«Un très grand signe d’estime»

| jeu, 21. juin. 2018

PAR XAVIER SCHALLER

Le Conseil œcuménique des Eglises (COE) réunit 345 Eglises, qui comptent près d’un demi-milliard de chrétiens. Pourtant, il est pratiquement inconnu…

Le COE réunit les grandes Eglises chrétiennes – protestantes, orthodoxes, anglicanes, soi-disant orientales, charismatiques. Seule l’Eglise catholique et son plus d’un milliard de fidèles n’en est pas membre. Le COE est conscient de cette faiblesse interne, c’est pourquoi la visite du pape est si importante. Elle constitue un très grand signe d’estime et pourra contribuer à rendre le COE plus connu dans le monde séculier. C’est aussi une question de leadership. Tout le monde connaît le pape François, mais qui sait que le pasteur norvégien Olav Fykse Tveit est secrétaire général du COE?

Pourquoi est-ce que l’Eglise catholique se contente d’un rôle d’observateur au COE?

L’Eglise catholique se voit comme le mouvement œcuménique par excellence. Le nom catholique vient d’ailleurs de katholikos qui désigne ce qui embrasse le tout. Dans sa tradition, la papauté se considère comme le guide naturel de toute la chrétienté.

Est-ce que le pape François est plus favorable que ses prédécesseurs à l’œcuménisme?

C’est difficile à dire. Le vécu et l’histoire personnelle jouent un rôle important dans cette question. Le pape François vient d’Amérique du Sud, à l’èpoque une région presque entièrement catholique. Les relations de l’Eglise catholique avec les protestantismes ne l’ont donc pas touché directement. Benoît XVI, en tant qu’Allemand, y était plus sensible et exprimait des réserves. Avant d’être pape, en tant que doyen de la Congrégation pour la doctrine de la foi, il avait freiné Jean Paul II dans ce dossier. Avec l’Eglise orthodoxe en revanche, Jean Paul II et Benoît XVI avaient un lien intime.

Quelle est l’histoire du Conseil œcuménique des Eglises?

Après la Première Guerre mondiale, tout un mouvement œcuménique s’est développé. De nombreuses personnes étaient effrayées que des nations qui se disaient chrétiennes aient mené un conflit d’une telle cruauté. Après la Seconde Guerre mondiale, ce questionnement était à nouveau là, surtout vis-à-vis de l’Allemagne. En 1948, le COE a été finalement fondé en réunissant les mouvements œcuméniques existants.

Quels ont été son action et ses réalisations?

Au début, le COE a cherché à clarifier les relations interécclésiales. L’idée derrière était que les guerres trouvaient parfois quelques fondements dans ces dissensions. Parmi ses réalisations, on peut citer entre autres la Concorde de Leuenberg, en 1973, qui instaure une reconnaissance mutuelle des baptêmes et de l’eucharistie parmi les Eglises luthériennes et réformées.Dans les années 1970-1980, le COE a géré les grandes tensions qui existaient avec les Eglises méthodistes et presbytériennes en Afrique du Sud soutenant l’apartheid.

On peut dire que les Eglises représentent différents styles pour vivre le christianisme. Des différences théologiques resteront toujours, cela ne doit les empêcher de s’estimer mutuellement. On peut comparer ça à l’art: on ne peut mélanger Rembrandt, Picasso et Bosch, mais regarder leurs œuvres dans un même musée est enrichissant.

Qu’attendre de l’œcuménisme à l’avenir?

Le plus grand défi pour les Eglises est, selon moi, de contribuer aux grandes questions mondiales: accroissement de la population, migration, environnement. Les questions internes sont quantité négligeable par rapport à celles-ci. La papauté a une grande responsabilité à ce niveau. Les réactions à la suite de l’encyclique dite sur l’environnement Laudate Si, par exemple, montrent que la papauté est vue comme une grande ONG, avec un rôle tout à fait important. C’est une ruse de l’histoire qu’une institution aussi critiquée ait acquis, à cause de la médiation, une telle réputation en dehors de sa sphère d’influence. A Genève, j’espère que le pape François abordera ces sujets. ■

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