Château-d’Œx célèbre les vingt ans d’une épopée

sam, 26. Jan. 2019
Il a fallu attendre 1999 pour voir se réaliser le premier tour du monde en ballon sans escale. A bord du Breitling Orbiter 3 (ici au-dessus des Alpes), Bertrand Piccard et Brian Jones ont réussi cet exploit, après vingt et un jours de vol, au départ de Château-d’Œx. BREITLING

Le Festival international de ballons de Château-d’Œx débute ce samedi et durera jusqu’au dimanche 3 février.

Bertrand Piccard et Brian Jones y seront à l’honneur: leur tour du monde en ballon sans escale fête ses 20 ans.

Un vol commémoratif, une conférence et une compétition sont au programme.

SOPHIE ROULIN

«Bertrand Piccard et Brian Jones ont réussi la dernière grande aventure humaine de ce siècle», annon- çait en une le journal L’Equipe du 22 mars 1999. Les deux aérostiers venaient de boucler un tour du monde en ballon sans escale. Breitling Orbiter 3 avait quitté Château-d’Œx le 1er mars pour se poser dans le désert égyptien le 21 mars. Le Festival international de ballons, qui débute ce samedi, est l’occasion de célébrer les 20 ans de cette épopée, en présence des pilotes et d’autres acteurs.

Longtemps considéré comme impossible, le rêve est devenu réalité en 1999. L’exploit fait la une du Time, du New YorkTimes, du HeraldTribune et des journaux télévisés. Quand Bertrand Piccard s’était lancé dans le projet Breitling Orbiter, le ballon qui avait volé le plus longtemps n’avait tenu en l’air que six jours. Il lui faudra trois tentatives, en janvier 1997, février 1998 et janvier 1999, pour boucler ce tour du monde.

Avec un coup de poker incroyable au 17e jour: alors que le Breitling Orbiter 3 s’est fait éjecter du jet-stream en direction du Venezuela, Bertrand Piccard tente le tout pour le tout et décide de monter le plus haut possible pour retrouver des courants favorables. A 10 500 m, le vent remet le ballon dans la bonne direction et l’entraîne à grande vitesse vers son objectif.

Vingt ans plus tard, quel regard jetez-vous sur cette aventure que fut le tour du monde en ballon?

Bertrand Piccard. Je garde le souvenir d’un décollage fantastique à Château-d’Œx, dans une ambiance merveilleuse, un très beau moment. Evidemment, on était encore plein de doutes, puisqu’on avait déjà échoué deux fois et on ne savait pas si on allait réussir. Mais la troisième fois a été la bonne.

Pourquoi aviez-vous fait ce choix de partir précisément du
Pays-d’Enhaut?

C’est vrai que Château-d’Œx n’est pas sous les jet-streams. Mais, comme j’étais venu à chaque édition du Festival de ballons, je m’étais rendu compte qu’il y avait un microclimat qui nous permettait de garantir le gonflage. Ces ballons étaient très grands, très fragiles, très difficiles à gonfler. A Château-d’Œx, il y a toujours un moment dans la nuit où il n’y a plus du tout de vent. En choisissant ce lieu, je voulais garantir le gonflage et le décollage.

Sans compter qu’il y avait tous les spécialistes sur place: l’équipe du centre de ballons, les pompiers, les autres pilotes… Il y avait un soutien très fort de la population, très touchant. C’était peut-être loin des jet-streams, mais c’est de là qu’on a réussi.

Avec le recul, comment percevez-vous cette décision un peu folle que vous avez prise en Amérique centrale?

Je crois qu’on a eu raison, complètement, de mettre toute notre énergie pour aller jusqu’au bout. Si on avait été totalement raisonnables, on se serait arrêtés au Mexique. Et vingt ans après, je regretterais encore de ne pas avoir essayé. Dans un cas comme ça, il faut aller jusqu’au bout. Sans risquer sa vie, bien sûr, mais là on était suffisamment équipés pour survivre en cas d’amerrissage. Donc ça valait la peine de tout tenter. Je n’ose pas imaginer à quel point je regretterais aujourd’hui si on ne l’avait pas fait. Mais c’est vrai qu’il restait 40 kilos de propane liquide sur les 3700 kilos de départ. C’était juste ce qu’il fallait!

Que reste-t-il aujourd’hui de cette épopée? A-t-elle permis des avancées technologiques?

Il reste les programmes météorologiques qui ont été vraiment affinés grâce à ce tour du monde. Notamment le modèle météo de l’Institut royal de Belgique. Il avait été mis au point à l’époque de l’accident de Tchernobyl pour prédire les retombées de particules radioactives. Ensuite, il a été développé et affiné durant les tentatives de tour du monde de Breitling Orbiter 1, 2 et 3. Il est devenu un modèle parfaitement établi qui a été offert par la Belgique à l’Organisation météorologique mondiale et qui est maintenant intégré à tous les modèles de prévisions météo.

Il y a aussi vos actions au niveau humanitaire…

En effet, ce vol et ce succès nous ont permis de récolter des fonds pour créer la Fondation Winds of hope, qui lutte contre la maladie du noma dans les pays les plus pauvres. On a mené beaucoup d’actions de soins, de prévention, de détection précoce, d’éducation des agents de soins dans les régions subsahariennes. Ces actions se poursuivent avec d’autres levées de fonds. Et l’autre retombée importante de Breitling Orbiter, c’est Solar Impulse.

Qui est une suite logique du tour du monde en ballon?

Complètement, oui. Pour monter un projet nouveau et pour décrocher des fonds, il faut de la crédibilité, il faut être connu. C’est Breitling Orbiter qui m’a donné la possibilité de trouver des soutiens politiques, financiers, industriels et technologiques.

Est-ce qu’on vous parle encore souvent de ce tour du monde ou est-ce que Solar Impulse lui a volé la vedette?

Non, le tour du monde en ballon a beaucoup plus marqué le public. On avait reçu des centaines de dessins d’enfants. Des classes nous avaient suivis à travers des cours de géographie et de physique. C’était une aventure beaucoup plus poétique. Entre rêve et romantisme. Solar Impulse était très technologique, avec beaucoup de procédures, de certifications, de contrôles administratifs, de sécurité. On n’était pas maîtres de l’entier du projet. Il avait cependant un côté beaucoup plus utile.

Et il le reste aujourd’hui?

Oui, parce que la suite se veut aussi très utile avec la Fondation Solar Impulse. Elle vise à sélectionner 1000 solutions financièrement rentables pour protéger l’environnement. ■


Ballons plus écolos en compétition

Le coup d’envoi du 41e Festival international de ballons de Château-d’Œx est donné ce samedi. Septante pilotes de 15 pays participent à ce grand rendez-vous du monde aérostier. Ensemble, ils célébreront le 20e anniversaire du tour du monde en ballon sans escale réalisé en 1999 par Bertrand Piccard et Brian Jones. Ils décolleront d’ailleurs avec une copie miniaturisée du Breitling Orbiter ce samedi à 11 h 45. Puis, les deux pilotes et d’autres acteurs de cet exploit donneront ce soir une conférence souvenir, à 18 h 30.

Ce n’est pas le seul hommage que le festival rendra à cet événement marquant et à ses protagonistes. En leur honneur, une nouvelle épreuve est en effet inscrite au programme du festival: le Piccard-Jones Eco Trophy. Il s’agit d’une course ouverte à la nouvelle génération de ballons, qui disposent d’une double enveloppe et qui sont plus performants et moins gourmands en gaz. «Ces écoballons peuvent, selon les conditions météorologiques et les paramètres du vol, rester en l’air jusqu’à quatre fois plus longtemps», précisent les organisateurs dans leur communiqué.

Le Piccard-Jones Eco Trophy reprend le règlement de la Coupe David Niven, créée en 1979. Ces deux courses se dérouleront entre lundi et jeudi, selon le meilleur créneau de vol. Avec un même objectif: parcourir la plus longue distance possible au départ de Château-d’Œx.

Mercredi après-midi sera, selon la tradition, consacré aux enfants. Pour la première fois, le lâcher de ballons de baudruche sera remplacé par le lâcher de plusieurs ballons en papier de soie. «Avec la volonté de sensibiliser le jeune public à la cause environnementale et de les faire participer à un projet commun», soulignent les organisateurs.

Envol de formes spéciales, shows aériens et démonstrations de parapentes et de parachutes sont au programme des deux week-ends de la manifestation. Point d’orgue du festival, le spectacle son et lumière se tiendra vendredi 1er février, à 18 h 58. SR

Château-d’Œx, terrain de la halle Landi, du 26 janvier au 3 février. www.festivaldeballons.ch

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