Le Ski-club Broc, ce centenaire qui se rattache au ski populaire

jeu, 06. juin. 2019

PAR QUENTIN DOUSSE

A eux trois, ils comptabilisent 53 ans de présidence. Soit plus de la moitié de l’existence du Ski-club Broc, qui fête son 100e anniversaire ce week-end (lire ci-dessous). Un cap pour ce vénérable du ski alpin fribourgeois. A l’invite de La Gruyère, Jean-Claude Clément, Denis Rime et Karine Favre (présidents successifs depuis 1966) se sont retrouvés là-haut, au chalet des Fossalets, fief de la société depuis 1967. Pour se remémorer un siècle de bons (et de moins bons) souvenirs. «On était un peu fous quand même... Des fous comme nous, ils n’en trouvent plus!» lance, mi-hilare, minostalgique, Jean-Claude Clément à ses deux compères. Dans une humeur radieuse, comme la vallée du Motélon en cette matinée, l’actuelle présidente et les deux présidents d’honneur ont raconté «leur» SC Broc. Sans éluder la question de l’avenir, un brin incertain en l’absence aujourd’hui d’un noyau de skieurs-compétiteurs.

À L’ORIGINE, LE «CLUB DES SKIEURS DE BROC»

C’est deux ans après le Ski-club Alpina Bulle, doyen du canton, que naît le «Club des skieurs de Broc». Sous l’impulsion de 17 employés de l’usine Nestlé, aujourd’hui tous décédés. Pas de reliques, malheureusement, de cette assemblée constitutive du 29 octobre 1919. «Le livre contenant les protocoles et le détail de l’historique, depuis la fondation, a été perdu par le secrétaire un soir d’assemblée...», indique l’incollable Jean-Claude Clément, qui a occupé presque tous les postes depuis son entrée au club en 1954.

La société se développe, s’agrandit et se déplace aussi, basant successivement son stamm au 3e des Groins, à la Chaux du Van (vallon du pré de l’Essert) puis aux Fossalets, anciennement le Chalet des Six. En parallèle, plusieurs jeunes Brocois s’illustrent dans les compétitions. Christian Braillard, membre du cadre B de l’équipe nationale, fut l’un des premiers et plus brillants d’entre eux.

Le SC Broc n’a pas traversé que des hivers faciles. «Je me rappelle une année où Swiss-ski, largement déficitaire, réclamait un franc par membre à chaque club. Notre président Raymond Piccand (1948-1964) est allé à vélo à Berne pour s’y opposer. Il était prêt à dissoudre le club pour ne pas payer. On a dû se bagarrer... avant de voter et de finir par cotiser nos 40 francs», raconte Jean-Claude Clément. Par la suite, l’entité brocoise «a bien connu des hauts et des bas, mais pas au point d’être menacée dans son existence», assure Denis Rime.

LES OJ ET LES CAMPS, LIANTS DÉTERMINANTS

Etape importante pour le SC Broc: la fondation de sa section OJ (organisation jeunesse) en 1965. «Le club s’est fait connaître pour ses OJ, poursuit Denis Rime. Je me souviens avoir emmené jusqu’à trente enfants sur certaines courses. On était souvent plus nombreux que les autres clubs. A son maximum, dans les années 2000, Broc comptait 120 OJ (n.d.l.r.: contre une septantaine actuellement).»

La création de la section a été suivie du premier camp, événement réunificateur aux dires des trois Brocois. «C’est aussi la récompense du travail effectué durant l’année», souligne Karine Favre. Organisé traditionnellement entre Noël et Nouvel-An, le camp a rapidement dû quitter les Fossalets, faute de place pour accueillir un mouvement jeunesse en plein essor.

LA COMPÉTITION PRISÉE HIER, DÉLAISSÉE AUJOURD’HUI

Voici tout le paradoxe: jadis «pionnier au niveau de la compétition régionale» (dixit Clément), avec son slalom de Broc, la structure gruérienne n’organise plus de course aujourd’hui et compte sur les doigts d’une main ses skieurs-compétiteurs. «Un club sportif a besoin des deux. Sinon il se meurt», affirme Jean-Claude Clément. Denis Rime, lui, est plus mesuré. «Si la compétition a toujours existé à Broc, on restait à notre place, celle d’un club formateur. Comme président (de 1984 à 2012), je suis venu dans l’esprit d’offrir le ski à un maximum de monde, même aux débutants, pour garder ce caractère populaire», convient le Brocois de 62 ans.

De sa position, Karine Favre observe sans réussir à trancher. «Il est vrai qu’avec davantage de compétiteurs, qui arriveraient en plus à s’illustrer, on pourrait créer un élan et drainer davantage de monde. A mon arrivée en 2012, j’ai d’ailleurs essayé de relancer la compétition, mais cela n’a pas pris. Car le ski se pratique différemment aujourd’hui. Les gens cherchent avant tout le sport loisir.»

UN AVENIR QUI RESTE À DESSINER

Malgré un recrutement – de bénévoles et de jeunes skieurs – devenu «difficile», l’actuelle présidente garde confiance. «Cela fonctionne vraiment par cycle. Mais je ne pense pas que la vie du ski-club soit menacée aujourd’hui.» Et dans cent ans, à quoi ressemblera le SC Broc? Eclats de rire des trois Brocois. «On ne sera plus là pour voir, notre parole est donc libre, plaisante Karine Favre. Tout dépendra de l’enneigement d’abord, puis de la technique. Quelle innovation à succès, comme le ski carving (dans les années 90), arrivera en 2030?»

Si Jean-Claude Clément espère revoir le SC Broc en force dans les classements des compétitions, bien avant le siècle prochain si possible, Denis Rime, circonspect, est persuadé que le ski-club demeurera. «Tout en subissant des évolutions, impossibles à prédire aujourd’hui. Mais il y aura toujours des personnes qui auront envie de se retrouver autour d’un nom, le SC Broc.» Et par là même autour du chalet des Fossalets, ce véritable havre de paix. ■


Un trail autour de la Dent pour le 100e

Après la marche populaire du 50e anniversaire, qui avait rassemblé 800 personnes en son temps autour de la Dent-de-Broc, le Skiclub a remis son idée au goût du jour pour aboutir à la création d’un trail. «Ce projet s’est imposé dès le début, compte tenu du succès de la discipline. On compte actuellement 160 inscrits. On espère atteindre les 200 à 250 samedi, avec les inscriptions enregistrées avant le départ», explique Karine Favre, qui pilote également le comité chargé des festivités.

Le Trail de la Dent-de-Broc s’élancera à 9 h ce samedi depuis la colonie des Eterpaz, à Broc. Direction les gorges de la Jogne, le col des Combes avant de revenir à la plaine des Marches. «Le ravitaillement sera installé aux Fossalets. On tenait à le placer ici pour faire découvrir et pour redynamiser notre chalet», précise encore la Brocoise.

Sur ce parcours aussi sublime qu’exigeant (1225 mètres de dénivelé pour 18 kilomètres), le Gruérien Jérémy Schouwey se présente comme l’un des hommes à battre. Les enfants auront également leurs courses, dès 13 h 15 au départ des Eterpaz toujours.

«On tenait à marquer le coup»

Les festivités se poursuivront dimanche avec le «100 Ski-Challenge», concours par équipes de cinq sur des jeux de vitesse, d’adresse ou encore de stratégie. Il est possible de s’inscrire sur place dès 7 h 30, pour le début des jeux programmé à 9 h. «Cette journée alliant fun et compétition a aussi été mise sur pied pour notre section OJ, qui a eu 50 ans en 2015. Sans vouloir d’une immense fête, on trouvait important de marquer le coup avec ce week-end.» Ainsi le SC Broc fêtera son siècle d’existence: sobrement mais sûrement. QD

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