A Romont, l’Exécutif cherche encore le chemin de l’école

jeu, 17. mai. 2018

PAR FRANÇOIS PHARISA

Les écoliers de Romont, Billens-Hennens et Mézières devaient entrer dans une école flambant neuve, cet été, sur le site de la Condémine à Romont. Mais tout ne s’est pas passé comme prévu. D’abord plébiscité, le projet a été gelé, puis remis en question pour, enfin, être retoqué. C’était il y a plus d’un an. Depuis, la machine peine à redémarrer. Englué dans ce dossier qui ne cesse d’alimenter les discussions, l’Exécutif romontois étudie trois variantes. Très attendu, son choix aura de grandes conséquences dans de nombreux domaines: l’aménagement, la mobilité, le stationnement ou encore le développement de l’intra-muros seront touchés.

Mais en attendant, LaGruyère s’est plongée dans ses archives pour retracer l’histoire mouvementée de ce projet, dont les premières démarches ont commencé il y a cinq ans déjà.

2014: LE PROJET ZELDA FAIT L’UNANIMITÉ

Octobre. Le bureau bernois Bauart remporte le concours d’architecture, lancé quelques mois plus tôt grâce à un crédit d’un million de francs. Le complexe scolaire imaginé comprend trois bâtiments: un pour l’école primaire, un autre pour l’école enfantine et l’accueil extrascolaire et un dernier pour la salle de sport double et polyvalente. Vingt et une classes sont prévues. A l’époque, c’est sûr, cette école sortira de terre à la Condémine. Elle doit accueillir une partie des élèves de Romont, Billens-Hennens et Mézières. L’autre partie continuerait de fréquenter l’école «de la ville». L’entrée en fonction est programmée pour la rentrée 2018/2019.

Le projet lauréat, du nom de Zelda, devance 45 autres propositions. «Il a fait l’unanimité», souligne alors Roger Brodard, ex-syndic du chef-lieu glânois et président du jury*. Pour justifier son choix, ce dernier relève les contours novateurs du projet. Le coût de construction est estimé entre 30 et 34 millions de francs. Montant inscrit dans la planification financière.

2015: LA FUSION EST REJETÉE, LE PROJET GELÉ

Mars. La fusion de communes Glâne Centre est enterrée pour 21 petites voix. Romont et Billens-Hennens disent oui, Mézières non. Coup de froid sur le projet d’école.

Juillet. Les travaux sont censés commencer. Les trois communes utilisatrices qui, à défaut de n’en faire plus qu’une, envisagent quand même de fusionner leur cercle scolaire, ne parviennent pas à se mettre d’accord sur le mode de financement. Le projet est gelé. Il le sera pour longtemps.

Décembre. La répartition des charges financières continue d’empoisonner les relations entre Romont et ses deux voisins. Pressé par son Législatif, le chef-lieu glânois menace de faire cavalier seul. Il lance un ultimatum. Soit Billens-Hennens et Mézières se décident à accepter les conditions proposées, soit le projet pourrait être redimensionné pour n’accueillir que les élèves romontois. A prendre ou à laisser.

Pour sortir de l’ornière, le préfet Willy Schorderet est appelé en médiateur.

2016: LE PROJET EST REMIS EN QUESTION

Janvier. Les trois communes mettent un terme à leur dialogue de sourds. Un accord est trouvé. Zelda peut à nouveau aller de l’avant. Même si son ouverture est désormais décalée d’un an, pour l’été 2019.

Février. Les élections communales rebattent les cartes. Les trois communes changent de syndics.

Eté. L’Exécutif romontois, où siègent cinq nouveaux élus, réactive le dossier. C’est le début de la fin de Zelda. Les regards sur le projet changent. Des problèmes de fonctionnalité sont mis en évidence. Les architectes procèdent à des modifications et ramènent la facture de 34 à 32 millions de francs (à plus ou moins 15%).

Décembre. Oui, mais voilà, cela ne suffit toujours pas. L’inimaginable il y a encore quelques mois n’est plus tabou: Zelda pourrait être abandonné. Le projet est jugé «trop onéreux». Il serait 10 millions trop cher. Pourtant, les finances romontoises sont saines. Un an auparavant, après plusieurs exercices bénéficiaires consécutifs, le Conseil communal avait d’ailleurs proposé de baisser les impôts.

L’ancien syndic a, lui, les oreilles qui sifflent. C’est le temps des justifications et des critiques. On ne trouve plus que des défauts au «projet Brodard», comme certains l’appellent. Interrogé alors par La Gruyère, Dominique Butty, nouveau syndic, fulmine: «L’erreur est qu’aucun budget strict n’a été établi lors du lancement du projet.» D’abord évaluée à 25 millions de francs la facture s’est en effet envolée par la suite, avec le concours d’architecture.

En attendant mieux, un 4e container sera donc installé à la Condémine. «On va devoir faire du bricolage», s’agace le syndic, répétant que l’absence de «cadre financier» aura été préjudiciable au projet.

Droit dans ses bottes, Roger Brodard assume. «Nous trouvions aussi ce projet cher, mais c’était le meilleur. Une école doit être accueillie dans de beaux bâtiments», réagit-il.

2017: LE PROJET EST JETÉ AUX OUBLIETTES

Février. L’Exécutif enterre définitivement le projet Zelda. Le bureau d’architectes responsable tombe des nues. Retour à la page blanche. Malgré un million de francs d’argent public dépensé pour le concours. Malgré les indemnités que pourrait réclamer Bauart. Malgré le temps qu’il faudra pour repartir. Les élèves attendront.

«Plus personne n’en avait envie», relève le syndic à l’issue du Conseil général. Cerné, il a la mine des mauvais jours. Reste que les raisons de cette décision lourde de conséquences demeurent floues encore aujourd’hui.

Une question d’argent, comme prétendu dans un premier temps? Les études financières comparatives menées par la suite avec d’autres écoles démontrent en tout cas que le projet était dans le tir. Et il se murmure même aujourd’hui que la nouvelle mouture tant attendue pourrait finalement dépasser la fameuse enveloppe de 32 millions…

Des problèmes de fonctionnalité, alors? En partie. A l’époque, le syndic explique que «trop de modifications étaient devenues nécessaires pour rendre de nouveau le projet désirable».

Le Conseil communal évoque aussi une suite de circonstances malheureuses: la fusion de communes avortée, les problèmes internes à l’Exécutif de Mézières– frappé par une enquête administrative – les élections, les incertitudes financières… Le conseiller communal Christian Perrier (Horizons nouveaux) admet également des erreurs, en particulier la non-implication des enseignants dans les réflexions.

Au Conseil général, les flèches les plus acérées sont tirées par le groupe des Verts. Sa représentante Christelle Masur Luu va jusqu’à accuser les autorités «d’être bien éloignées des préoccupations de la population et de ses besoins».

Des autorités qui ne disposent «d’aucun plan B». Une nouvelle structure décisionnelle doit être mise sur pied, qui, cette fois, comprendra les futurs utilisateurs.

Mai. Nouveau Conseil général: Micheline Poulin, responsable du dicastère des écoles, répond aux attaques des Verts. Verte de rage. Leurs propos sont erronés selon elle: non, «les containers ne se multiplient pas inexorablement à la Condémine. Trois pavillons, conformes aux standards d’enseignement, sont installés depuis 2009.» Et non, «aucune salle de classe n’a jamais été aménagée dans les couloirs de l’école de Romont»!

Elle ajoute: «Le Conseil communal a fait de l’école une priorité pour les mois à venir. Il y travaille au quotidien.»

Septembre. Nouveau rebondissement. On apprend que l’école pourrait prendre place En Bouley, à côté du Bicubic et du CO. Un changement de mise en zone en ce sens est mis à l’enquête.

Octobre. Trois ans déjà que le concours d’architecture a rendu son verdict. Les Verts demandent un «rapport explicatif détaillé sur les raisons et les causes» de l’abandon du projet Zelda.

Pour ne rien arranger, deux oppositions sont déposées contre le changement de mise en zone En Bouley. Elles émanent de Groupe E – qui la lèvera peu de temps après – et d’une PPE dénommée Tricubic – toujours pendante. Derrière celleci, des riverains, dont Luc Bardet, conseiller communal Vert, et Stefanie Losey, cheffe du groupe Verts au Législatif. Ambiance.

Décembre. Le montant de l’indemnité versée par Romont à Bauart est arrêté à 162 000 fr. La facture finale de Zelda s’élève donc à 1,11 million de francs. «C’est avec regret que le Conseil communal relève l’échec de ce projet, puisque celui-ci ne convenait pas sur certains points, tant au niveau fonctionnel que financier», constate Didier Demierre, conseiller communal PDC, devant le Législatif.

2018: LE NOUVEAU PROJET EST ATTENDU

Février. L’Exécutif plaide la patience. A nouveau devant le Conseil général, Didier Demierre explique à quel point la situation est complexe et promet des résultats pour bientôt. Trois variantes sont à l’étude.

Mai. Le Conseil communal reçoit les résultats des trois études de faisabilité (voirencadré). Reste maintenant à faire un choix, qui ne manquera pas de soulever de nombreuses questions. «Le chemin est encore long», soupire Didier Demierre. ■

*Toutes les citations sont issues de précédents articles parus dans ce journal


Quitter l’école «de la ville»?
Pour la nouvelle école, le Conseil communal étudie trois variantes. Dans le désordre: 1. La construction d’un complexe scolaire centralisé En Bouley, à côté du Bicubic, impliquant la fermeture des sites de la ville et de la Condémine. 2. La construction d’un même complexe centralisé, mais en conservant l’accueil extrascolaire à la Condémine. 3. La construction d’un complexe En Bouley toujours, mais plus modeste, en maintenant ouverts les sites de la Condémine et de la ville.

Les résultats de ces trois études de faisabilité, réalisées par un bureau d’ingénieurs, sont parvenus vendredi dernier à la commune. La commission de bâtisse en a pris connaissance hier. «Nous avons besoin de temps pour les analyser dans le détail», relève le conseiller communal Didier Demierre, responsable du dossier, joint mardi. Avant de prendre une décision, il souhaiterait aussi connaître l’économie sur les coûts de transport que permettrait de réaliser le maintien des sites actuels par rapport à une solution d’école centralisée. Car les élèves d’En Bouley pourraient par exemple devoir être acheminés vers les halles de gym des Avoines, dans l’intra-muros.

Surtout, en cas de complexe centralisé, le Conseil communal devra décider du sort de l’école du château. Question ô combien délicate. Les commerçants promettent déjà une levée de boucliers contre un départ des élèves, et donc de leurs parents, craignant ainsi une perte d’attractivité et de dynamisme de l’intra-muros.

Beaucoup d’interrogations restent donc en suspens. «Nous ne devrions pas présenter de crédit de réalisation avant 2019», reconnaît Didier Demierre. FP

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