Révolution copernicienne dans l’aménagement bullois

mar, 15. mai. 2018

PAR JEAN GODEL

L’aménagement du territoire avait été LE thème de la dernière campagne des élections communales, en 2016, bien des Bullois reprochant leur laxisme à leurs anciennes autorités. A la faveur d’une modification du Plan d’aménagement local (PAL), présentée hier en conférence de presse, l’actuel Conseil communal de Bulle semble avoir radicalement changé de cap.

Petit retour en arrière: en décembre 2012, le canton adoptait le PAL entièrement révisé de Bulle, mais l’assortissait de quelque 130 remarques et conditions d’approbation. Des demandes de correction avant tout techniques auxquelles la ville a donc répondu. Elle a aussi tenu compte du Projet d’agglomération Mobul de troisième génération et du Plan directeur d’agglomération, deux documents plus récents. Mais surtout, Bulle en a profité pour insuffler une nouvelle philosophie au document fondamental de son développement spatial.

Alignement de planètes

Elle a ainsi profité d’un alignement de planètes favorable avec l’adoption par les Suisses, en 2013, de la nouvelle LAT (Loi fédérale sur l’aménagement du territoire), que le canton a répercutée dans sa propre législation. Densification, lutte contre le mitage du sol, maintien des terres agricoles, refus de l’étalement urbain, voilà la nouvelle direction suivie.

Et Bulle s’y plie avec un volontarisme qu’on ne lui connaissait guère. De nombreuses mesures phares corrigent en effet la trajectoire du paquebot bullois (détail dans les articles suivants). «Nous disposons d’outils que nos prédécesseurs n’avaient pas», tempère le syndic Jacques Morand. Des outils qui rendent désormais impossibles des interventions architecturales malheureuses trop souvent subies auparavant.

Et puis les données de base demeurent inchangées: Bulle grandit, sa population comme son tissu économique. «Il n’est par exemple plus possible que tout le monde se rende en voiture au centre-ville. Il faut donc favoriser le transfert modal vers les transports publics et la mobilité douce», assume Jacques Morand.

La conversion est profonde. Et semble sincère. Peter Giezendanner, qui a piloté le chantier au sein de Team+, le bureau d’urbanisme mandaté par la commune, s’est dit hier content de l’écoute des autorités: «En termes d’outillage, les autorités sont désormais bien fournies. A elles maintenant de bien l’utiliser.» Ce que ses représentants, présents hier, se sont engagés à faire.

Territoire sous contrôle

En somme, si l’on met bout à bout les différents instruments d’aménagement inscrits au PAL, les anciens (PAD, MEP) comme les nouveaux (lire ci-après), tout le territoire communal est désormais placé sous contrôle étroit de la commune. Ne seraitce qu’avec la procédure préliminaire, désormais obligatoire et qui oblige tout porteur de projet d’aller avant toute chose en parler à la commune afin de partir d’emblée dans la bonne direction.

Des démarches qui, à en croire Patrice Morand, conseiller communal en charge de l’aménagement – et ancien pourfendeur des autorités durant la dernière campagne des communales– satisferont tout le monde, y compris les promoteurs: «Nous leur laissons une certaine marge de manœuvre tout en leur garantissant, par notre contrôle, des projets de qualité. Tout cela est dans leur intérêt. Mais il était important que le Conseil communal reprenne le contrôle sur l’aménagement de Bulle.» Le syndic, lui aussi, espère que, désormais, les mailles du filet sont suffisamment étroites: «On peut toujours faire ce que l’on veut à Bulle, mais plus comme on veut. L’heure est donc au développement qualitatif de la ville – le maître-mot du nouveau document. La densification sera ainsi mieux contrôlée, dans le respect du patrimoine naturel et bâti, et agrémentée d’une amélioration et d’un essor des espaces verts.

En vigueur dès maintenant

A noter enfin que les mesures prévues par ce PAL révisé entreront en force dès leur mise à l’enquête, ce vendredi. En fait, c’est déjà le cas puisque la simple volonté affichée de la commune suffit à empêcher toute tentative de passage en force d’ici là.

Dès vendredi également, et pour la durée de la mise à l’enquête (jusqu’au 18 juin), la population pourra se faire une idée des principales nouveautés en visitant l’exposition dans le hall d’entrée de l’Hôtel de Ville de Bulle. De surcroît, une séance d’information publique se tiendra le 29 mai à 19 h 30, toujours à l’Hôtel de Ville. ■


Le déclassement de la Tioleire rend d’autres mesures possibles

Pour garder une vision globale, Bulle a travaillé sur trois masterplans. A côté de ceux consacrés à la densification du centre-ville secteur nord (PAD et parcs urbains) et à la valorisation du tissu urbain du début du XXe siècle (PAD-cadres Pierre-Sciobéret et Champ-Barby), un troisième de ces documents de travail concerne le tissu industriel en mutation du secteur ouest (entre la rue de Vevey et la Pâla).

Dans ce dernier cas, divers MEP (mandats d’étude parallèle) et PAD (plans d’aménagement de détail) sont en cours ou vont être lancés: nouvelle gare, arsenal, Pâla, etc. En bas de la rue de Vevey, entre le rond-point fontaine et Espace Gruyère, un PAD obligatoire a été inscrit au PAL. Tissu urbain vétuste et hétérogène, de faible densité et au moindre caractère historique, ce front de rue n’en est pas un. L’objectif est donc de le relier à la voie verte, à l’arrière, et à la rue de Vevey.
D’autres modifications de zones ont été effectuées. Comme à l’arrière d’Espace Gruyère où le passage en zone d’intérêt général permettra à terme l’aménagement d’une place polyvalente utilisable par Espace Gruyère ou par les cirques. Le nouveau PAL réserve aussi de la place pour de futurs bâtiments scolaires, à la Pâla et dans la zone mixte du Terraillet. Enfin, la mise en zone d’intérêt général des Mosseires (site de la Léchère) permettra le développement du pôle des écoles professionnelles.

Energie et mobilité

Autres adaptations: le plan directeur des énergies prévoit désormais d’étendre à quasiment toute la ville l’alimentation au chauffage à distance. Enfin, la mobilité n’est bien sûr pas oubliée avec l’inscription du développement du réseau de voies de mobilité douce et le renforcement de l’offre en transports publics (extension de la ligne 3). Toutes choses reprises du Projet d’agglomération Mobul (PA3).

Moratoire fédéral oblige, les diverses mises en zone ont été rendues possibles grâce au retour à la zone agricole des 72 000 m2 de la Tioleire (en fait, sa moitié nord, l’autre étant déjà en zone agricole). Le Conseil communal confirme ainsi la vocation agricole de la clairière, jusqu’ici en zone d’intérêt général. JnG


Pierre-Sciobéret et Champ-Barby préservés

Le PAD-cadre est un nouvel outil proposé depuis cette année par la législation cantonale. En somme, il s’agit d’un immense Plan d’aménagement de détail destiné à des secteurs délicats où de multiples questions se posent et où il est impératif de garantir une certaine harmonie. Utile quand il s’agit d’assurer, à l’échelle d’un grand secteur englobant plusieurs îlots urbains, un aménagement cohérent en termes d’urbanisation, d’environnement et de mobilité.

Bulle a ainsi créé deux PAD-cadres couvrant tout le secteur sud du centreville, le long de la Trême. Il s’agit du PAD-cadre Pierre-Sciobéret, entre la rue de Vevey, la Trême et la ligne de train Bulle-Gruyères, et du PAD-cadre Champ-Barby, entre le train et la forêt de Bouleyres en passant par la rue du Bourgo.

Substance très bien conservée

Construit dans la première moitié du XXe siècle, cet ensemble historique urbain majeur présente une substance remarquablement bien conservée. Il est d’ailleurs inscrit à l’Inventaire fédéral des sites construits d’importance nationale à protéger (ISOS). «De manière générale, les sites ISOS doivent être mieux pris en compte», assure le syndic Jacques Morand.

Pourtant, pris un à un, les bâtiments n’ont qu’une faible valeur intrinsèque et sont rarement placés sous protection. Ce n’est qu’inscrits dans leur ensemble, à l’échelle du quartier, qu’ils révèlent leur véritable valeur patrimoniale. Or, il devenait urgent d’intervenir: alors que durant des décennies peu de choses y ont évolué, des interventions malheureuses de propriétaires se sont récemment multipliées à la faveur de la nouvelle législation – transformations de jardinets en parkings, démolition de maisons pour leur substituer des immeubles mal intégrés, etc.

«Le dernier moment pour agir»

Une densification, certes, mais de mauvaise qualité. «C’est le dernier moment pour agir, confirme Jacques Morand. Le Conseil communal a saisi l’occasion que constitue ce nouvel outil qu’est le PAD-cadre.» Il s’agira notamment de préserver les valeurs urbanistiques et paysagères historiques de ces deux quartiers. A Pierre-Sciobéret, des alignements de villas urbaines le long des rues qui dégagent des cœurs verts au sein des îlots; à Champ-Barby, des quartiers urbanisés alternant bande de jardin et bande de constructions.

Pour maintenir une telle substance, la ville entend n’y autoriser qu’une densification mesurée et intégrée. Elle veut aussi y valoriser les espaces verts et leur accessibilité, offrir de nouvelles liaisons piétonnes, modérer la vitesse du trafic et gérer le stationnement privé à l’échelle de tout le secteur. Enfin valoriser, lorsque cela est possible, le contact avec la Trême, vaste parc urbain en puissance, mais pour l’heure totalement inexploité par la ville. JnG


Nouveaux instruments

Bulle veut donc reprendre en main son aménagement. A cet effet, elle introduit deux nouveaux outils qui obligeront les propriétaires à venir lui parler en amont de leurs intentions. Histoire de régler d’emblée les principaux problèmes et de ne pas partir dans une fausse direction.

Pour les sites dits stratégiques, comme les zones industrielles, il faudra ainsi passer par un processus de concertation. Une sorte de workshop à large échelle pour élaborer un projet par étapes, ponctué d’ateliers et suivi par un groupe d’experts et de représentants de la commune et du canton. L’idée est de collaborer afin d’obtenir un projet final de qualité. Mais aussi de voir à une plus grande échelle et ne pas se limiter au seul objet projeté.

L’autre instrument nouveau, la procédure préliminaire, concernera tout projet de construction, de villa ou d’immeuble. Au moment d’initier les études en vue d’une demande de permis de construire, le propriétaire prendra contact avec le Département technique pour lui soumettre ses intentions. Cette consultation préalable obligatoire permettra à la commune d’attirer l’attention du propriétaire sur les points potentiellement problématiques et de l’accompagner vers un projet de qualité.

Durant cette procédure préliminaire, on ne se limitera pas à contrôler le projet sous l’angle de sa structure, mais on questionnera aussi les espaces verts prévus et même l’ambiance à générer dans un quartier. «Car notre ambition est aussi de développer des quartiers durables à haute qualité de vie», résume Marie-France Roth Pasquier, conseillère communale en charge notamment de la mobilité.

Pour le reste, les outils existants demeurent. Avant tout le PAD (Plan d’aménagement de détail), une réflexion approfondie sur l’intégration d’un projet et son impact sur l’environnement. Et le MEP, le Mandat d’étude parallèle, auquel la ville recourt systématiquement depuis 2012 pour les secteurs à enjeux et ceux particulièrement complexes. Grâce au MEP, les porteurs de projet peuvent étudier plusieurs pistes et opter, en concertation, pour la meilleure solution. Une vingtaine de MEP couvrent différents secteurs de la ville, dont sept ou huit encore en cours et deux ou trois qui vont démarrer. JnG


Bulle se met au vert et aux parcs urbains

C’est l’un des choix majeurs de ce PAL modifié: le Conseil communal veut reverdir Bulle. Il s’agit de préserver les rares espaces demeurés verts et de les valoriser en les intégrant mieux à la ville. Voire d’en créer de nouveaux. Plusieurs mesures ont été prises qui ont enrichi le Règlement communal d’urbanisme.

Ainsi des jardins potagers, désormais obligatoires pour les habitations collectives. Tout nouveau bâtiment de ce type, hors zones centre et de l’ancienne ville, devra mettre à disposition de chaque logement un jardin potager d’au moins 5 m2, en pleine terre, bien ensoleillé et facile d’accès. Le RCU prévoit même que du mobilier (table, banc, chaises) accompagne ces potagers, de même qu’un coffre à outils, un compost et une arrivée d’eau! Finis, donc, les gazons «terrain de golf»: place à la biodiversité!

Verdure au sol et sur les toits

Autre mesure: les toits plats et à faible pente (moins de 15%), soit la quasi-totalité de ce qui se construit de nos jours, seront soit végétalisés, soit utilisables par les usagers du bâtiment. S’ils accueillent des panneaux solaires, leur végétalisation sera quand même exigée, sachant les effets bénéfiques sur les performances des installations solaires et contre les îlots de chaleur.

Par ailleurs, dans les zones résidentielles de faible densité (les zones villas), la commune introduit un indice de verdure de 40% au minimum. Soit la surface minimale de la parcelle qui devra être recouverte de surfaces vertes perméables, non bétonnées – les parkings, même perméables, n’entrent pas dans ce calcul, encore moins les dallages en béton ou les talus recouverts de cailloux, si pratiques à l’entretien, mais si disgracieux…

Sachant qu’une zone villa peut accueillir des bâtiments comptant jusqu’à trois appartements, la mesure n’est pas anodine. Surtout, cette mesure – comme d’autres – sera aussi exigible en cas de grosse rénovation ou de démolition-reconstruction (densification).

Toujours dans les zones villas, une distance minimale de huit mètres devra être respectée entre deux bâtiments principaux. Actuellement, seule la limite des quatre mètres à la limite du terrain est applicable. Et encore: un propriétaire qui divise sa parcelle peut facilement obtenir une dérogation pour y construire des bâtiments accolés – de trois appartements chacun, donc. Idem pour des propriétaires voisins qui s’entendent. Ce qui a déjà donné lieu, notamment aux Granges et à Jéricho, à la construction de petits immeubles au milieu des villas. Ce n’est pas tout. Bulle a effectué un recensement des arbres majeurs de son territoire – public et privé. En tout, c’est quelque 350 arbres, dont environ une moitié chez des privés, qui seront désormais protégés. Et lors de plantation d’arbres, de haies ou de talus, les essences indigènes seront privilégiées.

Parcelles rendues inconstructibles

Enfin, plusieurs modifications de zones ont été opérées afin de permettre, sur les parcelles concernées, la plupart en main privée, l’aménagement futur de parcs urbains, petits poumons verts au cœur de la ville. C’est le cas au Château-d’En-Bas, (en face de PostFinance), au chemin Général-Castella (zone du Verdel), au parc Pauvre-Jacques (devant le numéro 8 de la rue de la Léchère), ou à l’arrière du nouveau quartier de la Toula. Idem au Pré-Vert (début de la route de Morlon), à la Péreyre (derrière l’ancienne usine Gruyéria) et à Champ-Barby (serres horticoles de la ville, en bord de Trême).

A chaque fois, il s’agit de donner un caractère non constructible aux parcelles visées dans l’optique d’y installer, à l’avenir, un parc urbain. De cas en cas, des compensations aux propriétaires seront possibles. Ainsi, au Château-d’En-Bas, une partie de la parcelle passe en zone centre, avec davantage de potentiel de surface de plancher à la clé. Mais ce ne sera pas toujours le cas, la jurisprudence étant claire à ce propos, assure Patrice Morand. «Il faudra être courageux, ajoute le syndic Jacques Morand. Mais il faut le faire maintenant, avant que des projets pour ces parcelles n’arrivent sur la table.»

Pour être exhaustif, on ne saurait oublier le processus en cours autour des Jardins de la Cité, dont la première étape a été lancée cette année avec la revalorisation des jardins de Sainte-Croix. JnG

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