TIR A L'ARC
Franco Pambianchi et Cie
Le plus vieux sport du monde

Arme de chasse, de guerre, puis de sport, l’arc émerveille, terrorise et fascine depuis la nuit des temps. Son origine est obscure, mais Franco Pambianchi n’en a cure. Archer au grand cœur, le Riazois en perpétue la tradition au sein de l’Arc club Moléson. Les jeunes lui emboîtent le pas. L’un d’eux a déjà dépassé le maître.


Alain Derré, Philippe Bosson, Franco Pambianchi et Antoine Monferini: les quatre mousquetaires de l’Arc club Moléson (M. Rouiller)

Parler de tir à l’arc avec Franco Pambianchi équivaut presque à un monologue. Une fois le sujet décoché, l’homme devient intarissable. C’est ce qu’on appelle la passion. Celle d’un sport à multiples facettes, et dont les chemins vicinaux sont aussi nombreux que les flèches d’un Sioux sur le sentier de la guerre. Plutôt que de baisser pavillon devant notre air découragé à saisir toutes les subtilités de l’arc à viseur, sans viseur, avec ou sans stabilisateurs, de l’arc nu ou à poulies, le Riazois se fend de mille explications souvent passionnantes. Avec un enthousiasme inégalé, il s’étend sur chaque détail, chaque catégorie, chaque fédération nationale et internationale. Il énumère l’ensemble des distances de tir et les diverses sortes de flèches d’une discipline tellement complexe que Robin des Bois lui-même n’y retrouverait pas son anglais. «Rassurez-vous, l’important n’est pas là, lance-t-il avec son délicieux accent transalpin. L’important, c’est qu’on parle du tir à l’arc!» Il est comme ça Franco. D’ailleurs, son enthousiasme est si communicatif qu’il a motivé quelques jeunes à rejoindre l’AC Moléson, club de la vice-championne du monde 1999 Sylviane Lambelet et dont il est l’un des 55 membres. Parmi eux, Philippe Bosson. Un talent de seize ans devenu champion de Suisse indoor en mars dernier chez les seniors: «Philippe est le petit-fils de Netton Bosson. Il a le tempérament de sa famille, assure Franco Pambianchi. Il y a cinq ans qu’il fait du tir à l’arc. Il est calme, passionné, déterminé. Il a un gros potentiel.» Posé, Philippe Bosson l’est en effet. Avec douceur, mais détermination, il coupe la parole à son aîné pour éviter que la pluie de superlatifs n’étouffe son ego: «Tout petit, je fabriquais déjà des arcs. J’ai toujours adoré ce sport. Peut-être est-ce pour ça que j’ai vite progressé.»

Un peu en marge
Petit détail qui a son importance: Franco Pambianchi et Philippe Bosson pratiquent le tir en campagne avec un arc nu (sans viseur), sur des parcours field (cibles en forêt) et de chasse (cibles animales en forêt également): «Le tir en campagne est difficile. Il exige beaucoup de concentration, de technique et de condition physique. C’est la raison pour laquelle nous ne sommes pas plus d’une cinquantaine en Suisse», renchérit Franco Pambianchi. Par la force des choses, lui et ses camarades sont un peu en marge du club: «L’ambiance est très bonne à Moléson. Si on forme un groupe à part, c’est parce qu’on se retrouve régulièrement dans les concours et à l’entraînement. L’arc reste malgré tout un sport assez individuel.» Dire que Franco Pambianchi a plus d’une corde à son arc est aussi facile que le jeu de mots. C’est pourtant la vérité. Champion du monde 1999 de chasse et multiple champion de Suisse (field et chasse), il ne ménage pas ses efforts pour transmettre son savoir à la relève. Son rôle de responsable des jeunes lui tient à cœur: «Nous en avons sept actuellement. Je les entraîne, les entoure et les conseille. Je joue aussi les chauffeurs. Car Moléson, ce n’est pas la porte à côté.» Alors, papa poule Franco? «Un peu, rigole-t-il. Mais ça ne me dérange pas. La difficulté, c’est que l’arc n’est pas un sport fun. Les jeunes veulent des résultats très vite. Or, il faut du temps et du travail pour y parvenir. Il faut aussi de la force pour envoyer une flèche à 60 mètres. Par exemple, Pierre-Antoine Monferini, qui est champion de Suisse indoor chez les cadets, n’y arrive pas encore. Il est talentueux, mais il doit progresser physiquement. A 16 ans, il a le temps de mûrir.» Quatrième mousquetaire, Alain Derré (41 ans) participe lui aussi à des compétitions field et de chasse. Au contraire de Franco Pambianchi, Philippe Bosson et Pierre-Antoine Monferini, il utilise non pas un arc nu, mais un arc olympique avec viseur et stabilisateur. Une arme difficile à manœuvrer: «Pour un jeune, c’est beaucoup plus facile de débuter avec un arc sans trop de complications, raconte-t-il. La difficulté est d’avoir des points de référence. Par exemple, il n’y a pas d’entraîneur pour régler votre arc ou vous conseiller. J’ai dû travailler seul. Au début, j’ai pataugé. Comme ça, il faut énormément de temps pour se corriger.»

Volontaire!
A l’image de Franco Pambianchi, Alain Derré se porte volontaire auprès des jeunes: «S’il y en a un qui veut se mettre à l’arc avec viseur, je serai prêt à m’investir.» Si, officiellement, il n’a pas décoché ses flèches, Cupidon est bel et bien passé par Moléson. A voir la passion de ce petit monde pour le tir à l’arc, on en est convaincu.

Un grand espoir de médaille
L’élève a dépassé le maître. A 16 ans, Philippe Bosson est un archer confirmé. Acquis en mars dernier chez les seniors, son titre national indoor lui a offert un billet pour les championnats d’Europe qui débuteront lundi prochain en Tchéquie. Le Riazois y visera une médaille: «A l’entraînement, il est moins bon. Mais il possède un mental très fort et il sait se surpasser lors des concours, reconnaît Franco Pambianchi. Chez les juniors, il figure parmi les meilleurs. Sans lui mettre la pression, il peut prétendre à la médaille d’or.» L’intéressé se montre plus tempéré: «Je participerai d’abord pour apprendre et acquérir de l’expérience, souligne-t-il. Je suis très content d’y aller. En revanche, je ressens un peu de tension.» Appliqué et travailleur, Philippe Bosson ne rechigne jamais à l’entraînement: «Je tire tous les jours à la maison et je m’efforce d’aller sur le parcours de Moléson deux fois par semaine. Je fais aussi de la musculation et de la course à pied pour entretenir ma condition physique. C’est important, car les concours durent toute la journée.» Le Gruérien a trouvé sa voie: «L’arc est un sport sain. Un sport vrai. On est seul face à soi-même, on apprend à se maîtriser.… C’est passionnant», conclut-il.

Pascal Dupasquier / 14 juillet 2001

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