Le plaisir, le feeling et l’envie comme secrets de la réussite

jeu, 16. aoû. 2018

PAR VALENTIN CASTELLA

Parler avec Ilona Chavaillaz, c’est revenir à l’essence même du sport. Vous savez, ce point de départ qui a fait que vous avez commencé une discipline. Ce sentiment libérateur qui vous a redonné envie d’y goûter. Parler de sport avec Ilona Chavaillaz, c’est surtout évoquer la notion de plaisir. «Souvent, les gens s’entraînent pour participer à des courses. Eh bien, moi, c’est le contraire. Je me retrouve sur une ligne de départ car je me suis entraînée plusieurs jours de la semaine sur mon VTT juste parce que j’en avais envie.» Voilà le secret de la Glânoise de 36 ans, meilleure spécialiste de VTT et de vélo de route du canton et également l’une des plus performantes en ski-alpinisme.

Une athlète «atypique»

Lauréate de plusieurs manches de la Coupe de Suisse sur ses skis et deux fois deuxième du Grand Raid depuis Nendaz (elle prendra le départ samedi de ce même parcours), cette maman de deux filles, Mélinda et Maelys, détonne dans le paysage sportif. «Disons que je suis atypique», tempère l’athlète de Sommentier, qui n’aime pas se mettre en avant. «Le sport, j’en ai besoin. Mais je ne cours pas après les résultats. Je pourrais très bien me passer de courses et m’entraîner autant qu’aujourd’hui. La performance n’est pas ma première motivation. Ce qui me motive, c’est le plaisir, le fait d’être dehors, d’admirer des paysages magnifiques et de pratiquer des activités en famille. Et non d’améliorer mes chronos. D’ailleurs, je ne connais pas mes références. C’est une amie qui doit me les rappeler avant les courses.»

Cet amour pur du sport, Ilona Chavaillaz le ressent depuis petite, lorsqu’elle passait ses vacances en famille à Zermatt. «On marchait beaucoup. Puis, avec mon frère, on s’est mis à la course à pied. C’était moins le truc de ma sœur. On a vite croché et on a pris part à de nombreuses courses populaires, de cross et sur la piste. On avait un bon niveau. Je me suis même retrouvée une fois sur un podium des championnats de Suisse de cross, en cadets je crois.»

Ilona Chavaillaz ne le dit pas, de crainte de passer pour une personne hautaine, mais elle fait partie de ces gens qu’on décrit souvent comme des machines de guerre. Vous savez, ces sportifs qui sont bons partout. Qui se lancent sur une course sans une grande préparation et qui vous battent, alors que cela fait des semaines que vous vous entraînez. «C’est vrai que je me suis vite retrouvée sur les podiums et que je dois avoir quelques prédispositions.»

A 17 ans, la Glânoise a été contrainte de ranger ses baskets en raison de douleurs au genou. «J’ai alors changé de discipline en m’achetant un vélo de route. Jusqu’à 21 ans, je pratiquais différentes disciplines, sans faire de compétitions. Mais c’était tout de même intensif, avec quatre ou cinq séances par semaine.»

Du temps en famille

Puis, le décès de son père a bouleversé la jeune femme. «Nous étions très proches et nous faisions beaucoup de sport ensemble. Tout à coup, je n’ai plus eu envie de m’entraîner. Avec mon mari, nous avons ensuite eu deux filles. Jusqu’à 27 ans, je n’ai rien fait. Je voulais passer le plus de temps possible avec mes enfants. Il m’était impossible de les laisser rien que quelques heures pour aller faire une sortie à vélo.» Les années passent et les filles grandissent. «J’ai alors commencé à rouler en VTT, lorsqu’elles ont commencé l’école. Ensuite, j’ai grappillé quelques heures le week-end.» De fil en aiguille, Ilona Chavaillaz s’est retrouvée à s’entraîner plusieurs fois par semaine, avant de s’inscrire à des courses régionales. «J’ai commencé en 2012, avec les petits parcours d’épreuves de la région. Comme j’en faisais toujours plus, j’ai ensuite pris part aux grands tracés, pour finalement me retrouver aujourd’hui en tête des épreuves cantonales et romandes, et parfois juste derrière des athlètes comme Esther Süss (n.d.l.r.: championne du monde en 2010). C’est assez fou. Il y a même des gens qui me soutiennent au niveau du matériel. Parfois, je me gêne, tant ils sont généreux.»

Des skis à 30 ans

Partie de rien et sur le tard en VTT, Ilona Chavaillaz a suivi la même trajectoire en peau de phoque. «J’ai reçu mes premiers skis pour mes 30 ans. «Avec mon mari, nous avons adoré ça. Nous avons aussi équipé les filles et nous faisons aujourd’hui de magnifiques sorties. Là encore, je me suis dit que je pourrais tenter quelques courses, étant donné que je skiais beaucoup. Finalement, ça a plutôt bien marché.»

Comme en VTT, la Glânoise s’est vite retrouvée devant, à l’image de cet hiver, lorsqu’elle a remporté deux Coupes de Suisse, s’est classée 3e du Trophée des Gastlosen et 8e de la Pierra Menta. «Là encore, je fonctionne au plaisir. Aligner les kilomètres le soir sur une piste ne m’intéresse pas. J’aime les sommets, les immenses champs de poudre.»

Aujourd’hui, la mère au foyer est donc une sportive d’envergure dans deux disciplines. «Certains me demandent comment je fais pour récupérer, si je m’accorde une pause entre les deux saisons. Mais non. Je n’ai pas de plans d’entraînement. Je fonctionne juste au feeling. J’y vais quand j’en ai envie, tout simplement. Jamais je me dis: “je dois y aller”.» Bref: privilégier encore et toujours l’essence même du sport, le plaisir. ■


La victoire depuis Nendaz

Samedi à 6 h 30, Ilona Chavaillaz prendra le départ du Grand Raid depuis Nendaz. Là où, avec sa famille, elle possède un appartement. Sur la ligne de départ, la Glânoise aura pour objectif de rallier Grimentz après 93 kilomètres en tête de la course. «J’ai terminé deux fois deuxième, en 2016 et 2017. Cette fois, j’espère terminer sur la plus haute marche du podium.»

Le Grand Raid et Ilona Chavaillaz, c’est une petite histoire d’amour, avec ses hauts et ses bas. Victorieuse à une reprise du petit parcours (depuis Hérémence), elle a également connu une grosse chute l’année dernière. «J’avais mal jugé un virage et je suis tombée dans le vide. Heureusement, je ne me suis rien cassé et j’ai pu repartir. Mais j’ai eu très peur.»

Lorsqu’on évoque le Grand Raid, le visage de l’athlète de Sommentier s’illumine. «J’adore cette course. En famille, nous passons beaucoup de temps dans cette région. Cette épreuve traverse les montagnes que j’aime. Le panorama est incroyable. Et puis, il y a la montée du Pas-de-Lona. Ce moment est toujours particulier, rempli d’émotions avec tous ces gens qui se trouvent sur le parcours.»

Une semaine incroyable

Si Ilona Chavaillaz vise la victoire cette année, c’est qu’elle est particulièrement en forme, comme en témoigne sa deuxième place récoltée fin juillet à l’occasion de la Transmaurienne Vanoise, en France. Une course par étapes de cinq jours (220 kilomètres, 9800 m de dénivellation) au terme de laquelle elle s’est classée deuxième, derrière Margot Moschetti, championne de France de marathon. «J’ai vécu une semaine incroyable. D’habitude, on regarde des films de course avec de très bonnes athlètes. Et là, c’était moi qui étais à l’image et qui luttais avec la championne de France. Làbas, les gens vivent pour cet événement, l’engouement est incroyable. On me reconnaissait dans la rue, en me disant “C’est vous la Suissesse?” C’était génial.»

En cas de succès samedi, Ilona Chavaillaz pourrait ensuite revoir ses plans et changer ses habitudes, en prenant le départ du grand parcours du Grand Raid (125 kilomètres). «Je me pose chaque année la question. Cet été, nous sommes partis en vacances à Biarritz et j’ai plutôt privilégié les apéros et les restaurants à l’entraînement. Mais pourquoi pas une autre fois. Rien n’est impossible et pourquoi pas, une fois, viser la victoire. Cette idée trotte dans un coin de ma tête. Mon seul souci est que j’ai de la peine à me faire vraiment mal, à sortir de ma zone de confort. Je ne suis pas comme ceux qui parviennent à se transcender en course.» VAC


De moins en moins populaire

La plupart du temps, lorsque Ilona Chavaillaz participe aux épreuves de VTT dans le canton, elle se retrouve bien seule. Souvent, aucune concurrente n’est présente pour lui contester son trône de meilleure spécialiste du canton. «C’est toujours dommage. Pourtant, au Grand Raid par exemple, il y a beaucoup de filles qui sont au rendez-vous. Mais, lorsqu’il s’agit de plus petites courses, elles s’alignent moins volontiers.»

Comment explique-t-elle ce phénomène? «Prenez une épreuve comme celle d’Ursy. Si une dame veut découvrir cet univers à cet endroit, elle terminera dernière, car le niveau s’est élevé ces dernières années. L’expérience ne sera pas drôle et elle ne reviendra plus. C’est comme en course à pied. Une fille qui débute sera plus à l’aise à Morat-Fribourg, entourée de centaines de personnes, plutôt qu’à une épreuve moins fréquentée. Les organisateurs l’ont compris et c’est pour cette raison qu’ils mettent désormais en place des parcours plus courts, ou accessibles pour les familles.»

Elle continue: «Le sport de compétition est devenu de moins en moins populaire. Que cela soit au niveau de la dose d’entraînement ou du matériel. Désormais, il y a un fossé entre ceux qui participent aux courses et ceux qui viennent juste participer à la fête du coin.» VAC

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