Ce qui me motive à rester, c’est l’avenir de ce grand hôpital. Si on ne fait rien, le point de non-retour sera atteint dans cinq ou dix ans. Il faudra trop investir à la fois, tandis que nous n’arriverons plus à faire venir les jeunes médecins. Nous ne serons plus attractifs, victimes d’une vraie implosion.

Pour vous, c’est la survie de l’HFR qui se joue aujourd’hui?

Oui. JG

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