Ponceuse et meuleuse servent de pinceaux verts à LPVDA

jeu, 21. juin. 2018

PAR CHRISTOPHE DUTOIT

En onze jours, LPVDA a déjà usé 450 petits triangles de papier de verre. Onze jours durant lesquels cet homme à l’allure de surfeur et à la tignasse hirsute attaque à la ponceuse la façade sud d’Espace Gruyère. Non pas pour donner un coup de jeune au Centre d’exposition bullois, qui fête cette année son vingtième anniversaire. Non, juste dans le but de réaliser une œuvre murale de 150 m2, qui représente six personnages emblématiques de la région (lire ci-contre).

A deux semaines de son vernissage, la fresque fait déjà écarquiller les yeux des passants sur la rue de Vevey. Du haut de sa nacelle, le torse nu sous le cagnard, Antoine ne pipe mot. Pour rester dans sa bulle, il écoute Bob Dylan. «Mais je mets du hip-hop quand ça devient dur», sourit-il.

Né au Chenit, dans la vallée de Joux, Antoine pratique le graffiti depuis longtemps sous le pseudonyme de LPVDA (l’acronyme de Les Pinceaux Verts D’Antoine). «Dans le monde du street-art, tout a déjà été fait à la bombe. Moi, je cherchais un autre défi artistique.»

Il y a à peine une année, l’homme de 33 ans réalise son premier ponçage. «J’ai repris une ferme, que j’ai entièrement rénovée. L’idée de faire des dessins trottait dans ma tête. Un jour, à l’apéro, un pote m’a mis au défi.» Il ponce sa première œuvre, de manière très expérimentale. Puis une chambre d’enfant, un skatepark. Après une poignée de réalisations, il intègre le chalumeau,dont la brûlure permet de noircir le bois.

«Sinon, c’est triché»

A Bulle, LPVDA crée sa première œuvre de grande dimension. D’entente avec Espace Gruyère, il se fixe sur six portraits. «J’ai organisé une séance photos avec eux, pour maîtriser la lumière et la pose, car j’aime bien mettre en scène les mains.» Sur la base de ses images, il dessine ces visages au crayon blanc sur papier noir. Une fois, deux fois, parfoisquatre fois. «Ça me permet d’entrer dans le personnage.» Puis, de manière informatique, il pose ses esquisses virtuelles sur la façade. «Je commence toujours par les yeux, le droit en premier. De façon légère au début.» Sans calque, sans chablon, sans quadrillage, sans projection:

«Sinon, c’est triché.»

Derrière son tissu blanc en guise de parasol, il travaille à ponceuse levée. Plus il creuse le mélèze bruni par vingt ans de soleil et d’intempéries, plus la tonalité du bois s’éclaircit. «A la fin, j’utilise la meuleuse pour parvenir jusqu’au blanc.»

Difficulté supplémentaire à Espace Gruyère, les lames verticales sont posées à clin, en trois bandes séparées, ce qui a tendance à perturber la continuité des traits.

«J’ai toujours aimé dessiner, raconte l’artiste devant une bière belge sur une terrasse enfin à l’ombre. J’ai commencé l’école de bijoutier dans la vallée. J’aimais bien, mais je ne supportais pas de rester à l’intérieur toute la journée.» Il apprend alors le métier de paysagiste, qu’il laisse aujourd’hui de côté au profit de sa création artistique.

«Si c’est beau»

Une carrière qui commence à prendre son envol, après une exposition, cet hiver, à la Montreux Art Gallery. «Là, je reviens de Norvège. J’ai travaillé sur un bâtiment qui allait être prochainement démoli. Quand la sécurité a débarqué, on leur a expliqué la situation. Ils ont dit: “Oui, c’est joli. Mais on va quand même appeler le propriétaire, car c’est illégal.” Au téléphone, la personne leur a demandé si c’était beau. Ils ont dit oui. Elle a alors répondu: “Si c’est beau, alors il faut le laisser.”»

Ce «problème» ne se produira pas à Bulle. Au contraire. «Je vais traiter le bois avec des produits anti-UV et résistants à l’eau. Mais ça reste une œuvre éphémère, qui tiendra peutêtre une dizaine d’années.» En attendant, Antoine vit en plein sa récente médiatisation. En moins d’une semaine, le reportage de La Télé sur son travail a été vu plus de 55 000 fois et partagé à 850 reprises. De quoi le faire connaître sur la scène internationale, à Londres par exemple, où des contacts ont déjà été pris. Tout comme dans certains bistrots bullois, mais, chut, c’est un secret. ■

Infos: www.lpvda.ch, www.espace-gruyere.ch


Dopé par le Comptoir gruérien

Nouveau record pour le centre d’exposition gruérien. En 2017, il a accueilli 323 événements et plus de 310 000 visiteurs ont franchi ses portes. Ce dernier chiffre est à mettre en lien avec le Comptoir gruérien, qui, tous les quatre ans, dope le nombre de visiteurs d’Espace Gruyère.

Réunis en assemblée hier en fin de journée, les actionnaires du centre d’exposition ont pris connaissance des chiffres et du résultat du dernier exercice. Au niveau comptable, il boucle sur un bénéfice de 38 435 francs. Le chiffre d’affaires, lui, s’est monté à 2,72 millions de francs, en progression de 15%.

Dans leur rapport de gestion, les responsables d’Espace Gruyère relativisent un peu ce chiffre record au niveau des manifestations: «Il découle notamment de la multiplication de petits événements hebdomadaires ou mensuels, ou encore de sous-événements (assemblées, conférences, séminaires) liés à des salons ou expositions.» Et de souligner toutefois quelques événements majeurs, comme la réception du président de la Confédération Alain Berset ou les festivités des 100 ans de la Chambre de commerce et d’industrie du canton de Fribourg.

Sans oublier le Comptoir gruérien qui, par son emprise, rend nécessaire le déplacement temporaire de la patinoire. Les responsables d’Espace Gruyère soulignent que la disponibilité quasi ininterrompue de la glace grâce à ce déplacement permet une hausse de fréquentation. «Un indicateur qui appuie le besoin d’une telle infrastructure dédiée en Gruyère!»

Espace Gruyère annonce également le rachat du Salon bois/Technibois à son initiateur Michel Niquille. «Nous pourrons ainsi assurer la pérennité de ces expositions avec une transition en douceur», commente Marie-Noëlle Pasquier, directrice. Michel Niquille accompagnera en effet la manifestation au moins jusqu’en 2023.

Par ailleurs, un changement est enregistré au niveau du conseil d’administration: nouveau directeur de la coopérative Holstein Switzerland, Michel Geinoz y fait son entrée en remplacement de son prédécesseur Pascal Monteleone, qui prend sa retraite. SR


Des premiers échos très enthousiastes

«Nous voulions marquer notre 20e anniversaire avec une empreinte artistique durable, explique Marie-Noëlle Pasquier, directrice d’Espace Gruyère SA. Un de nos collaborateurs nous avait montré le travail de LPVDA, il y a quelques mois et sans arrière-pensée. Nous l’avons rencontré et son idée de faire revivre notre façade brunie nous a vraiment plu.» Au départ, Espace Gruyère imaginait plutôt des dessins d’animaux, en rapport avec l’activité du centre d’exposition. «Mais nous avons respecté sa volonté artistique et nous avons cherché ensemble les personnages qui illustrent des métiers traditionnels et représentatifs de la Gruyère, mais qui mettent aussi l’accent sur la jeunesse et la féminité.» Six personnes ont ainsi accepté de figurer sur la fresque: Mathilde Gremaud (médaillée d’argent cet hiver aux jeux Olympiques de PyeongChang), Vincent Gachet (tavillonneur à Cerniat), Alice Clément (âgée de 3 ans), Edouard Raboud (agriculteur à Grandvillard et président du Club des jeunes éleveurs fribourgeois), Christophe Bochud (affineur de gruyère AOP) et Patrice Magnin (formateur à l’Ecole du métal de Bulle). «Les premiers échos sont très enthousiastes, se félicite Marie-Noëlle Pasquier. Cette fresque offre une belle image d’Espace Gruyère et j’espère qu’elle devienne une nouvelle attraction touristique pour Bulle.» 

Commentaires

Bon travail, bonne continuation pour les 20 prochaines années.
Magnifique article !!!

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