Pas d’avenir pour les remontées sans les canons à neige

mar, 12. mar. 2019

PAR DOMINIQUE MEYLAN

PRÉALPES. Quel est l’avenir des remontées mécaniques fribourgeoises? Une analyse, rendue publique hier, tente de répondre à cette question, alors que les changements climatiques rendent la neige toujours plus capricieuse. Cette branche doit être maintenue et continuer à recevoir un soutien étatique, conclut le très attendu rapport «Préalpes Vision 2030». La situation de Charmey n’a pas été évoquée: elle fera l’objet d’une conférence de presse vendredi.

Les remontées mécaniques génèrent des retombées économiques de quelque 52 millions de francs par année dans le canton. Jusqu’au 28 février, avant même les vacances de carnaval, les différentes stations fribourgeoises ont enregistré près de 300 000 premiers passages. «On ne peut pas dire du jour au lendemain qu’on arrête le ski», estime le président du groupe de travail et directeur de l’Union fribourgeoise du tourisme, Pierre-Alain Morard. Les experts ont donc concentré leurs réflexions sur le maintien d’une exploitation hivernale.

Ce rapport a été commandé par le canton, pour préparer un nouveau cycle d’investissements. Il a été largement pensé et rédigé par les acteurs de la branche. Pierre-Alain Morard se défend pourtant de tout parti pris: «Nous avons voulu amener une vraie radiographie des sociétés de remontées mécaniques. On ne peut pas dire qu’il y avait uniquement des convaincus dans le groupe de travail.»

De la neige en suffisance

Pour conserver une saison hivernale rentable, les stations des Préalpes ne pourront plus se passer de canons à neige, c’est l’une des conclusions du rapport, confirmée par une analyse climatique. Actuellement, même si l’enneigement n’est pas garanti entre Noël et Nouvel-An, les installations de La Berra, de Bellegarde et du Lac-Noir peuvent ouvrir, quand les pentes sont encore vertes chez leurs voisins.

Avec la généralisation de la neige artificielle, le nombre de journées skiables en 2035 pourrait même être supérieur à celui d’aujourd’hui sans enneigement mécanique, estiment les experts. Aux stations toutefois de calculer le coût financier de ces installations et leur rentabilité.

Le rapport propose d’ajouter l’enneigement artificiel au catalogue des infrastructures susceptibles de bénéficier de subventions étatiques. Y figurent également le maintien ou le renouvellement des installations, ainsi que les aménagements de loisirs d’importance, par exemple un parcours VTT ou une via ferrata. La répartition actuelle du financement, avec une participation très importante du canton, n’est pas remise en cause. L’Etat prend en charge 49% de l’investissement, les régions entre 25 et 35%, et les sociétés de remontées mécaniques s’acquittent du solde. Il ne s’agit en aucun cas de subventionner l’exploitation, mais uniquement les investissements. Et pas n’importe lesquels.

Critères restrictifs

Les experts proposent d’introduire une série de critères restrictifs. Les sociétés de remontées mécaniques devront présenter un cash-flow positif, autrement dit une situation financière saine. Ce qui ne devrait pas poser trop de difficultés. A l’exception de Charmey, la gestion des sociétés est globalement bonne, souligne le rapport.

La demande d’investissement devra s’inscrire dans un plan stratégique formalisé. Les stations en sont parfois dépourvues, regrettent les experts. Les remontées devront également prouver qu’elles possèdent une structure organisationnelle apte à gérer ces investissements.

Elles devront appartenir à un pôle touristique et leurs installations seront liées par un contrat de bail conclu avec une société d’économie mixte. Avec ces critères – «difficiles à atteindre, mais objectifs» selon Michel Losey, président de l’association faîtière Remontées mécaniques Alpes fribourgeoises (RMAF) – l’idée est d’éviter une politique de l’arrosoir. «Le soutien sera accordé à des sociétés qui ont de l’avenir», explique-t-il.

Nécessaire diversification

Le potentiel de synergies entre les différentes stations n’est pas suffisamment exploité, déplorent les auteurs du rapport. Pour y remédier, ils proposent la fusion des sociétés Remontées mécaniques fribourgeoises (RMF SA) et Télégruyère SA. A l’échelon romand, un projet comme le Magic Pass est un exemple typique de collaboration qui permet aux remontées de travailler ensemble tout en gardant leur indépendance.

Pour assurer leur pérennité, les stations fribourgeoises doivent diversifier leurs activités, ce point n’est pas contesté. Toboggan, luge, restauration, toutes ces activités contribuent à attirer du monde. Dans ce domaine, le changement climatique peut même être un avantage et favoriser le tourisme estival.

Une réflexion approfondie a déjà été menée sur l’élaboration d’un concept global de VTT dans le canton. «Le succès de La Berra est inspirant», souligne Pierre-Alain Morard. Fribourg dispose de suffisamment d’atouts pour attirer à la fois les familles, les personnes en quête de beaux paysages, les amateurs de sensations fortes et les spécialistes de la discipline.

Débat politique

Ce rapport a été transmis officiellement au canton hier à Pierrafortscha en présence de la presse et des principaux intéressés. Ses recommandations, notamment sur l’attribution de subventions, impliquent une modification de la Loi sur le tourisme. «Le débat aura lieu au Conseil d’Etat, puis au Grand Conseil», commente le directeur de l’Economie, Olivier Curty. Un soutien de l’enneigement artificiel pourrait notamment être difficile à faire accepter politiquement. «Est-ce qu’on investit beaucoup dans les canons à neige ou alors dans un autre produit? Je me réjouis beaucoup de ces discussions», conclut le conseiller d’Etat. ■


«Le problème, c’est le fonctionnement»

Président de La Gruyère Tourisme, le conseiller communal bullois Raoul Girard réagit à chaud à ce document, précisant bien qu’il n’a pas encore pu en lire toutes les annexes.

A-t-on retenu les leçons du débat de 2008 au Grand Conseil, où avait été dénoncée une politique de l’arrosoir?

Raoul Girard. Difficile de le dire pour l’heure car on parle beaucoup, dans ce document, de futurs investissements, et non du fonctionnement des sociétés de remontées mécaniques. Or, c’est toujours le fonctionnement qui leur cause du souci, pas tant les investissements. Car la Gruyère compte trop de remontées mécaniques par rapport à son périmètre.

Pourtant, 18 000 Fribourgeois ont acheté le Magic Pass et 300 000 premiers passages ont été enregistrés dans nos stations jusqu’en février…

Il faut faire la distinction entre tourisme et sport de loisir local. Personnellement, je vois beaucoup plus de gens de la région que de touristes sur les pistes. Le tourisme, c’est certes les remontées mécaniques, mais bien d’autres choses encore.

Les revenus du ski pèsent peu par rapport aux autres activités touristiques?

Le tourisme, ici, c’est surtout un million de visiteurs par an à Gruyères et pas loin d’un million d’entrées payantes entre les Bains de la Gruyère, la Maison Cailler, la Maison du gruyère et le château de Gruyères. Des chiffres phénoménaux.

Le soutien aux remontées mécaniques est disproportionné au vu des retombées des activités de sports d’hiver?

Non, si les sociétés de remontées mécaniques arrivent à assumer les coûts qu’engendreront ces investissements. Mais j’ai des doutes. Car tous les problèmes connus aujourd’hui sont liés au fonctionnement, avec trop de charges à supporter ou trop peu de clients en raison de cette concentration de remontées mécaniques dans un si petit périmètre.

Et que penser de l’absence du scénario d’un renoncement au ski pour explorer des pistes alternatives?

C’est un peu tôt pour abandonner les télésièges que l’on a construits un peu partout dès 2008… Alors oui, il sera toujours plus nécessaire de miser sur les quatre saisons. Surtout que, pour certaines stations, le ski représente un revenu relativement maigre. D’autres, il est vrai, ont adopté un modèle basé sur le ski. Comme Charmey, dont le télésiège ne sert jamais l’été.

Quelles sont les chances d’une telle stratégie devant le Grand Conseil?

Je ne suis plus député, mais les gens ont bien vu les difficultés des remontées mécaniques. Beaucoup m’ont dit que j’avais eu raison, en 2008, d’appeler à renoncer au saupoudrage pour préférer des investissements stratégiques à quelques endroits clés. Sinon, c’est la fuite en avant.

Cet argent pourrait-il être mieux investi, notamment en plaine?

Il existe de nombreux projets très intéressants pour un tourisme quatre saisons en Gruyère. On aura toujours des remontées mécaniques et l’attrait du Moléson, une pièce fondamentale en Gruyère, demeurera. Mais en effet, il faudra aussi se diversifier. JnG

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