HOCKEY-SUR-GLACE
Goran Bezina
Dans la cour des grands!

Phœnix, le prestigieux club de National Hockey League (NHL), courtise Goran Bezina depuis deux ans. L’ancien défenseur du HC Fribourg Gottéron n’a pourtant signé un contrat que dernièrement. Pour le Valaisan d’origine croate, une nouvelle aventure commence. Rencontre avec un jeune homme qui ne doute de rien.


Goran Bezina et son Phénix: «J’aime l’idée d'être d’indestructible» (C. Haymoz)

Phénix: oiseau mythique, rare et majestueux, capable de vivre plusieurs siècles, et qui renaît de ses cendres. Phœnix, Arizona, ville américaine de 1,3 millions d’habitants, siège de l’équipe des Coyotes, en National Hockey League (NHL). Si Goran Bezina pensait au premier lorsqu’il s’est fait tatouer le dos, c’est pour le deuxième qu’il va déménager outre-Atlantique. A
21 ans, il s’apprête à rejoindre le meilleur championnat du monde.

– Goran Bezina, à quelques jours du grand départ [n.d.l.r. le 1er septembre], comment vous sentez-vous?
Bien en général. Je m’entraîne beaucoup. Parfois, je suis un peu anxieux. Surtout le soir dans mon lit, je me pose des questions. Mais ça ne dure pas très longtemps.

– Que va-t-il se passer à votre arrivée?
Je vais participer à un camp pour les nouveaux jeunes joueurs, les rookies comme disent les Américains. Là, les dirigeants décideront si je peux intégrer la 1re équipe en NHL, ou si je dois parfaire ma formation en ligue mineure.

– Vous êtes confiant?
J’ai toujours eu confiance en mes moyens. Je doute rarement. C’est l’une de mes qualités. Je suis en concurrence avec trois autres défenseurs du même gabarit. J’ai l’avantage d’être mobile et technique malgré mes 190 cm. J’espère que cela fera la différence.

– Jouer en NHL, c’est un rêve de gosse?
Je n’ai jamais eu de posters de joueurs dans ma chambre. Avoir des idoles ne sert à rien. Il vaut mieux chercher à les dépasser. J’ai toujours essayé d’être le meilleur de l’équipe. Dès lors, ma progression s’est faite d’elle-même.

– Comment imaginez-vous votre vie aux Etats-Unis?
Le mieux possible. J’espère qu’elle sera heureuse. J’aimerais que les gens viennent me trouver à Phœnix. C’est une très jolie ville. Il fait beau tout le temps et il y a des palmiers partout.

– Le sport américain a mauvaise réputation. On parle beaucoup de drogue notamment. Cela vous inquiète?
Non, car j’ai la tête sur les épaules. Dans le monde du sport, il y a des gens qui viennent de la rue. Tout à coup, ils connaissent la gloire et l’argent facile. Ils ont tendance à «péter les plombs». Mais ça ne me fait pas peur. C’est une question d’éducation et de caractère. C’est comme ne pas boire ou ne pas fumer quand ses copains le font. Je ne trouve pas si dur de dire non.

– Pour vous, l’amitié est une valeur importante?
Bien sûr, comme pour tout le monde. Mais dans le sport, il y a encore un autre aspect. On doit pouvoir compter sur ses partenaires. On a besoin d’eux. Si on se sent seul dans une équipe, on ne peut pas jouer.

– Et la famille?
Je suis proche de mes parents. Même si parfois on s’engueule. Ces derniers temps, c’est même fréquent. Je crois qu’ils sentent que je deviens indépendant. Pour mon frère de 12 ans, le fait que je parte n’est pas bien. Il fait ausi du hockey. Et je ne veux pas qu’il frime à cause de moi, ou que les gens nous comparent. Peut-être qu’il sera meilleur, peut-être pas. Mais dans tous les cas, il sera différent!

– Le côté ludique du sport disparaît-il avec le professionnalisme?
A Fribourg, il y a une bonne ambiance. Mais ce n’est pas comme à Monthey, lorsque j’étais gosse. C’est normal. Nous sommes adultes et le hockey est notre métier. Cela implique des jalousies car chacun défend son os. Certains vont même jusqu’à faire des coups bas pour prendre votre place. On apprend à gérer cela, comme le reste.

– A Fribourg Gottéron, on dit que vous êtes le gamin farceur de la bande.
C’est vrai, j’aime bien mettre de l’ambiance. Je m’ennuie dans un vestiaire. Alors, je trouve toujours quelque chose à faire. Des crasses à notre masseur par exemple. J’ai besoin de rigoler pour me concentrer. Mais dès que le match commence, je deviens très sérieux.

– Le Phénix tatoué dans le dos cet été, c’est pour votre nouvelle équipe?
Non, je voulais le faire depuis longtemps. Le mythe du Phénix me plaît car on ne peut pas l’abattre. J’aime bien l’idée d’indestructible. Mes trois tatouages représentent quelque chose. Il y a mon signe astrologique et un 57, mon numéro de maillot. Le sept m’a toujours porté chance. Avec le cinq, je trouve qu’ils forment un beau chiffre dans le dos.

– Quels sont vos objectifs?
Réussir aux Etats-Unis et participer aux jeux Olympiques. J’aimerais aussi gagner quelque chose. N’importe quoi, mais remporter un trophée ou une médaille. Pour l’instant, je n’ai jamais rien gagné. Si ce n’est la Coupe valaisanne…

– Vous oubliez le trophée du slap shoot le plus puissant, glâné lors du dernier All Star Game!
Ah oui, c’est vrai. C’est moi le plus fort de la ligue (rires)! Il n’empêche que depuis ce concours, Ralf Kruger, l’entraîneur national, me fait jouer à chaque power-play!

Propos recueillis par Karine Allemann / 23 août 2001

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