La professionnalisation validée contre l’avis de l’Exécutif

jeu, 11. oct. 2018

Par SOPHIE ROULIN

Un Exécutif à cinq élus. C’est le choix qu’a fait lundi le Conseil général, à 26 voix contre 23. Bien que le Conseil communal ait martelé sa ferme opposition à cette proposition, le Législatif a accepté un postulat déposé en décembre par le groupe PS-Les Verts menant de fait à une professionnalisation. Un silence presque embarrassé a suivi l’annonce du résultat de ce vote. Il a fallu attendre d’être sous la coupole de l’Hôtel de Ville, après la séance, pour voir des manifestations de joie et des mines déconfites.

Jusqu’à la discussion qui a précédé la décision, le PLR et le PDC n’avaient pas dévoilé leur position, laissant planer le doute. Alors que beaucoup pensaient qu’ils laisseraient à leurs représentants la liberté de vote, ces deux partis ont donné des mots d’ordre clairs: non pour le PLR; oui pour le PDC. C’est donc ce dernier qui a fait pencher la balance avec ses 8 votes favorables.

«Nous avons soutenu la professionnalisation plutôt que le postulat du PS, commente Baptiste Pasquier, chef du groupe PDC. Nous aurions aimé une discussion plus ouverte, mais le Conseil communal est resté bloqué sur ses positions.» Le PDC a donc pris des renseignements ailleurs, a rencontré des membres d’exécutifs professionnels d’autres communes. «Au final, une partie de notre groupe était favorable et l’autre mitigée, mais personne n’était contre, explique Baptiste Pasquier. D’où notre vote en bloc. Si la décision est restée secrète, c’est pour éviter les pressions extérieures.»

Il était trop tôt pour le PLR

Du côté du PLR, la décision de lundi est loin d’apparaître comme une catastrophe. «Tout n’était pas blanc ou noir pour nous, note Eric Gobet, chef du groupe. De longues discussions ont mené à notre prise de position.» Parmi les arguments: une croissance démographique moins rapide qu’imaginé en 2012, la perspective éventuelle d’une fusion des communes à l’échelle du district et le fait que six nouveaux conseillers communaux siègent à l’Exécutif.

«Nous étions convaincus qu’il était trop tôt pour procéder à ce changement, ajoute Eric Gobet. Les arguments ont été donnés et le débat a eu lieu. Mais nous ne souhaitions pas que cette décision soit politisée de la sorte.» Et d’y lire un opportunisme politique de la part du PS. Ce que nie ce dernier: «Notre but était de faire avancer ce dossier, relève Martin Rauber, chef du groupe PS-Les Verts. Il n’y avait rien de partisan dans notre démarche.»

Pour Martin Rauber, le Conseil général a pris ses responsabilités. «L’importance et la qualité du travail réalisé par l’Exécutif actuel ont été relevées. Mais on peut faire mieux avec des élus qui s’investissent à 100% pour la commune, sans avoir d’autres préoccupations professionnelles en tête.» A l’opposé de l’échiquier politique, l’UDC était fermement opposée à une professionnalisation. «Avec neuf élus, nous estimons que la représentation des forces est meilleure, commente Christophe Monney, chef de groupe. Il est important que chaque parti ait un relais à l’Exécutif. Nous le constatons à chaque dossier depuis que nous avons un élu.»

De l’avis de tous les partis, la recherche de candidats pour ces cinq sièges professionnels sera un vrai défi. «Les attentes seront plus élevées envers des professionnels qu’envers des miliciens», souligne Martin Rauber. Compétences, expérience, vision politique sont énumérées. Une grande responsabilité pour les partis, avec un risque pour l’UDC de perdre son représentant.

1562 signatures à récolter

Comme annoncé durant les discussions, l’UDC est donc en train de se préparer à récolter les 1562 signatures nécessaires
– 10% des citoyens bullois – pour faire valoir le droit de référendum sur cette décision. Elle aura jusqu’au 12 novembre pour les réunir. Si elle y parvient, la commune aura ensuite 180 jours pour organiser la votation. «Elle pourrait avoir lieu en même temps que les votations fédérales du mois de mai», indique Alain Sansonnens, chargé de communication de la commune. «Le PLR a été contacté pour voir si nous pouvons mener ensemble cette action», précise Christophe Monney. Le comité du PLR bullois se réunira en fin de semaine pour en débattre.

Quant au syndic Jacques Morand, qui a défendu avec conviction la position du Conseil communal, il prend acte: «Le Conseil général a une idée qu’il croit bonne. J’espère qu’il ne se trompe pas.» Il ne craint pas une réorganisation: «L’administration fonctionne bien et constitue une base solide. Il faudra cependant davantage d’espace pour loger tout le monde.» L’Exécutif travaille actuellement sur la rénovation du bâtiment que quittera bientôt Postfinance, à la rue du Château-d’En-Bas. Avec le référendum annoncé, aucun scénario ne sera écarté dans le réaménagement de ce lieu. ■


«Un pas courageux et lucide»

Le seul exécutif communal professionnel du canton est celui de la ville de Fribourg. Ancien syndic, le président du Conseil national Dominique de Buman (pdc) parle de la transition dans la capitale.

Dominique de Buman, comment jugez-vous la décision du Conseil général de Bulle?

Le Conseil général a fait un pas courageux et lucide. La tendance dans la gestion des villes et des cantons va clairement vers une certaine professionnalisation.
D’une part parce que le volume des affaires a toujours tendance à augmenter, dans les grandes comme dans les petites communes. D’autre part, à cause de la complexification des dossiers, qui nécessitent davantage de suivi, des séances complémentaires, des auditions…

Bulle n’est-elle pas trop petite pour un exécutif professionnel?

En 1966, quand Fribourg avait professionnalisé partiellement son Exécutif, avec trois conseillers permanents et six à temps partiel, la ville comptait 35 000 habitants. Vu que les problèmes se sont compliqués et qu’ils ont augmenté, Bulle est actuellement dans la même zone, avec près de 23 000 habitants. Quand on admet l’idée d’une professionnalisation, une deuxième question se pose: est-ce que l’on choisit un système mixte ou un système monolithique? Pendant quarante ans, Fribourg a eu un système mixte.

Il a fallu passer par une initiative populaire pour que cela change en 2001. Une initiative du PDC et des radicaux, avec le soutien du Conseil communal mais pas du Conseil général…

On constatait que le système s’essoufflait. L’initiative a passé le cap populaire très largement, avec plus de 60%. Après, le règlement d’application n’a pas été attaqué par référendum. Parce qu’il y avait eu une décision populaire et que nous avions été très raisonnables sur les salaires. Ce qui coûtait un peu plus cher, en termes de prévoyance, était économisé dans la rationalisation des administrations.

Le Conseil communal bullois estime pourtant que la professionnalisation mènera à une administration plus coûteuse…
Il faut toujours avoir la modestie des comparaisons. Il n’y a jamais deux situations identiques et, à Fribourg, nous avions déjà trois permanents. Néanmoins, lorsque les conseillers communaux ne sont que partiellement aux affaires, il faut davantage d’appui administratif.

La professionnalisation ne ferme-t-elle pas la porte de l’exécutif à ceux qui ont peur pour leur carrière?

Il faut être raisonnable dans les salaires, mais moderne au niveau de la prévoyance professionnelle. Pour permettre à un membre de l’exécutif de venir d’un autre métier et, respectivement, de partir vers un autre métier. C’est très important pour l’attractivité de la fonction.

Si le nombre de conseillers communaux se réduit, l’élection devient plus personnalisée. Cela force l’augmentation des profils, davantage «exécutifs» et entrepreneuriaux. Mais je n’ai jamais vu une société où des postes à plein temps n’attiraient personne. Il ne manque pas de candidats pour les préfectures, même dans les petits districts. On trouve toujours des gens qui aiment la chose publique sincèrement.

Si votre travail dépend de votre réélection, êtes-vous vraiment indépendant et tourné vers le bien public?

L’argument est juste. Mais il est réversible. Si vous n’êtes pas à plein temps, vous êtes sensible au lobby des activités que vous exercez à côté de la politique.

Tous ces arguments sont éculés. On les avait déjà entendus à Fribourg, où personne ne reviendrait en arrière. Du moment que l’Exécutif bullois n’est pas très chaud pour la professionnalisation, il faut bien qu’il trouve des arguments pour n’être pas très chaud. XAVIER SCHALLER


Connaître l’avis des Bullois sur l’idée d’un parking

Le PLR va lancer une initiative populaire concernant un projet de parking souterrain dans l’hypercentre bullois. «Si on veut inviter des visiteurs en ville, on doit pouvoir leur offrir des places de stationnement, même lors des manifestations», a avancé Valérie Schmutz, au nom du groupe PLR, lundi soir dans les divers de la séance du Conseil général.

Un groupe de travail est en cours de formation. Il planchera sur le texte de l’initiative. «Nous allons prendre toutes les précautions nécessaires pour qu’il soit recevable», souligne Eric Gobet, chef du groupe PLR. En 2011, le Parti socialiste s’était vu invalider par le Législatif son initiative pour une Grand-Rue piétonne.

«Notre objectif est d’avoir l’avis de la population, poursuit le chef de groupe. Nous voulons savoir si c’est bien là que nous devons mettre de l’énergie.» Car un tel projet sera forcément coûteux et de longue haleine compte tenu du contexte construit et historique du centre-ville. «Avoir un soutien populaire donnerait aussi du poids à ce projet dans les démarches à entreprendre auprès des services cantonaux», ajoute Eric Gobet.

Au-delà du parking, c’est l’aménagement de la place du Marché qui est envisagé. «Quand on voit cette place avec toutes ces voitures, on se dit qu’une autre valorisation est possible, note Eric Gobet. Plus accueillante au quotidien, elle permettrait aussi d’organiser plus facilement des événements et des manifestations.» Et de rappeler qu’une fête comme celle des fifres et tambours de cet été a eu des conséquences négatives pour les commerces du centre, rendus difficiles d’accès.

Le PLR espère avancer assez vite avec son initiative, mais n’a pour l’heure pas fixé d’agenda précis pour son dépôt.

Au cours de la séance, le Conseil général a aussi accepté le règlement scolaire – qui mènera notamment à la création d’un conseil des parents – et a approuvé les nouveaux statuts du Réseau santé et social de la Gruyère. En revanche, il a refusé par 26 voix contre 23 de transmettre un postulat du groupe UDC demandant une étude détaillée du fonds de pension de la ville. SR

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