«Les JO? Un élan aussi pour le sport fribourgeois»

jeu, 07. juin. 2018

PAR QUENTIN DOUSSE

«Confiant.» Le terme, choisi, revient en boucle dans le discours de Benoît Gisler à trois jours du scrutin sur les jeux Olympiques. C’est en effet ce dimanche que les Valaisans se prononceront sur le crédit de 100 millions pour la candidature de Sion 2026. Un «non» signifierait la fin du rêve olympique pour les initiateurs du projet. Et la partie est loin d’être gagnée pour ces derniers. C’est du moins ce qu’a démontré récemment le sondage de l’institut Sotomo, indiquant que 58% des citoyens valaisans s’opposaient au projet.

Cette tendance au refus est toutefois loin de désarçonner Benoît Gisler, chef du Service du sport fribourgeois et coordinateur cantonal auprès du comité de candidature. Si le résident de Rueyres-Saint-Laurent se montre enthousiaste, activement engagé à l’élaboration du dossier cantonal. Lequel comprend en premier lieu l’organisation de sept matches de hockey sur glace dans la future patinoire de Saint-Léonard. Sans parler des retombées espérées au niveau du logement, de l’image et du tourisme. Partenaire de ce projet olympique, au même titre que les cantons de Vaud, Berne et des Grisons, Fribourg a selon lui tout à gagner de l’expérience olympique. Benoît Gisler (45 ans) s’en explique et décrit le rôle joué par le canton. Il évoque également les bénéfices pour l’ensemble du sport fribourgeois.

Quel est votre ressenti à l’approche de ce scrutin du 10 juin?

Je suis assez positif, même si ce ne sera pas facile. Les Valaisans se rendront compte que la Suisse est capable de faire les choses de manière raisonnable. Elle l’a montré, elle sait tenir ses engagements et c’est justement ce qui me rend confiant. Celui qui s’intéresse au dossier dans le détail voit qu’il est valable, bien pensé et réalisable au tarif annoncé (n.d.l.r.: le budget global s’élève à 2,4 milliards de francs).

Selon vous, comment la population fribourgeoise perçoit-elle cette candidature?

Au gré des échanges que j’ai pu avoir, je sens clairement de l’enthousiasme chez les Fribourgeois. Du côté des sportifs évidemment, pour qui des Jeux en Suisse peuvent constituer un objectif de carrière. Mais aussi auprès de nombreuses autres personnes, qui ont déjà affiché leur envie de s’engager, comme bénévoles par exemple.

L’engouement, bien présent, se remarque également au niveau politique. Depuis l’officialisation de notre engagement par le Conseil d’Etat (n.d.l.r.: en décembre 2016), le canton a toujours répondu positivement aux sollicitations. Le message a été très clair depuis le début et ce, dès les premiers contacts en 2014.

Les Valaisans sont divisés sur la question. En tant que partenaire, Fribourg n’aurait-il pas dû se montrer plus actif dans la campagne?

Ce n’était pas notre rôle ni de notre compétence. Chacun reste à sa place, finalement. La majorité des compétitions sont prévues en Valais, c’est donc surtout ce canton qui doit susciter l’intérêt général de la population. Nous, à chaque étape, nous avons montré notre présence. On n’aurait pas pu en faire davantage.

Parlons du volet fribourgeois de cette candidature. Quel rôle aura à jouer ce canton?

De sûres, il y aura sept rencontres qui se tiendront dans la future patinoire rénovée de Saint-Léonard. Notre dossier recense également toutes les possibilités se trouvant sur notre territoire. L’Union fribourgeoise du tourisme s’est chargée du logement en déterminant la capacité d’accueil en nombre de lits. Le campus du Lac-Noir notamment, avec ses 700 places, pourrait héberger des bénévoles. Il y a aussi des infrastructures sportives pouvant servir de sites d’entraînement pour les athlètes. On a vu, avec la Coupe d’Europe de ski alpin, que la piste du Schattenhalb à Bellegarde peut constituer une option. Le Centre nordique de La Villette a également été présenté. Tout dépendra toutefois de la volonté des équipes. Enfin, certaines entreprises fribourgeoises pourraient aussi mettre à disposition leur savoir-faire. Les Jeux sont un accélérateur de projets.

Que dire des retombées, espérées par les initiants, mais hypothétiques selon les opposants…

Les retombées seront importantes. Le résultat financier des Jeux de Pyeongchang, plus que positif, vient le prouver (n.d.l.r.: le comité d’organisation a annoncé mardi un excédent de «plusieurs millions» de dollars, alors qu’un déficit de 300 millions était initialement prévu). Et il faut l’imaginer: en 2026, Fribourg pourrait devenir une ville olympique! Les bénéfices en termes d’image et de tourisme seraient importants. Au niveau du logement également, même s’il est encore trop tôt pour avancer des chiffres. Enfin, il faut rappeler que chaque grand événement apporte quelque chose au pays.

L’Eurofoot 2008 organisé en Suisse (et en Autriche) a notamment permis le développement de «Kids», ce programme d’offres sportives dans les clubs et les écoles aux enfants de 5 à 10 ans. De ce côté-là, on peut vraiment espérer un héritage des JO en Suisse. On parle de 90 millions si les Jeux sont organisés chez nous. Et, rien qu’une candidature suisse portée devant le Comité international olympique (CIO), ce serait déjà deux millions de francs environ qui reviendront à des projets et programmes sportifs nationaux.

Et le sport fribourgeois, que peut-il y gagner?

Les Jeux ne lui sont pas indispensables, mais ils peuvent lui donner un élan, produire un effet positif sur les soutiens politiques également. Nous espérons ainsi profiter de cette dynamique olympique. Nous avons déjà quelques idées de pistes pour soutenir nos sportifs. Nous préférons pour l’heure les garder sous silence, au risque qu’elles soient prises pour argent comptant. Mais j’aimerais pouvoir dire que les JO 2026 laisseront un héritage en faveur notamment du «sport pour tous».

Pour conclure: que signifierait, pour vous et pour le canton, un refus du peuple valaisan ce dimanche?

Ce serait le signe clair que la Suisse n’entend pas entrer dans le nouveau cadre voulu par le CIO et, probablement, la fin de nouveaux projets dans notre pays. Il y aurait des regrets quant au résultat final, mais pas sur le fait de s’être lancé dans cette aventure. Pour le canton de Fribourg, en revanche, je ne suis pas sûr qu’il y aurait des répercussions négatives. A part peut-être sur l’enthousiasme général et les soutiens financiers, qui pourraient être plus difficiles à trouver. ■


Un Fribourg «solidaire»

A tout projet d’envergure s’accompagne la question – toujours très discutée – des coûts. La candidature de Sion 2026 n’y a pas échappé, ses promoteurs devant s’expliquer plus souvent qu’à leur tour sur le budget global de 2,4 milliards de francs. Un budget nettement inférieur à ceux de toutes les dernières organisations. Un poste en particulier a suscité le débat: la sécurité. Ce point du budget touche également directement les cantons partenaires, comme celui de Fribourg. Dans La Liberté, Jean-Pierre Siggen, conseiller d’Etat chargé de l’instruction publique, de la culture et du sport, a chiffré cette facture sécuritaire à 2,9 millions de francs. D’aucuns peuvent qualifier ce montant d’excessif pour la tenue de «seulement» sept parties. «Ce serait réducteur de le présenter ainsi, coupe Benoît Gisler. Car la facture comprenant l’organisation et la sécurité ne concerne pas uniquement les matches. Elle comprend l’engagement sur toute une période de la compétition.» Le Giblousien, au nom du comité fribourgeois, entend également se montrer «solidaire» dans le domaine de la sécurité. «Fribourg dispose des effectifs de police suffisants pour ce qui se passe sur son territoire. Mais notre volonté est de nous montrer solidaires vis-àvis du projet global. Plusieurs options sont discutées, comme la mise à disposition gratuite d’effectifs ou selon une facturation réduite. Cela s’était produit à l’Euro 2008, où tous les cantons s’étaient unis pour fournir les effectifs de police nécessaires. C’est ce qu’on essaie encore de faire pour ces Jeux.»

Contrairement aux questions sécuritaires, caduques si le non l’emporte dimanche, les frais du dossier de candidature sont réels pour le canton. Lequel s’est engagé à hauteur de 500 000 francs. «A ce jour, rien n’a été payé, précise Benoît Gisler. En cas de refus, un tiers de ce montant sera déboursé. C’est plutôt raisonnable quand on sait que notre dossier représente près de deux ans de travail.» QD

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