«Un coin du cerveau est toujours branché au club»

jeu, 10. Jan. 2019

PAR QUENTIN DOUSSE

 

Qui baigne dans le monde athlétique du Sud fribourgeois a forcément déjà entendu son nom. André Pittet trimballe ses baskets depuis cinq décennies maintenant. Pour sa gouverne, mais pas seulement. Le coureur lambda intègre – à 18 ans déjà – le tout premier comité du Club sportif de la vallée du Flon (CSVF). Après quelques années de secrétariat, puis plusieurs autres comme simple membre, André Pittet reprend en 2005 la présidence du club veveysan. Ne comptez toutefois pas sur lui pour se lover dans sa fonction ou dans son canapé. Cet habitant du Crêt reste un coureur avant tout. «La course à pied est pour moi la meilleure thérapie. Tant que je garde cette même forme, je n’envisage pas ma fin de carrière», sourit l’homme de 57 ans, fidèle parmi les fidèles de la Coupe fribourgeoise notamment. S’il tient à participer à une trentaine de compétitions chaque année, c’est évidemment par «amour des gens et de ce sport initié par le grand frère à six ans». Mais surtout pour entraîner les membres dans son sillage. «S’engager à fond fait partie de mon caractère. En tant que président, je ressens ce besoin de montrer l’exemple, de montrer aussi qu’on peut aller loin avec le plaisir.» Ce bon vivant ne force pas le trait. Lorsqu’il nous emmène sur ses sentiers d’entraînement, au-dessus des Ecasseys, le Veveysan (re)vit. «Je me sens vraiment bien sur ces chemins, souvent empruntés avec le club. C’est là que je me ressource. Même l’été, après une pénible journée de travail sur un toit, j’aime partir courir dans ces forêts. D’un coup, je ne ressens plus la fatigue», confie le charpentier.

Attaché à «sa» vallée

André Pittet, on le disait, est essentiellement un homme de club. Qui aime «discuter et consulter l’autre avant de décider». Qui aime aussi «les choses bien et rapidement faites», acceptant même d’être qualifié d’impatient. «Un coin de mon cerveau est toujours branché au club. En dehors des comités, j’ai tous les jours une petite pensée pour le CS», glisse celui qui dispense occasionnellement certains entraînements. Le quinquagénaire est également intimement lié au Trophée, la course annuelle du CS vallée du Flon. Parmi les cadets au départ de l’édition inaugurale, en 1977, André Pittet s’occupe aujourd’hui du parcours et de la «chasse aux prix». Tout en courant l’épreuve, évidemment. «J’ai vécu avec les anciens et cela me tient à cœur de poursuivre le travail qui a été entrepris.»

Ce père de deux filles (22 et 26 ans) a plus que jamais trouvé son petit univers. «Le club permet de créer des liens d’amitié tout en courant, de parler de ses problèmes et de s’en débarrasser également. On vit des moments extrêmement forts.» Il rêve désormais d’inculquer son esprit corporatiste à la nouvelle génération. «J’essaie de transmettre mon attachement et cette volonté de prendre des responsabilités.
Un défi comme président. Car les jeunes ont plein d’énergie et de capacités, mais moins l’envie de s’engager. C’est un souci pour l’avenir. Car si tout le monde met la main à la pâte, notre club reste petit (n.d.l.r.: 100 membres, dont 35 actifs) et comprend finalement peu de jeunes. On a besoin de la relève.»

Pour la pérennité du club

Son appel ne s’apparente pas à une leçon de morale. Plutôt à une mise en garde visant la pérennité du CS vallée du Flon. «Mon souci est de ne pas laisser tomber ce club. Lorsque j’ai repris la présidence en 2005, je n’avais pas fixé d’objectif de durée. Je suis simplement resté pour l’ambiance qui règne. Quand mon activité au club deviendra un poids, je partirai. Je serai même fier de laisser ma place à une personne motivée.» D’ici là, il continuera à faire ce qu’il aime par-dessus tout: courir. «Pour le plaisir et pas seulement contre le chronomètre, rappelle celui qui s’entraîne trois fois par semaine. Aujourd’hui, si une course se passe moins bien, je relativise. Car j’ai surtout la chance d’avoir la santé.» Le Veveysan parle en connaissance de cause. Longtemps épargné par les blessures, il est atteint en 2012 – peu après avoir participé au marathon de Berlin – du syndrome de Guillain-Barré. «Un dérèglement du système immunitaire qui paralyse les bras et les jambes, apprend le concerné. Ça fait peur. Heureusement, cela se guérit avec le temps. J’ai dû réapprendre à marcher. Il m’a fallu une année pour m’en remettre. J’ai gardé un moral d’acier. Car il a toujours été clair que je reviendrais pour remettre un dossard.» André Pittet s’interrompt un instant, avant de reprendre. «Se lever le matin et pouvoir aller courir, c’est le plus beau cadeau que je puisse recevoir.» ■


L’huile d’épinette, son secret de coureur

Une date
14 août 2016. «J’ai pris une quinzaine de fois le départ de Sierre-Zinal (n.d.l.r.: une course de montagne de 31 km). Mais, cette année-là, je suis monté sur le podium de ma catégorie M50 (3e en 3 h 24). Même si je n’avais pas battu mon record, ce moment sur la scène à la remise des prix était grandiose. J’ai ressenti beaucoup d’émotion. Ces instants, je les ai gardés en mémoire.»

Un objet
La malette présidentielle. «J’emporte toujours ma petite valise brune. Elle me sert de point de repère. A l’intérieur se trouvent mes dossiers vérifiés, les règlements de la Coupe ou encore les factures du club. J’ai aussi une quinzaine de stylos, même si j’utilise toujours le même...»

Un rituel
L’épinette sur les jambes. «Avant chaque compétition, je regarde à deux fois que j’ai pris mes deux paires de chaussures, celles pour l’échauffement et celles pour la course. Autre rituel: je me mets toujours de l’huile essentielle d’épinette sur les cuisses. C’est mon habituel massage antidouleur avant le départ.» QD

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