Au RSSV, le torchon brûle entre direction et employés

jeu, 12. jui. 2018

PAR FRANÇOIS PHARISA

RSSV. «Les problèmes ne sont pas nouveaux. Ils sont signalés clairement depuis au moins quatre ans. Pourtant, malgré les démissions, malgré les arrêts maladie successifs, malgré la démission en bloc de la commission du personnel, malgré les alertes envoyées au comité de direction… rien n’a changé. Les employés continuent de subir les mêmes pressions. Jusqu’à quand cela va-t-il durer?»

En évoquant ses années passées au sein du Réseau santé et social de la Veveyse (RSSV), cette ancienne employée ne parvient pas à contenir son émotion. Mais elle raconte quand même, les yeux mouillés et la gorge nouée, «pour que tout ça cesse enfin», glisset-elle. A ses côtés, son ancienne collègue. Elle aussi a rendu son tablier. Dans sa bouche, la même incompréhension, la même colère, devant «une situation qui ne s’est pas améliorée». Toutes deux témoignent aujourd’hui «par respect et solidarité avec les employés actuels».

«On cache les problèmes»

Ces employés justement, des aides et infirmiers de l’aide et des soins à domicile – secteur du RSSV qui compte une cinquantaine de collaborateurs – ont récemment brisé le silence sur la détérioration de leurs conditions de travail et, surtout, sur les pressions qu’ils affirment subir de leur hiérarchie (La Gruyère du 16 juin). Leurs griefs visent le fonctionnement général du RSSV et les problèmes relationnels avec la direction. Les termes utilisés sont durs: «Manque de respect et de reconnaissance», «intimidations», «manipulations», «abus de pouvoir», «mobbing»… La Gruyère a rencontré des collaboratrices jeudi 28 juin. Elles étaient neuf autour de la table – toutes préfèrent rester anonymes «par crainte des représailles» – accompagnées de Catherine Friedli, secrétaire du Syndicat des services publics (SSP), qui assure représenter «la moitié au moins des employés de l’aide et des soins à domicile».

Ce soir-là, elles se sont mises d’accord pour lancer «un dernier appel au secours». Un ultimatum adressé à François Genoud, préfet de la Veveyse et président de l’assemblée des délégués du RSSV (voir encadré). «Parce que nos supérieurs ne nous écoutent pas et ne réagissent pas», se désolentelles.

Dernière démonstration en date, selon elles, lundi 25 juin. Un colloque a rassemblé employés, direction et membres du comité de direction. «C’était choquant. La directrice et la présidente du comité de direction n’ont eu que du mépris pour nos revendications. On s’est trouvés devant un mur. Pour elles, tous les problèmes doivent rester cachés, bien enfouis sous le couvercle», enrage une collaboratrice.

Ses collègues acquiescent. L’une d’elles tend un procès-verbal d’une séance du 4 juin, qui avait déjà réuni collaborateurs, direction et comité de direction. Sur le document, certains passages sont rédigés en rouge. «Ce sont les passages manquants», souligne cette employée. Et de poursuivre: «La séance a été enregistrée à notre demande. Mais quelle a été notre surprise quand on a pris connaissance du procès-verbal. Les accusations les plus compromettantes pour la direction n’ont simplement pas été retranscrites. Notamment quand il était question de mobbing.» D’autres employées prennent à leur tour la parole. Les anecdotes se multiplient. Certaines sont à peine croyables. «La direction nous piste avec Google maps. On m’a demandé pourquoi j’avais mis plus de temps que prévu entre les domiciles de deux patients à Saint-Martin et à Semsales», raconte une infirmière. Sa collègue coupe et renchérit: «On doit se justifier, indiquer si l’on s’est retrouvé derrière un tracteur ou un troupeau de vaches, par peur des remontrances.»

Une autre employée dénonce, elle, «l’impossibilité de prendre des pauses et même d’aller aux toilettes». Elle décrit cette collègue, «complètement déshydratée à la fin de la journée, parce qu’elle n’avait pas bu pour ne pas devoir aller au petit coin». «On doit se dépêcher tout le temps. La voix du budget compte plus que celles des patients et du personnel», déplore encore une collaboratrice.

Toutes reconnaissent toutefois les difficultés inhérentes au domaine de la santé, en constante évolution. Elles admettent aussi que le RSSV a connu d’importants changements ces dernières années. «Mais ces circonstances n’excusent pas tout», lancent-elles.

«Pas prises au sérieux»

Elles affirment endurer la situation «depuis trop longtemps» et disent regretter de s’être fédérées trop tardivement. Le déclic s’est produit au tournant de l’année, quand la commission du personnel a démissionné en bloc. «Nos remarques sur les temps de pause et de déplacement, sur la sous-dotation chronique du service, sur les pressions et menaces de la direction n’ont jamais été prises au sérieux», relève l’une de ses anciens membres. Par souci d’être représentées, elles se sont alors tournées, en janvier dernier, vers le SSP.

Leurs témoignages font écho à ceux livrés par plusieurs ex-employées du RSSV, tous secteurs confondus, rencontrées à la suite des articles parus dans la presse mi-juin. Pour décrire ses rapports avec la direction, l’une d’elles mentionne «un climat de suspicion», «des menaces de contrôle» et «des comportements malsains pouvant s’apparenter à du mobbing». Une situation qu’elle avait dénoncée dans des courriers adressés au comité de direction et qui l’avait finalement poussée à quitter le RSSV. «J’étais complètement démotivée et profondément blessée», confie-t-elle.

Une deuxième ex-collaboratrice a elle aussi informé le comité de direction via plusieurs courriers. Elle reprochait notamment à la direction «des comportements hostiles», «des tentatives de manipulation» et «un refus du dialogue». Une troisième ex-employée rapporte encore «l’impossibilité de communiquer avec la direction». «Des colloques généraux sont organisés de temps en temps, mais les employés ne disposent d’aucun espace pour s’exprimer. Et quand on parvient enfin à émettre des critiques, on ne reçoit en retour que des remarques culpabilisantes. On nous soupçonne et on nous fait passer pour un profiteur du système, qui peut à tout moment se faire remercier», explique cette infirmière, partie «faute d’énergie pour supporter ce quotidien».

Les employés actuels sont, eux, bien décidés à se faire entendre. «On adore notre métier, mais ça suffit, on ne veut plus tout accepter en silence. On est prêts à aller plus loin si rien ne bouge», avertissent-ils. ■


«Une situation pas si alarmante»

Malgré nos demandes répétées, Jacqueline Bourqui, directrice du Réseau santé et social de la Veveyse (RSSV), dont l’ancien préfet Michel Chevalley a loué à deux reprises dans ce journal le côté «main de fer dans un gant de velours», n’a pas souhaité s’exprimer. Contactée mardi, elle a renvoyé vers le comité de direction, lâchant dans une brève explication que «le RSSV n’était pas le Club Med».

Aux questions posées, le comité de direction a répondu par un communiqué. Il explique avoir déjà confié un mandat externe à un cabinet de médiation indépendant, afin que l’aide et les soins à domicile «retrouvent la sérénité». Sur la base du rapport de médiation, daté de mai dernier, qui parle de mobbing, d’impossibilité de communiquer ou encore de manque de considération, le comité de direction a organisé en juin deux séances d’information avec le personnel. Séances qui n’ont, semble-t-il, pas permis d’atténuer les tensions (voir ci-dessus).

Les efforts mis en place sont, selon le comité de direction, «parasités» par «des situations individuelles en cours de procédure» et «des griefs inconnus de la direction et du comité de direction». Il ajoute: «Toute entité, publique ou privée, doit évoluer avec son temps et être constamment à la recherche d’améliorations. Il est dès lors regrettable que certaines réticences aux changements détournent le RSSV de ses objectifs finals, soit de procurer des prestations de qualité aux bénéficiaires de l’aide et des soins à domicile et d’assurer des conditions de travail optimales au personnel.» Il affirme en outre qu’il a «toujours donné une suite favorable aux demandes de dotation en personnel».

Enfin, il déplore des attaques anonymes, émanant «d’une minorité». «Si la situation était aussi alarmante que ces personnes le prétendent, l’équipe d’aides et d’infirmiers ne se serait pas qualifiée de “passionnée par son travail, où il ne manque pas grand-chose pour que ce soit un superjob”», conclut-il, en s’appuyant sur l’une des seules phrases encourageantes du rapport de médiation. FP


«Nous trouverons des solutions»

Employés et Syndicat des services publics accusent le comité de direction et l’assemblée des délégués du Réseau santé et social de la Veveyse (RSSV) de ne pas prendre leurs responsabilités et de ne pas porter attention à leurs revendications. En début de semaine dernière, ils ont transmis un nouveau courrier au préfet François Genoud, président de l’assemblée des délégués, lui demandant de prendre des mesures – le lancement d’un audit organisationnel de préférence – d’ici le début de la semaine prochaine, sans quoi ils engageront «des mesures de lutte: mobilisation, pauses prolongées ou grève». Menaces que François Genoud n’apprécie que modérément. «Je n’ai aucun mot d’ordre à recevoir des employés du RSSV ou du syndicat», réagit-il. Et d’ajouter: «J’ai été sensibilisé aux tensions au sein du RSSV en mai. Je vais maintenant m’entretenir avec tous les membres du comité de direction. Je veux me faire une vision exhaustive de la situation, afin de trouver ensemble des solutions.» Il rappelle toutefois que le président de l’assemblée des délégués possède une marge de manœuvre «réduite». L’article 10 des statuts du RSSV attribue à l’assemblée des délégués – et non pas à son président en personne – le pouvoir de «surveiller l’administration de l’association». Et «cette surveillance est difficile à exercer dans la pratique, étant donné que c’est le comité de direction qui devrait convoquer une assemblée extraordinaire», explique François Genoud, qui espère ne pas devoir en arriver là. Il précise en outre qu’en cas de plainte formelle il se récuserait de par son rôle de président de l’assemblée des délégués. FP

Commentaires

Infirmière de longue date, je remarque que cette situation se rencontre dans de nombreuses institutions. Il ne s’agit ni plus ni moins que d’un profond mépris pour les soignants. Soignants expérimentés, titulaires de diplômes avancés, soignants professionnels au jour le jour. Méprisés par des « managers » et des ressources humaines totalement incompétents, avides de pouvoir et tranquillement retranchés dans leurs bureaux, déniant les difficultés d’un travail auprès de la souffrance, de la folie et de la mort, et ce 24h24h et 7 jours sur sept. Déniant qu’il s’agit d’un travail de première importance. En effet, ces instances soit disant supérieures, que seraient t’elles sans le travail quotidient des soignants auprès des patients ? La situation évolue certe, rapidement. Mais n’est-ce pas la tâche des instances dirigeantes d’anticiper les changements (chronicisation, augmentation de l’espérance de vie...) ? Responsabilités sur le papier à mon avis. Il est tellement plus commode d’incriminer le personnel de terrain de ses manquements. De fait, la situation montre que seul ce dernier assure sa responsabilité, en en payant le prix fort. Le mépris. Mais, après tout, ce n’est pas le Club Med n’est-ce pas?

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