On sen doutait un peu, cest maintenant officiel: lancien
conseiller communal bullois Jean-Bernard Repond briguera lui aussi le
poste de préfet de la Gruyère. Il la annoncé
hier, lors dune conférence de presse tenue aux Colombettes.
Sans parti derrière lui, il mise sur son expérience politique
et associative.

Jean-Bernard Repond,
candidat hors parti, compte sur quinze ans dexpérience
(J.-R. Seydouxt)
Et
de quatre! Lélectorat gruérien aura lembarras
du choix pour désigner son nouveau préfet. Car si on sen
doutait depuis quelque temps déjà, cest désormais
officiel: lancien édile bullois Jean-Bernard Repond mènera
lui aussi campagne pour le château. Il la annoncé
hier à la presse, lors dune conférence tenue aux
Colombettes, à Vuadens, son village natal. Pourquoi avoir tardé
à présenter cette candidature? «Je voulais prendre
le temps de la réflexion. Et comme je nai plus de parti,
je ne peux pas demander de légitimité à une assemblée.
Jai alors souhaité prendre la température de la
population.» Un sondage auprès de quelque 200 personnes
la finalement décidé à se lancer dans la
bataille. Il est par contre bien conscient que sans lappui dun
appareil partisan, il jouera le rôle doutsider: «Ma
seule chance, cest de créer la surprise! Rien de grave
si je marrête au soir du premier tour. Avant tout, cest
la compétition que jaime.» Il naura pas fallu
longtemps à Jean-Bernard Repond pour devenir une figure incontournable
de la vie politique et associative gruérienne et fribourgeoise.
Une quinzaine dannées. Conseiller communal bullois de 1986
à 2001, député au Grand Conseil lors de la législature
1991-1996 (réélu à la suivante, il cède
son siège à Cédric Castella, président du
Parti social-démocrate), constituant en 2000, président
de la Croix-Rouge fribourgeoise
Mais cest en 1977
il a 19 ans que Jean-Bernard Repond pose le premier jalon de
son action politique. A la suite dun refus des citoyens de Vuadens
détudier le projet dagrandissement du foyer pour
personnes âgées, il court de porte en porte et récolte
seul plus de 200 signatures pour demander aux autorités de reconsidérer
cette décision.
Drôle de combat pour un jeune homme qui, bien que passionné
par la chose publique, na même pas le droit de voter! «Il
fallait voir ce quétaient les homes à lépoque.
Agrandir ce foyer était un bol dair bienvenu. Mais lassemblée
communale a refusé. Jéprouve une antipathie absolue
pour toute forme dégoïsme et dinjustice!»
Proche
de P. Meyer
Une année plus tard, il est titulaire du brevet denseignement
primaire à lEcole normale cantonale. Un métier quil
pratique durant deux ans, avant de rejoindre la rédaction de
La Gruyère, où il occupe le poste de responsable de la
rubrique sportive. Cinq années durant lesquelles Jean-Bernard
Repond mettra en veilleuse toute velléité politique. Depuis
1985, il est directeur des librairies Saint-Paul, à Fribourg,
et du Vieux-Comté, à Bulle. A cette fonction sest
greffée, en 1989, celle de directeur des Editions La Sarine.
Un cursus qui ne correspond pas à limage que lon
veut donner du préfet idéal, qui devrait impérativement
être juriste. «Dire cela, cest faire injure à
lactuel préfet qui a uvré vingt ans sans être
juriste, ne disposant que de son bon sens naturel. Sur le fond, je me
sens assez proche de Placide Meyer. Il a également une formation
denseignant, il en ressort ce côté éducateur.
Cest aussi un homme de contact et de consensus. Mon engagement
sinscrit dans cette logique.»
Le programme électoral de Jean-Bernard Repond? «Jaurai
loccasion de lévoquer lors des débats à
venir. Ce nest pas essentiel pour linstant.» Ce qui
compte pour lui, cest lexpérience accumulée
au travers de ses différents mandats, tant dans les domaines
de la santé, de léducation, de la sécurité
ou de la culture. Entre autres, car lhomme a touché à
tout. Les électeurs pourront sen rendre compte à
loccasion du passage du candidat dans leur localité.
Rencontrer
la population
Car, nayant que peu dargent à investir dans sa campagne,
Jean-Bernard Repond a pris le parti de rencontrer la population chez
elle, au café du village, «afin de connaître ses
préoccupations collectives et personnelles»: «Linvestissement
est lourd, mais je my engage. Et même si je ne suis pas
élu, cest un capital que je conserverai toute ma vie. En
tout cas je me réjouis de participer à cette élection
et de me lancer dans le débat sur le statut de la Gruyère
et sur son avenir.»
Cheminement
particulier
Le cheminement politique de Jean-Bernard Repond est un peu particulier.
Elu pour la première fois à lExécutif bullois
en 1986, il figure sur la liste socialiste. «Il ny avait
que trois partis à disposition, chacun ma abordé!
La jeunesse ma dirigé vers les socialistes.» Un parti
qui le met dès lannée suivante à la tête
de sa Fédération gruérienne et lintègre
au comité directeur cantonal.
Mais Jean-Bernard Repond se souvient que les socialistes, à lépoque,
senfermaient dans «beaucoup de contradictions». Pas
ce quil espérait. «Ma forte sensibilité sociale
ne ma pas empêché de prendre conscience de limportance
de disposer dun tissu économique fort. Jai appris
quil ny a pas une vérité absolue, quelle
peut jaillir au centre, à gauche ou à droite
»
En 1989, Jean-Bernard Repond claque la porte du PS et fonde entraînant
quelques camarades, dont le conseiller dEtat Félicien Morel
le Parti social-démocrate fribourgeois. Sous cette nouvelle
bannière, il accède à la députation fribourgeoise.
La formation nouvelle tiendra plus ou moins bien le coup une dizaine
dannées (cinq députés cette dernière
législature), avant dirrémédiablement senfoncer
vers les oubliettes de la politique.
Cest ce moment que choisit Jean-Bernard Repond pour amener lidée
des listes «Ouverture» en vue de lélection
à la Constituante. «Une solution qui a permis à
des gens de se lancer en politique.» Ce printemps, ne briguant
pas un quatrième mandat à Bulle, il se limite à
lanimation de la liste «Ouverture». Une liste dont
le résultat a dépassé toutes les espérances,
puisque Firmin Esseiva alors que personne ne lattendait
a préservé le siège de Jean-Bernard Repond
à lExécutif bullois.
Comment, aujourdhui, Félicien Morel définirait-il
lhomme politique Jean-Bernard Repond? «Pour lavoir
vu à luvre, je peux mettre en évidence son
dynamisme et son sérieux. Cest un homme daction et
de réflexion qui souhaite, selon ses propres termes, une
société suffisamment libérale pour être efficace
et suffisamment contrôlée pour être juste.
Jai la conviction que ce préfet travaillerait avec détermination
et efficacité pour le développement économique
et le progrès social de la Gruyère.»
Patrick
Pugin / 23 août 2001
