Un projet à 350 mio de francs et un contrat avec Hyatt

mar, 18. juin. 2019

PAR YANN GUERCHANIK

PONT-LA-VILLE. «Ça fait dix ans qu’on attend ce moment!» Urs Müller ne cachait pas son émotion lundi, au moment de franchir une étape décisive dans l’ambitieux projet immobilier, hôtelier et golfique entrepris par le Golf Resort La Gruyère, à Pont-la-Ville. Et le directeur général de conclure: «Parfois, il vaut mieux attendre pour trouver les meilleurs!»

Lundi devant la presse ainsi qu’un parterre d’invités des milieux politiques, économiques et touristiques, il a présenté les derniers contours d’un projet désormais devisé à 350 millions de francs. Surtout, il a dévoilé le nom de l’acteur chargé de gérer le futur hôtel cinq étoiles, bâtiment amiral du complexe à venir. Il s’agit du groupe américain Hyatt, un des leaders mondiaux de l’hôtellerie de luxe (voir encadré). Le contrat a été signé dans la foulée, sous les yeux des invités.

Un partenariat qui devrait sans doute changer la donne. Voilà des années que le projet fait mine d’avancer sans qu’on ne voie jamais l’ombre d’une première pierre. Alors, pourquoi davantage aujourd’hui qu’hier? «Il y a quelques années, nous n’avions pas bouclé l’élargissement de l’actionnariat, explique Urs Müller. D’autre part, nous n’avions pas encore l’architecte à même de réaliser un tel projet et nous n’avions pas signé avec Robert Trent Jones Jr., l’un des plus grands architectes spécialistes de parcours de golf au monde. Enfin, nous n’avions pas encore Hyatt à nos côtés. Aujourd’hui le puzzle est enfin assemblé, nous pouvons lancer la réalisation.»

Luxe, calme, mètres carrés

Le programme développé depuis dix ans par le Golf Resort La Gruyère fait l’objet d’un Plan d’aménagement de détail approuvé en 2013. Sa mise en œuvre débutera par la construction des appartements de luxe. Un permis de construire a été obtenu en 2016 pour les résidences Les Belles Rives (22 appartements). «Le premier coup de pioche aura lieu en septembre prochain», annoncent les promoteurs. Suivront les résidences de Castelrives (29 appartements) dont l’instruction du permis de construire est en cours: «Aucune opposition n’a été déposée. Les travaux devraient débuter au printemps 2020.»

Signalons qu’il s’agit là d’appartements de prestige, de 187 à 363 m2 pour les plus grands, avec des terrasses panoramiques de 50 à 216 m2, le tout orienté plein sud avec vue imprenable sur le lac et les Préalpes. Lundi matin, Urs et Martine Müller articulaient le chiffre de 18 000 fr./m2 de surface pondérée…

Un positionnement haut standing sur lequel a misé le couple dès le début: «Pour un tel produit, une demande existe et existera toujours de la part d’une clientèle suisse et internationale, cela quel que soit l’environnement économique. Pour autant qu’on offre le produit qui correspond aux attentes de cette clientèle très exigeante.»

Et Urs Müller de faire remarquer: «Une partie des appartements sont proposés en résidence secondaire à des étrangers en accord avec les Lex Koller et Weber. Et il n’y a aucune restriction concernant la vente des résidences hôtelières.»

Le golf fermera une année

La demande de permis de construire pour le nouveau parcours de golf a, quant à lui, été déposée fin 2018. «Les travaux débuteront à l’automne». Avis aux golfeurs! Les greens ne pourront plus être exploités pendant une année environ. A terme, le golf sera remodelé pour permettre à un parcours international 18 trous (Par 71) de voir le jour. Ce dernier s’étendra sur 5900 m2. Enfin, la demande de permis de construire relative au complexe hôtelier sera déposée durant l’été 2019: «Les travaux devraient débuter dans quinze à dix-huit mois. L’ensemble du programme sera achevé à l’horizon 2023.»

Les trois actionnaires (voir ci-dessous) disposent de plus de 585 144 m2 pour dérouler leur projet (206 245 m2 en propriété, 378 899 m2 en location). A ce jour, 62 millions de francs ont déjà été investis. «Notre principal objectif était de pouvoir réaliser un projet d’une dimension suffisante pour pouvoir créer une destination animée toute l’année, précise Urs Müller. Actuellement, ce lieu ne vit que six mois par an.» Entre l’hôtel, le spa, le golf, l’entretien des espaces verts et les employés de maison, quelque 160 emplois devraient être créés à l’année.

Spa, brasserie, beach club

L’architecture de l’hôtel a été confiée à l’agence internationale AW2, basée à Paris. Lundi matin, les architectes Reda Amalou et Stéphanie Ledoux sont venus présenter leur projet d’hôtel 5 étoiles avec 85 chambres et suites, un centre de séminaires de 800 m2 et une trentaine de résidences hôtelières proposées à la vente.

Deux ou trois restaurants font également partie du programme, dont un «qui proposera une cuisine traditionnelle gruérienne dans la ferme que possède le Golf Resort.» Un autre, de style brasserie, permettra de «mettre le client en contact avec des produits locaux grâce à une mise en scène dynamique de la cuisine, du service et des plats». Ce restaurant «de tous les jours» se situera dans les anciens bâtiments.

Autre élément au programme: un spa «majeur pour la région» qui se développera sur deux étages, avec piscine couverte, espaces wellness et hydrothérapie, le tout sur 2500 à 3000 m2. Enfin, un beach club sera créé sur les rives du lac pour les clients de l’hôtel et les acheteurs des appartements avec solarium, activités nautiques et snack-bar.

Précisons que le spa et les restaurants seront accessibles à tous. «Vous êtes le bienvenu que vous arriviez en 2 CV ou en Rolls-Royce, insiste Urs Müller. Notre définition du luxe, c’est la qualité des services et la grandeur des espaces. Ce n’est pas le bling-bling.» ■


Les actionnaires à la barre

Le programme est porté par trois acteurs. L’entrepreneur haut-savoyard Michel Benedetti est actionnaire du projet depuis ses débuts, au travers de sa holding Soviar. Il détient actuellement 30% des parts.
Le groupe familial Benedetti-Guelpa est actif dans les travaux publics et la construction de golfs. Michel Benedetti a réalisé plus de cent parcours de golf.

On retrouve aussi le Chinois YongJun Li, actionnaire à hauteur de 50% dans Ben Golf Investissements SA, holding du projet Golf Resort La Gruyère. Il a investi au travers de sa holding fribourgeoise, Huarui Investments SA, filiale de la société YongXin-HuaYun Cultural Industry Group, basée à Pékin. YongJun Li a connu un grand succès dans l’immobilier, en Chine comme à l’étranger. «Actif dans la protection des héritages culturels nationaux, il est membre actif de l’UNESCO et président pour l’Asie de la Global Hope Coalition, une organisation qui lutte, en lien avec les Nations Unies, contre l’extrémisme et l’intolérance», communiquent les promoteurs.

Enfin, il y a bien sûr Urs et Martine Müller, à l’origine du projet. Il est le directeur général du groupe Ben Golf Investissements, holding du projet Golf Resort La Gruyère. Elle est directrice marketing. Installé à Pont-la-Ville, le couple est actionnaire à hauteur de 20%. Suisse d’origine, Urs Müller est au bénéfice de quarante-cinq ans d’expérience dans la conception, le développement et la réalisation de projets immobiliers, golfiques et hôteliers, en Espagne et sur la Côte d’Azur. Quant à Martine Müller, elle a une longue expérience dans la commercialisation de projets immobiliers de luxe dans le sud de la France. YG


Leurs réactions

Olivier Curty
, conseiller d’Etat, directeur de l’Economie et de l’emploi: «Qui ne voudrait pas habiter au paradis? Ce projet, en tous points fabuleux, orienté quatre saisons, arrive à point nommé. Depuis la fermeture du Vieux Manoir de Morat, l’absence d’hôtel 5 étoiles se fait cruellement sentir dans le canton. Ce projet représente une très forte valeur ajoutée pour l’image du canton et pour son économie touristique en particulier. La chaîne Hyatt est synonyme de rêve et de luxe dans le monde entier.»

Dominique de Buman, conseiller national, président de la Fédération suisse du tourisme: «En résumé: dans cet endroit parfait, on fait tout juste! Par ailleurs, il ne s’agit plus de concurrence entre cantons. On se situe dans la grande Gruyère, qui va vers le Pays-d’Enhaut, vers Montreux, vers la région de Gstaad, tandis que Berne n’est pas loin. Dans cette Suisse occidentale, nous avons besoin de renforcer l’attrait pour décrocher une nuitée supplémentaire et faire ensemble un volume d’affaires indispensable.»

Pierre-Alain Morard, directeur de l’Union fribourgeoise du tourisme: «Avoir un 5 étoiles dans le canton cela signifie une nouvelle clientèle. Cette région a un fort potentiel de développement. Et puis, on ne vient pas poser un hôtel qui fait tache dans le paysage. Cela correspond à la vision que nous avons du tourisme. Enfin, il y a de la complémentarité entre l’hôtellerie, l’immobilier, le golf et l’offre de loisirs en général.»

Michel Bapst, syndic de Pont-la-Ville: «C’est très important pour le développement de notre commune. Nous entretenons de bons rapports avec le Golf Resort La Gruyère. Aucune barrière ne s’est jamais érigée entre nous. Nous avons toujours trouvé des solutions aux problèmes qui pouvaient surgir. C’est un magnifique projet.» YG

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