Se focaliser sur les risques plutôt que sur les régions

jeu, 30. aoû. 2018

PAR DOMINIQUE MEYLAN

SAPEURS-POMPIERS. La défense incendie est aujourd’hui organisée selon une logique territoriale. Le Conseil d’Etat propose de changer complètement de paradigme. A l’avenir, les communes pourraient ne plus constituer la référence et être remplacées par une cartographie des risques.

«Nous visons une amélioration au niveau sécuritaire pour la population», rapporte Jean-Claude Cornu, directeur de l’ECAB (Etablissement cantonal d’assurance des bâtiments). Présenté hier en conférence de presse, ce projet revoit toute l’organisation des sapeurs-pompiers dans le canton.

Selon les premières estimations, entre 35 et 39 bases de départ seraient nécessaires pour permettre une couverture de l’ensemble des risques. Toutes seraient équipées de manière équivalente et capables de réagir jour et nuit. Quelques-unes permettraient d’assurer des missions plus spécialisées comme les pollutions chimiques, les atteintes à l’environnement ou les désincarcérations. «Aujourd’hui, il n’y a pas la garantie d’avoir la même défense incendie sur tout le territoire», rappelle Jean-Claude Cornu.

Moins de pompiers

Le nombre exact de ces bases n’a pas encore été défini, mais une chose est sûre. Il sera bien inférieur à la dotation existante. Tout ne va pas être reconstruit à neuf. «L’organisation actuelle ne tombe pas du ciel», souligne le directeur de l’ECAB. Sur les 35 à 39 bases envisagées, 90 à 95% reprendront des casernes existantes.

Cela aura des conséquences importantes sur les effectifs. Si ces bases sont chacune dotée de 40 sapeurs-pompiers, moins de la moitié des ressources actuelles seront nécessaires. Pas question toutefois de professionnaliser. Les sapeurspompiers continueront à être des miliciens: le Conseil d’Etat souhaite garder ce système en particulier pour des raisons de coût.

Cette diminution doit permettre de résoudre les problèmes de recrutement. Aujourd’hui, les corps sont plutôt bien dotés, mais c’est un leurre. Beaucoup de volontaires sont peu disponibles pendant les heures de travail: en journée et en semaine, il est difficile de réunir un nombre minimal de sapeurs-pompiers. «Si l’incendie de l’Hôtel-restaurant Saint-Georges n’avait pas eu lieu la nuit, prend pour exemple le préfet de la Glâne Willy Schorderet, l’effectif n’aurait pas été suffisant.»

Dur de recruter

Les communes resteront responsables du recrutement. Leur tâche ne sera pas forcément plus facile. Avec l’introduction d’un service de piquet et une hausse du nombre d’engagements, les volontaires seront davantage sollicités. «Il faut que cela reste supportable. Ces personnes ont un métier, une famille, des loisirs», détaille Pierre-André Burnier, syndic de Mont-Vully et délégué de l’Association des communes fribourgeoises.

Les communes sont favorables à ces changements avec quelques réserves, annoncet-il. Le financement fait partie des inquiétudes. Le projet prévoit de clarifier la répartition des coûts. Les communes prendront en charge l’humain, et donc les frais d’intervention, l’entretien du matériel et les ressources humaines. L’ECAB sera responsable de l’achat du matériel, de la formation cantonale ainsi que de la centrale d’alarme et d’engagement.

«Nous tenons à une évaluation des coûts avant et après la réforme, rapporte Pierre-André Burnier. Il faudra aussi se soucier des communes qui ont investi récemment et dont les casernes seront désaffectées.» En se basant sur le risque, il se peut qu’une intervention aux frontières d’une commune soit effectuée par un autre corps de pompiers. Qui paiera? Le projet prévoit une mutualisation des frais d’intervention au niveau cantonal, mais tout est loin d’être réglé.

Quelle gouvernance?

La mise en place d’une centrale d’engagement et d’alarme fait aussi figure de nouveauté. Cette structure devrait permettre une sélection des moyens, en envoyant par exemple moins de sapeurspompiers sur un petit incendie. «L’idée est d’avoir une conduite plus fine», rapporte Didier Carrard, chef du département prévention et intervention de l’ECAB. Des économies pourraient en découler. Le projet devra encore régler la gouvernance. Avec une organisation basée sur les risques, il n’est plus possible de se limiter à une conduite par les communes ou les associations de communes. Le Conseil d’Etat ne souhaite toutefois pas leur enlever toutes leurs prérogatives. Prenant l’exemple des ambulances dans le Sud fribourgeois, qui couvrent trois districts depuis Vaulruz, Willy Schorderet est persuadé que l’opération est possible: «Nous sommes arrivés à professionnaliser les services en gardant une implication des communes.»

La formation par l’ECAB

Une commission cantonale de défense incendie et secours devra régler la répartition territoriale des centres et la dotation en matériel. L’ECAB sera chargé de la formation. Quant aux communes, elles devront s’organiser en associations correspondant aux régions d’intervention. «Mais cela touche quand même à leur autonomie», estime Pierre-André Burnier. ■


Le calendrier est ambitieux

Ce projet, présenté hier, est loin d’être finalisé. Un rapport intermédiaire a été soumis en juin au Conseil d’Etat, qui a donné son feu vert à la poursuite des travaux. Pourquoi communiquer si vite? «Je pense qu’il faut jouer la transparence. Je préfère ouvrir le débat et informer», a affirmé le directeur de la Sécurité et de la justice, Maurice Ropraz.

La nouvelle Loi sur l’assurance immobilière, la prévention et les secours en matière de feu et d’éléments naturels (Ecalex, aujourd’hui appelée LECAB) est récemment entrée en vigueur. Mais la révision du chapitre 5, dont il est question aujourd’hui, avait été reportée pour laisser le temps à la réforme FriFire de déployer ses effets. L’objectif est de terminer le projet de loi d’ici au printemps prochain. ++Le Grand Conseil devrait être interpellé au deuxième trimestre 2019 pour une entrée en vigueur début 2020. DM

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