Le lac de la Gruyère s’est enfin fait une place dans la région

jeu, 02. aoû. 2018

PAR VALENTIN CASTELLA

La Gruyère: son château, sa chocolaterie, ses montagnes et puis… son lac. Cet été, le lac de la Gruyère est très fréquenté. Tous les jours, et spécialement le week-end, il accueille des centaines de personnes. Un succès populaire qui se dessine depuis quatre ans et qui prend chaque année de l’ampleur, une fois les beaux jours arrivés.

Un changement de statut

Cet endroit a définitivement changé de statut auprès des autochtones et des touristes. «Auparavant, il n’y avait pas grand monde à ses abords, seulement quelques petits groupes qui pique-niquaient, se souvient Daniel Chardonnens, propriétaire de Kayak Aventure, à La Roche.

Rencontré à Corbières, les pieds dans l’eau et prêt à dégainer sa pagaie, François Charrière, de Riaz, se souvient: «Lorsque nous étions jeunes, le lac était considéré comme dangereux. On ne s’y rendait pas. C’était même plus ou moins interdit.»

Ce temps-là n’est plus. Aujourd’hui, le lac est devenu une offre touristique à part entière, comme le dit Patrick Perrottet, président de la Société de développement du lac de la Gruyère: «C’est terminé l’époque durant laquelle les gens venaient dans la région uniquement pour la montagne et les buvettes d’alpage. Notre région, c’est aussi un lac et les activités qui s’y prêtent.» «Dans le milieu, il est devenu un nom, aussi connu que le Moléson ou la Berra», continue Daniel Chardonnens. Pour Pascal Charlet, directeur de La Gruyère Tourisme, le lac «est complémentaire à l’offre de la région».

En effet, cet endroit, colonisé par les habitants de la région, bénéficie d’une belle renommée hors du district et du canton. Pourquoi? «Il est reconnu pour sa beauté et son esprit sauvage», reprend Daniel Chardonnens. «Grâce à sa taille, les pratiquants peuvent découvrir de belles criques et endroits peu fréquentés, ajoute Patrick Perrottet. En s’y promenant, on peut se considérer comme un petit explorateur.» «Pourquoi aller chercher loin ce qu’on a tout près de chez nous?» résume la famille Augsburger, de Cottens, rencontrée à Corbières. Une nature encore très présente qui séduit de nombreuses personnes. «On remarque la présence de Vaudois et de Neuchâtelois, analyse Patrick Perrottet. Leurs lacs sont grands et fréquentés. Ils viennent ici pour retrouver la nature.» «C’est l’esprit de la montagne qui est descendu sur le lac», image Daniel Chardonnens. Une constatation confirmée par la Glânoise Carmen Mesot, sur le lac en début de semaine: «On se rendait souvent à Estavayer. Mais il y avait trop de monde. Ici, on retrouve le calme et une magnifique végétation. On se sent privilégiés.»

L’essor du paddle

Autre explication de la hausse de fréquentation: l’essor du paddle. «Cette activité a démocratisé les activités aquatiques et rapproché les citadins de cet univers», souligne Patrick Perrottet. «Cela nous permet d’aller facilement sur le lac, tout en effectuant une activité ludique et sportive», confirme Carmen Mesot.

En plus de toutes ces raisons, David Vidrequin, d’Aventure Gruyère, évoque l’aménagement des plages et le fait que «de nombreuses personnes ne partent plus en vacances à l’étranger et recherchent donc des activités à faire en Suisse.»

Trois gros mois

Devenu populaire, le lac de la Gruyère va-t-il perdre de son attrait s’il est davantage fréquenté? Non, répondent les acteurs travaillant aux abords. S’ils concèdent qu’à certains endroits, comme aux alentours de l’île d’Ogoz, c’est parfois l’autoroute, il y a assez de place pour tout le monde. «Il faut relativiser, tempère Daniel Chardonnens. Le lac est principalement fréquenté entre juin et août. Durant cette période, et notamment les weekends, il y a du trafic avec les pêcheurs, les bateaux, les kayaks, les paddles et les nageurs. Cela peut générer quelques tensions. Mais il ne faut pas oublier que, durant tout le reste de l’année, la zone est peu fréquentée.»

Aujourd’hui, le lac attise logiquement les convoitises, comme le confirme le préfet Patrice Borcard. «Depuis la création du sentier, les Gruériens ont pris conscience qu’ils avaient un lac, un nouveau territoire à conquérir. Il ne se passe pas une semaine sans qu’on reçoive une demande concernant le développement du paddle par exemple.»

Reste désormais à trouver le bon mélange. Soit de conserver cet environnement naturel, tout en offrant un relatif confort aux utilisateurs du lac, qui déplorent parfois un manque d’aménagement, comme des buvettes ou davantage de places de parc (voir encadré ci-contre).


Le grand problème, c’est l’accès au lac

Si le succès populaire du lac est bénéfique pour toute la région, il engendre toutefois certains désagréments. «Les premières belles journées de l’année, c’est la ruée vers le lac. Et les voitures sont parfois parquées n’importe comment, dans les moindres recoins disponibles, observe Patrick Perrottet, de la Société de développement du lac de la Gruyère. Franchement, c’est parfois le bordel.»

La raison est simple: les alentours du lac ne sont pas aménagés pour accueillir autant de monde. «Les gens veulent se parquer le plus près possible de l’eau, continue David Vidrequin, d’Aventure Gruyère. Ils veulent faire du sport, mais rechignent à marcher quelques minutes pour atteindre le lac. A Corbières par exemple, il existe un grand parking au milieu du village. Mais les gens font tout pour se garer le plus près possible. Ce qui pose parfois des problèmes de voisinage.» En plus des places de parc, un manque d’infrastructures est signalé, comme l’absence de sanitaires ou d’endroits où entreposer les déchets. Pascal Charlet, de La Gruyère Tourisme, verrait également d’un bon œil une amélioration de l’hébergement. «Des idées existent. Mais il est parfois difficile de les concrétiser, notamment en raison de l’aménagement du territoire.»

Conscient du problème, le préfet Patrice Borcard n’est pas satisfait de la tournure des événements, même si on parle de quelques week-ends très chargés par année. «Nous avons tout intérêt à avoir une approche collective de la mobilité. L’ARG avait proposé un concept, qui offrait quelques solutions. Il a été refusé par certaines communes. Je le regrette. Elles ne peuvent pas jouer seules dans leur coin. Il faut trouver une solution alliant parkings et transports publics. De toute manière, le monde se déplace maintenant au bord du lac. Autant dès lors lui en donner la possibilité.» VAC

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