L’implacable retour à la réalité pour les communes glânoises

mar, 22. Jan. 2019

PAR VALENTIN CASTELLA / CLAIRE PASQUIER

«Les communes ont profité de ce cadeau durant une décennie. Mais elles savaient qu’un jour la situation reviendrait à la normale.» Le préfet de la Glâne Willy Schorderet résume bien la situation que vivent aujourd’hui les édiles de son district.

Durant onze ans, de 2005 à 2016, Rolland-Yves Mauvernay, aujourd’hui décédé, a fait profiter toute une région de sa fortune. A la tête d’un patrimoine évalué à plusieurs centaines de millions de francs, l’ancien citoyen de Prez-vers-Siviriez, a fait de la commune de Siviriez l’une des plus riches du canton. Ce qui a permis à ses voisines de voir leurs contributions au district fortement diminuer.

Aujourd’hui, cette parenthèse dorée est terminée et la clé de répartition a retrouvé son équilibre. Non sans conséquence. Romont a par exemple vu sa participation aux charges du district augmenter de 3,5% (voirtableauci-dessous). A Ursy, le montant des charges a pris l’ascenseur entre 2018 et 2019 (450 000 francs). Les communes ont-elles profité de «L’effet Siviriez»? Le retour à la réalité est-il douloureux? Tour d’horizon.

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Durant onze ans, Siviriez a assumé en moyenne 25% des charges liées du district (en début d’année, la commune a vu son taux redescendre à 9%). Une aubaine pour les autorités voisines, qui ont investi ou amorti. A Montet par exemple, «l’effet Siviriez» a notamment contribué à la rénovation du bâtiment scolaire (800 000 francs) et à la construction d’une salle communale (1,8 million). Du côté d’Ursy, le syndic Philippe Conus reconnaît que «les budgets de ces dernières années ont été moins difficiles à établir». A Romont, le syndic Dominique Butty constate que cette situation a «permis d’équilibrer le ménage communal et de ne pas augmenter le taux d’imposition».

Selon Willy Schorderet, les communes ont bien géré cette période, notamment en raison d’une planification financière à l’échelle du district établie sans l’apport du fameux contribuable. «Lors de chaque réalisation d’infrastructure, nous avons toujours calculé les parts des communes en prenant en compte la situation “normale” de Siviriez, soit de 9%.» Un tableau relatant toutes les charges allant jusqu’en… 2055 a d’ailleurs été envoyé aux communes. Ces dernières étaient donc averties.

AUJOURD’HUI

Si elles étaient conscientes que cette parenthèse prendrait fin en 2019, la plupart ont accusé le coup en fin d’année lorsqu’il a fallu établir les budgets. Contrairement à Billens-Hennens qui a diminué son taux d’imposition, Massonnens et Ursy qui ont affiché un excédent de produits, beaucoup ont annoncé un déficit ou augmenté les impôts. «Nous y avons été contraints afin de ne pas nous situer dans les chiffres rouges», confirme le syndic de Montet Jean-Louis Demierre.

Un grand écart couplé à un important «cycle d’investissements», ajoute Philippe Conus. Le CO, les EMS de Siviriez et de Vuisternens-devant-Romont, la petite enfance: les défis ne manquent pas. Au terme de son assemblée communale, le syndic d’Auboranges Christophe Jaccoud parlait «d’explosion des charges liées (n.d.l.r.: district et canton)». Pour la commune de 280 habitants, elles représentent 88% des charges totales.

Certaines n’ont pas pu effectuer de grosses provisions. «Nous étions prêts, mais c’est difficile de mettre de côté», partage le syndic de Mézières Jean-Claude Raemy. Sa commune enregistre une hausse de 180 000 francs de charges au budget 2019, «en lien avec la situation de Siviriez». A Romont, le Conseil communal, qui a vu la contribution du chef-lieu augmenter de 737 000 francs en une année, a dû «trouver d’autres solutions et serrer les boulons, tant au niveau des investissements que du fonctionnement», explique Dominique Butty.

Les grandes communes ontelles davantage subi que leurs voisines? «Non, car la clé de répartition tient compte de leur population (40%) et de leurs capacités financières (60%)», indique Willy Schorderet.

DEMAIN

Davantage de charges et des investissements importants: les budgets ont été difficiles à boucler en 2019 et il est probable que certaines communes augmentent les impôts dès 2020 pour passer ce cap délicat qui durera quatre ou cinq ans. A Mézières, on surfe sur la limite de 5% de dépassement. «Cela fait plusieurs années que l’impôt est à 93 centimes. On est à 4% de la limite», conclut Jean-Claude Raemy. ■


Une dette par habitant positive

Après avoir été l’une des communes les plus riches du canton, Siviriez est désormais une bourgade de 2200 habitants (presque) comme les autres.

Comment se porte votre commune aujourd’hui?

René Gobet, syndic de Siviriez: Aujourd’hui, notre dette par habitant est positive! Et nous avons 10 millions de francs de côté pour notre projet de centre sportif, accepté en décembre par l’assemblée communale (n.d.l.r. La Gruyère du 22 décembre 2018).

Qu’avez-vous fait des rentrées d’argent durant ces onze années exceptionnelles?

Nous avons pu baisser nos impôts jusqu’à 65 centimes et la contribution immobilière à 1‰. Nous avons notamment effectué des amortissements extraordinaires, épongé notre dette, investi dans les routes et construit un nouveau bâtiment communal. Comme les clés de répartition se basent sur les exercices comptables d’il y a trois ans pour le district et cinq ans pour le canton, le Service des communes nous a autorisés à mettre de côté en prévision de notre participation à ces charges-là.

Quelles ont été les conséquences directes au départ du riche contribuable?

Lorsqu’il a quitté la commune en 2016, il a fallu rapidement faire voter une hausse d’impôts. De 70 centimes, ils ont augmenté de 18 points. Nous avons toujours prévenu nos citoyens que le jour où le grand contribuable s’en irait, la hausse serait rapide. Nous ne pouvons pas puiser dans nos réserves pour alimenter le budget de fonctionnement. Désormais notre but est de maintenir le taux actuel.

Christelle Dumas, conseillère communale chargée des finances: Une hausse d’impôts sera inévitable à moyen terme avec ou sans l’aménagement de la zone sportive. Les charges d’exploitation seront principalement couvertes par les locations, ce n’est pas le problème. Mais notre commune n’est pas riche en matière de rentrées fiscales. CP

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