Opération de sauvetage au pied du Moléson

jeu, 07. juin. 2018

PAR SOPHIE ROULIN

«On attaque la caillasse!» La pelle de Benoît Clément se heurte aux pierres à peine cachées sous une fine couche de terre de cet éboulis des Préalpes. Jardinier, il est le responsable des cultures ex situ auprès du Jardin botanique de Fribourg. Hier, il transférait sur un alpage situé sur les flancs du Moléson les plantons de chardons bleus qu’il a choyés durant quatre ans. Cette opération, soutenue par Pro Natura et par le Service de la nature et du paysage du canton de Fribourg, vise à renforcer la présence d’une des fleurs emblématiques, mais menacées, des Préalpes.

«Il faut que les racines puissent trouver autre chose que de la pierre», ajoute Benoît Clément. Il s’agit en effet de mettre toutes les chances du côté de la centaine de plantons transférés. «A la découverte de ce site en 2007, il n’y restait que cinq souches, précise Sébastien Bétrisey, expert cantonal pour la flore menacée. Aucun accroissement de la population n’a été observé par la suite, ce qui nous a poussés à entreprendre cette mesure de renforcement de population.» Une première pour cette espèce dans les Alpes.

Des graines ont été récoltées in situ en 2013, avant d’être cultivées à Fribourg. «Génétiquement, cette population est intéressante parce qu’unique, le complexe du Moléson ayant été isolé durant les périodes de glaciation», relève Gregor Kozlowski, curateur du Jardin botanique. Pas question donc de la mélanger avec d’autres.

Le chardon bleu, aussi appelé panicaut des Alpes ou Eryngiumalpinum, est présent à onze ou douze endroits dans le canton. «Certaines populations se portent bien alors que d’autres ont nécessité des mesures spécifiques pour retrouver le dynamisme nécessaire», explique Sébastien Bétrisey. Des conventions ont été discutées et conclues avec les exploitants et les propriétaires des terrains, notamment par le Service de la nature et du paysage (SNP).

«Des indemnisations peuvent être attribuées en fonction du travail supplémentaire qu’impliquent les mesures», précise Jacques Frioud, collaborateur scientifique au SNP. Des clôtures supplémentaires sont souvent nécessaires. «Une telle mesure prise sur un alpage occupé par des moutons, à la frontière avec le canton de Vaud, a permis de retrouver une belle croissance.»

Paradoxalement, les deux risques principaux pour les chardons bleus sont la surpaturation et la souspaturation. La première entraîne la disparition par piétinement et abroutissement, la deuxième par un embroussaillement de son habitat de prédilection. Victime de son bel aspect, le panicaut des Alpes est aussi menacé par la cueillette et l’arrachage. Il est pourtant protégé, depuis 1973 dans le canton de Fribourg et depuis 2001 à l’échelon suisse.

D’autres renforcements de population sont-ils prévus dans les années à venir? «Nous sommes en phase pilote ici, indique René Amstutz, chef de projet chez Pro Natura. Replanter, c’est une chose, mais il faudra voir comment ces plantes réagissent. Un suivi sur plusieurs années permettra de constater si de tels renforcements valent la peine.» Près de 60 000 francs sont en effet consacrés à ce projet de protection du chardon bleu. «La protection active d’espèces menacées est très laborieuse, souligne Gregor Kozlowski. On ne trouve pas sur internet la façon de cultiver ces plantes. Il faut développer tout un savoir-faire et trouver des partenaires pour financer les opérations.» Le nénuphar nain, présent dans quatre lacs helvétiques dont celui de Lussy et des Joncs, a lui aussi bénéficié d’une telle mesure de la part du Jardin botanique. «Mais il ne sera pas possible de le faire pour des centaines d’espèces», tempère Gregor Kozlowski. ■

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