Les
vitraux de Vuisternens-dt-Romont, un bon exemple de lutilisation
efficace de verrières de protection (J.-R.
Seydoux)
Conservateur du
Musée suisse du vitrail à Romont et directeur du Centre
de recherche et dinformation qui le complète, Stefan Trümp-ler
a accueilli, vendredi, plus de 80
spécialistes pour un colloque sur la conservation des vitraux.
Au regard des menaces terroristes qui auraient plané sur la cathédrale
de Strasbourg, ou si lon se souvient, plus près de nous,
de celles des autonomistes jurassiens du groupe Béliers qui visaient,
eux, la cathédrale de Berne, le sujet est dactualité.
Mais ce nest pas tant cet aspect-là que celui de la protection
contre les phénomènes de dégradation qui a été
au cur des débats. «Pendant la Deuxième Guerre
mondiale, on a déposé les vitraux médiévaux
dans tous les pays dEurope en conflit», dit Stefan Trümpler.
Un choix qui a eu ses revers, dailleurs, car «en Allemagne,
on a perdu beaucoup de vitraux du XIXe siècle». Car, les
verrières de protection sont inefficaces face à des moyens
de destruction tels que bombardements et autres explosifs!
A quoi
sert un colloque comme celui de vendredi?
Les verrières de protection sont utilisées pour beaucoup
de raisons. Le but dune journée comme celle-là est
de les différencier. Il y a des cas où elles napportent
rien. Et dautres où elles sont indispensables. Par exemple,
pour les vitraux de Brian Clarke à léglise de la
Fille-Dieu à Romont, on a estimé que des vitrages de protection
nétaient pas nécessaires. Parce que les vitraux
sont du côté du jardin, qui est sûr. Et du point
de vue thermique, cela napportait rien. Ce qui est essentiel,
cest de prendre la mesure de la nature exacte des phénomènes
de dégradation sur les vitraux, de se faire une idée de
leurs causes et de leurs mécanismes. Suivant leur type de construction,
les verrières de protection peuvent avoir des effets assez différents.
Ce colloque a aussi mis en évidence la nécessité
daborder ce thème de la protection en groupe pluridisciplinaire,
avec le concours de spécialistes de tout bord, conservateurs,
restaurateurs, peintres verriers, architectes, «physiciens»
du bâtiment, scientifiques, sacristains aussi, car ils connaissent
leur église mieux que quiconque.
La pose
de verrières de protection résulte-t-elle dune prise
de conscience récente?
Depuis peu, on connaît des sources qui témoigneraient de
leur existence aux XVIe et XVIIe siècles aux Pays-Bas. Mais cest
surtout à partir de la Seconde Guerre mondiale que la verrière
extérieure se développe comme mesure de conservation des
vitraux. Cest lépoque de la découverte des
dégradations effrayantes subies par les vitraux médiévaux
pour des causes atmosphériques. En reposant les vitraux mis à
labri pendant la guerre, on a installé des verrières
extérieures. Depuis plusieurs années, cette mesure de
conservation fait lobjet de recherches scientifiques et technologiques.
En quoi
consistent ces dégradations et quels sont les effets des verrières
de protection?
Il y a leau. Leau combinée avec des agents polluants
de lair et une humidité importante sont les causes principales
de la dégradation des vitraux. Les altérations chimiques
et physiques peuvent être importantes, selon la composition et
lâge des uvres, ou pour certaines peintures, grisaille
et émaux, peintures appliquées à froid, plombs
et éléments en fer. Lhumidité favorise laction
de micro-organismes. Mais les effets des verrières peuvent être
à double tranchant. Leau menace de lintérieur,
sous forme de condensation, et de lextérieur, dans les
espaces entre les vitrages et les vitraux, sous forme de vapeur. En
revanche, selon le type de construction, les verrières extérieures
protègent contre les jets dobjets et la grêle, diminuent
limpact du vent. Mais elles peuvent aussi réduire les écarts
de température, avec des effets mécaniques de dilatation.
Ou, nouveau danger considérable, elles peuvent favoriser laugmentation
des températures, avec des effets nocifs pour les réseaux
de plomb et la stabilité des panneaux. Enfin, certaines verrières
favorisent les émanations de silicone, très agressives
dans les systèmes fermés. On connaît le cas, en
Allemagne, dune église où des algues poussent sur
les murs. Le danger existe aussi dans nos églises de campagne.
Vous évoquiez
la nécessité du groupe pluridisciplinaire pour se pencher
au chevet de la protection des vitraux. En quoi est-elle importante?
Il est essentiel de considérer le vitrail dans son ensemble architectural.
Linstallation de verrières extérieures peut parfaitement
respecter ou détruire définitivement les éléments
de la pose dorigine. Un vitrail naturellement posé dans
la pierre, cest magnifique! Cet aspect a été beaucoup
discuté pendant le colloque. Malgré toutes les envies
que lon a de protéger un vitrail, on ne doit pas perdre
de vue que la pose originelle est partie intégrante de sa création.
Dans le canton, on trouve des éléments de protection très
anciens. Un type de verrière à étudier de plus
près, très simple, pas étanche. Comme dans léglise
de Vuisternens-devant-Romont, où les vitraux protégés
depuis 1910 environ sont en parfait état. A la même époque,
à Villaraboud, le village voisin, on a mis sous protection des
vitraux qui, eux, ont beaucoup souffert! On a ici des éléments
très instructifs du bon usage des verrières.
Propos
recueillis par Maire-Paule
Angel /
20 novembre 2001
