D’Enney au pas de la porte du pape François, au Vatican

jeu, 10. Jan. 2019

PAR VALENTIN CASTELLA

GARDE SUISSE. «Barack Obama a toujours l’air à l’aise, décontracté. Mais, lorsqu’on l’a escorté jusque devant le pape François, je l’ai senti tendu, presque impressionné par l’endroit et le protocole.» Peu de personnes en Gruyère, en Suisse ou même dans le monde, peuvent se targuer d’avoir accompagné l’ancien président américain devant le souverain pontife. Didier Grandjean, lui, le raconte sans aucune gloire. Il a juste rempli sa mission, celle de garde suisse.

Aujourd’hui vice-caporal de la force militaire du Vatican, celui qui a grandi à Enney a rejoint la Cité en 2011. Près de huit ans plus tard, l’ancien paysagiste est adjoint au porte-parole de la Garde suisse. Communiqués de presse, relations avec les médias, réseaux sociaux, vidéos promotionnelles: Didier Grandjean est chargé de la gestion de l’image de la plus petite armée du monde créée en 1506. Lors de la venue du chef de l’Eglise catholique romaine à Genève l’année dernière, par exemple, c’est lui qui était sur le devant de la scène et même en studio pour commenter son arrivée en Suisse sur la RTS.

Un travail «très intéressant» qui n’occupe toutefois pas l’entier de son temps. «Nous ne pouvons malheureusement pas être très réactifs au niveau de la communication, car nous devons également accomplir notre devoir de surveillance.» Comme tous ses camarades, le Gruérien de 29 ans doit s’acquitter de la sécurité de l’ancien archevêque de Buenos Aires. «Des gardes sont placés aux différentes entrées du Vatican, devant le palais apostolique et l’entrée de l’appartement du Saint-Père. J’occupe d’ailleurs ce dernier poste plusieurs jours par semaine. Ce qui me permet d’entretenir un contact régulier avec le pape François. Un homme très simple qui instaure toujours un petit dialogue.» En décrivant son patron, Didier Grandjean tient aussi à corriger l’image de Benoît XVI. «Bien sûr, il était moins chaleureux, mais il avait un grand respect pour notre fonction.» Une fois par semaine, le vice-caporal se retrouve donc à surveiller l’appartement de l’un des hommes les plus importants du monde. «C’est parfois assez particulier, car il est le premier pape à habiter dans la Résidence Sainte-Marthe, à côté de la basilique Saint-Pierre. Il n’a pas voulu, comme ses prédécesseurs, investir le palais du Vatican. Du coup, la gestion de la sécurité est plus complexe. Il aime le contact avec les gens et il se retrouve parfois dans l’ascenseur avec d’autres personnes. Certaines, qui ont toutefois été autorisées à entrer dans la résidence, se trompent même d’étage et débarquent devant sa porte.»

Une sécurité renforcée

Une ouverture qui détonne à l’heure des menaces terroristes… «Un plan militaire a été instauré après les attentats de Paris en 2015 et la gendarmerie italienne est en contact régulier avec Interpol. Toutes les informations nous sont ensuite transmises. Lorsque je suis arrivé en 2011, nous effectuions moins de surveillance. Cette année, à l’occasion de la fête de Pâques, nous attendons 100 000 personnes. Et toutes seront contrô lées.»

Une ouverture au monde

Le vice-caporal a-t-il déjà fait face à des menaces? «Disons qu’avec le pape François, nous devons davantage gérer le surplus d’affection des gens qui sortent des allées pour tenter de l’embrasser. Et lui-même s’arrête parfois sans prévenir pour rencontrer les fidèles. Sinon, je n’ai jamais vraiment ressenti de craintes. Mais nous sommes toujours prêts à donner notre vie pour sa protection.» La durée minimale d’un séjour au Vatican est de vingt-six mois. Didier Grandjean, quadrilingue, a déjà passé plus de sept ans à l’ombre de la basilique Saint-Pierre. Si son grade lui permet aujourd’hui de bénéficier d’une chambre individuelle dans la caserne, le Gruérien vit sans luxe. A l’image des repas, toujours pris en commun ou des sanitaires, qu’il partage également.

Une vie militaire qu’il n’a jamais regrettée. «J’ai découvert ce que signifiait la fraternité. Entre les gardes règne la camaraderie. J’officie dans un contexte international qui m’a permis de m’ouvrir au monde. Avant, je ne connaissais pas grand-chose à part Enney. Grâce à ce travail, j’ai croisé de nombreuses personnalités, comme Merkel, Trump, Hollande, Macron ou les présidents suisses. J’ai aussi vécu de l’intérieur la première dé- mission d’un pape et l’élection du suivant, en 2013. Le monde avait les yeux rivés sur le Vatican. C’était incroyable. Et puis, Rome est un musée à ciel ouvert et je vis entre les murs de monuments chargés d’histoire.»

En voyage avec le pape

Didier Grandjean évoque également les voyages qu’il a entrepris avec l’Argentin. Le Chili, la Lituanie, et les Emirats arabes unis dans quelques semaines. «A chaque fois, nous nous rendons dans le pays quelques jours avant l’arrivée du Saint-Père, afin d’effectuer un repérage. Puis, nous suivons le cortège et sommes présents en civil lors de toutes ses activités. Les responsabilités sont grandes. On doit savoir ce qu’on fait, être sûr de soi. Personnellement, cette aventure m’a changé. Elle m’a permis de prendre confiance en moi.» ■


Pas une troupe de parade

Créée en 1506 par le pape Jules II, la Garde suisse est aujourd’hui composée de 110 Helvètes. Des hommes qui ont tous dû terminer leur école de recrues et une formation professionnelle. Vêtus de leur traditionnel uniforme style Renaissance, ils font partie du décor du Vatican. Ne sont-ils d’ailleurs plus qu’une troupe de parade? «Non, pas du tout, rétorque Didier Grandjean. Malgré son côté traditionnel, la garde pontificale est à jour au niveau des technologies. L’uniforme complet est surtout utilisé pour le service d’honneur. En coulisses, la plupart assurent la sécurité en civil, avec une arme.»

Un recrutement moderne

Il poursuit: «Le pape François doutait de l’utilité de la Garde suisse à son arrivée au Vatican. Ce n’est plus le cas. Une nouvelle caserne va d’ailleurs être construite, les effectifs vont prochainement augmenter et nous accompagnons désormais le pape lors de ses voyages en Italie. Ce qui n’était pas le cas auparavant.» Si l’Argentin soutient sa garde, les Suisses sont-ils toujours attirés par la fonction? «Cela va être difficile de recruter plus de 110 personnes à l’avenir. Mais nous essayons de convaincre nos futurs camarades grâce à une plus importante présence sur les réseaux sociaux en partageant notre quotidien et en publiant des vidéos promotionnelles.»

Des éventuels héritiers des célèbres guerriers helvètes qui doivent, en plus des conditions citées précédemment, fréquenter l’église souvent. «Disons qu’il est difficile d’exercer cette vocation et de se donner corps et âme pour quelqu’un sans croyance.»

Une foi qui peut être mise à mal par les innombrables scandales qui assombrissent l’image de l’Eglise… «Ces actes sont impardonnables et je les condamne, évidemment. Mais les croyances passent au-dessus de ces faits et je suis heureux que le plus haut représentant de l’Eglise soit un homme intègre.» VAC

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