Faire face quand la déception remplace les médailles

mar, 11. sep. 2018

PAR QUENTIN DOUSSE

Ils sont venus pour lever les bras et engranger des médailles, beaucoup sont repartis avec un sentiment d’inachevé. Quelques centièmes du «mauvais côté», l’usure d’une saison à rallonge, la méforme du jour J, voire l’excès de confiance: les explications, aussi nombreuses que recevables, n’ont pas atténué l’amertume des régionaux engagés ce week-end aux championnats de Suisse espoirs. «C’est dur quand l’échec survient en championnat. Mais ceux qui l’ont subi doivent se dire qu’il fait partie de l’apprentissage», positive Gérald Rumo qui, à défaut de la razzia de l’an dernier (sept médailles), se contente des quatre breloques du week-end. «En athlétisme, on est plus souvent Poulidor que champion», note justement le coach bullois.

Prémices de ces championnats nationaux espoirs, la journée de samedi a entraîné un premier lot de frustrations. A commencer par le jeune Bullois François Ammann, piégé au finish dans sa série du 800 m alors qu’il tenait sa place en finale jusque dans les derniers mètres. «François était franc fou et il me l’a dit: cet excès de confiance ne reflète pas le travail effectué ensemble», souligne Gérald Rumo, qui n’a pas été davantage en réussite avec son autre protégé, Yan Volery, sur le 5000 m (lire ci-dessous).

L’entraîneur gruérien a trop d’expérience pour s’apitoyer sur une course manquée. On le retrouve dimanche matin au stade du Schachen, confiant et convaincu par les ressources de ses athlètes. La première à entrer en lice sera toutefois la plus déçue au terme de ce championnat. Déjà privée de finale la veille sur 100 m, Alizée Rusca n’a retrouvé le sourire ni sur le 100 m haies, sa discipline de prédilection, ni sur le 200 m. Derrière son regard hagard, l’immense déception. «C’est dur. Je voulais au moins participer à une finale. Après mon début de saison (deux records personnels battus), je m’attendais à mieux en championnat. On me dit toujours “l’année prochaine, l’année prochaine...” Mais là, c’est dur d’échouer à nouveau», répète la collégienne de 19 ans, désabusée. «Pour l’instant, ma victoire est de ne pas avoir tout arrêté. Je garde la motivation en voyant ma progression et en m’accrochant à mon rêve de courir une fois avec le maillot suisse.»

Surtout pas abandonner

Au bord de la piste argovienne, Pierre Marro, qui suit notamment l’espoir du SA Bulle, n’est pas indifférent à ses malheurs actuels. «Mon rôle consiste à toujours motiver l’athlète sans forcément appuyer sur les points négatifs, explique le vénérable entraîneur du CA Fribourg. Avec Alizée, ça fait longtemps qu’on cherche le déclic sous forme d’un chrono. Sa saison n’a pas été simple et, au jour d’aujourd’hui, les tentations d’abandonner sont nombreuses pour les jeunes. Alizée aurait déjà pu le faire, mais elle possède cette force mentale.»

Si la frustration d’un objectif manqué n’est pas simple à gérer pour l’athlète, elle ne l’est pas davantage pour l’entraîneur. «Je n’aime pas voir mes athlètes comme ça», murmure Gérald Rumo, qui s’est contenté de quelques paroles avec Alizée Rusca entre ses deux courses dominicales. «Chacun réagit différemment au coup de moins bien. En général, je ne formalise pas le jour de la compétition. Je préfère laisser retomber la pression et les émotions pour reprendre les éléments au prochain entraînement.»

Le coach, qui transmet sa confiance à ses athlètes en s’efforçant de travailler sur les aspects positifs en cours de saison, peut également être affecté par une performance en deçà des attentes. «Quand je sais que le job a été bien effectué à l’entraînement, il arrive que certains échecs me touchent profondément. J’essaie alors de relativiser quelque peu pour éviter de me détruire.»

Une fin avec des sourires

L’attitude positive de Gérald Rumo finira par trouver récompense sur la piste surchauffée du Schachen. Après Charles Devantay sur 400 m, Coralie Ambrosini remporte sur 200 m sa deuxième médaille d’argent du week-end. Khaoula Rharroubi (20 ans, CA Fribourg), qui s’entraîne également avec le groupe à Bouley res, complète la moisson avec le bronze sur 800 m. «Finir la saison de cette manière, c’est bien», apprécie le coach bullois, aussi heureux que ses protégés de voir poindre la fin de la saison. Une saison achevée dimanche avec le sourire pour l’ensemble de la délégation d’athlètes et de parents présents à Aarau. A l’image de Coralie Ambrosini, aussi rayonnante qu’essoufflée. «Cette belle pause fera du bien. Place à la vraie vie pendant un mois!» Les espoirs régionaux, qu’ils soient montés ou non sur le podium ce week-end, l’ont en effet méritée. ■


De l’argent à valeur d’or pour Coralie Ambrosini

Il y a des images qui ne trompent pas: l’étreinte entre Coralie Ambrosini (photo) et son coach, à l’arrivée du 200 m dimanche après-midi, fleurait bon le sentiment du devoir accompli. La sprinteuse du SA Bulle, avec deux podiums U23, a assurément été la Sudiste en vue de ces championnats de Suisse à Aarau. Médaillée de bronze sur 100 m samedi, Coralie Ambrosini a confirmé dimanche en prenant la deuxième place du 200 m. Seulement précédée par l’intouchable tessinoise Ajla Del Ponte. «Avec le relâchement et le niveau affichés par Ajla en ce moment, cette médaille d’argent ressemble à de l’or», sourit Gérald Rumo.

«Je suis largement contente de mon week-end. Bien sûr, j’aurais voulu l’argent sur 100 m. Mais je ne peux pas nourrir de regrets (n.d.l.r.: elle a été devancée de deux centièmes). C’est la fin de la saison et je resentais des douleurs au dos. Alors c’est plutôt motivant pour la suite de voir la course que j’ai réussi à faire aujourd’hui», réagit la Gruérienne de 21 ans, qui pose un regard satisfait sur sa saison. «Elle s’est mieux déroulée que je l’avais espéré. Je visais 11’’90 sur 100 m et j’ai réalisé 11’’78. Les championnats d’Europe U23 constituent un bel objectif pour l’an prochain.» Pour y participer, la sprinteuse bulloise devra courir en 11’’75. Un minima accessible pour Coralie Ambrosini, qui fournira son dernier effort de la saison ce samedi aux championnats de Suisse par équipes, du côté de Regensdorf.

Devantay manque le titre sur 400 m

Auteur du meilleur chrono helvétique de la saison sur 400 m, Charles Devantay était attendu sur la plus haute marche du podium à Aarau. Sacré en U20 l’an dernier, le sprinter de Chavannes-les-Forts n’est pas parvenu à confirmer son titre dimanche. La faute – une nouvelle fois!
– à une première partie de course trop lente. En retard aux 300 mètres – «je ne pensais pas me retrouver si mal placé», avouera-t-il après la course – le Glânois du SA Bulle a certes produit son effort dans la ligne droite. Remontant tous ses adversaires sauf un, le Bernois Luca Flück. «Je suis forcément un peu déçu, admet Charles Devantay. Je sais qu’un championnat ne se passe jamais comme imaginé. La course s’est jouée dans les 300 premiers mètres pour moi. C’est dommage, car je voulais vraiment confirmer mon temps de 46’’83 réalisé en juin.»

Son chrono de 47’’58 signé dimanche correspond finalement à ses ressources physiques du moment. «La saison a vraiment été longue, souffle l’intéressé. Je n’ai jamais couru autant de 400 m que cette année. Sans doute qu’il y a eu trop de compétitions et qu’il faudra, à l’avenir, mieux les cibler.» Le Glânois veut toutefois retenir le positif de son année 2018, auréolée notamment d’une participation aux championnats d’Europe élite début août à Berlin, sur le 4 x 400 m.

Volery lâché par ses jambes sur 5000 m

Figurant parmi les régionaux «médaillables» à Aarau, Yan Volery a dû déchanter samedi sur le 5000 m. Une épreuve que le Bullois a terminée en 9e position, loin de son objectif de podium. «C’est clairement une déception, accorde le Bullois de 19 ans, qui aurait dû courir en 14’52 pour se parer de bronze. Ce chrono n’est pas irréalisable. Mais hier (samedi), je n’avais simplement pas les jambes pour le faire.» Au Schachen, dans une course ultrarapide enlevée en 14’20, l’espoir gruérien n’a guère eu le temps de rêver. «J’ai remarqué assez tôt que je n’étais pas aussi “facile” que d’habitude. C’était vraiment dur. Sur les deux derniers kilomètres, j’avais juste envie de sortir à chaque tour.» Au courage, Yan Volery a terminé son pensum en 15’19, loin de son record personnel (14’59) signé fin août à Bulle. «Ça fait mal, mais ça fait partie du sport. On ne peut pas toujours être en forme et je continue d’apprendre.» QD

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