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COURSE
À PIED
Félix Thürler
Le
«monstre» des sables
Laventurier
Félix Thürler a ajouté un exploit à son palmarès.
Célèbre pour ses excentricités, le citoyen de Bellegarde
a participé pour la seconde fois à la Desert Cup, épreuve
de course à pied longue de 168 km disputée sur sol jordanien.
Rencontre.

Félix Thürler,
chef de chantier à la ville, est continuellement à la recherche
de nouvelles aventures (J.-R. Seydoux)
Qui parle aventure
du côté de Bellegarde évoque forcément un nom:
Félix Thürler. Lhomme qui, entres autres facéties,
a notamment participé au Marathon sur la Muraille de Chine et gravi
le Gasherbrum II (massif de la chaîne himalayenne haut de 8035 m).
A 51 ans, ce passionné de montagne, de peau de phoque et de course
à pied nen finit pas détonner ses congénères.
Celui que lon surnomme amicalement «le monstre» vient
dajouter une ligne à son carnet de baroudeur. Du 4 au 10
novembre 2001, il a pris part pour la deuxième année consécutive
à la Desert Cup, épreuve non-stop longue de 168 km courue
en Jordanie. Cette distance surréaliste pour le commun des mortels,
le Gruérien la accomplie en 35 h 3122! Mais, à
peine cet exploit accompli, Félix Thürler pense déjà
à sa prochaine expédition. Ainsi, il compte se rendre lan
prochain sur lîle de La Réunion pour y disputer une
course de 130 km. Avant, il aura avalé les sommets de La Patrouille
des Glaciers, en compagnie de ses deux frères. Portrait dun
personnage pas comme les autres.
Félix
Thürler, quel élément vous a décidé à
participer à la Desert Cup 2001?
Je me qualifie de type un peu spécial, un marginal. Dans ma vie,
je recherche perpétuellement laventure. Jaime tester
la résistance humaine. Et cette épreuve me permet de combiner
deux choses que japprécie: la course à pied et les
voyages.
Une telle
épreuve sportive nécessite une préparation physique
et surtout psychologique conséquente. Quelle est votre méthode?
Ce genre dexpédition, cest avant tout une question
de mental. Pour le fortifier, je mimpose des exercices peu communs.
Par exemple, je pars vers minuit pour une escapade en montagne, à
lheure où les gens sortent du bistrot! Les efforts solitaires,
de surcroît la nuit, constituent une préparation psychologique
de premier plan. En même temps, je travaille lendurance.
Inéluctablement,
la fatigue à dû survenir à un moment de la course.
Comment lavez-vous gérée?
Lors de lédition précédente, jai eu un
coup de pompe terrible le premier soir. Normalement, les participants
qui ressentent le besoin de se reposer le font aux différents postes
de contrôle. Pour être tranquille, je me suis couché
derrière un caillou, à lécart. Et je me suis
réveillé huit heures plus tard! Cet épisode a suscité
quelques plaisanteries de la part de mes copains gruériens. Cette
année, je métais juré que ça ne se reproduirait
pas. Je navais quune pensée: améliorer mon temps!
Ce que jai réalisé! Je nai pas dormi un instant.
Je me suis seulement accordé des petites pauses.
A quelles
difficultés avez-vous été confronté?
De jour, tout va bien. Je suis un homme qui saccommode facilement
de la chaleur. Les épreuves disputées dans le désert
me conviennent. Par contre, cest beaucoup plus dur pendant la nuit.
De 33 degrés à lombre, la température chute
à 4 degrés. Le froid ma gagné. Je me suis muni
dun bonnet, de gants et dune combinaison de peintre. Et jai
couru avec une lampe frontale! Un autre problème à surmonter:
cest difficile de trouver quelquun qui adopte le même
rythme que toi. Sur la longueur du parcours, je me suis retrouvé
souvent seul. La fatigue qui saccumule ma alors joué
des tours. Par moments, javais limpression que quelquun
me rattrapait. Alors quen fait, ce nétait que le bruit
de mon sac à dos. Certains mont raconté quils
avaient vu des grenouilles! Ceux-là nont jamais atteint larrivée.
Et les blessures?
Jai été relativement épargné. Jai
connu seulement deux pépins. Le premier, il est inévitable:
les cloques. Le sable fin comme de la farine sintroduit dans les
souliers. Il faut dailleurs continuellement les vider. Le second
est survenu à quelques kilomètres de la fin, là où
le tracé est le plus périlleux. La dernière partie
sapparente dailleurs un peu à Sierre-Zinal. Je suis
arrivé sur ce tronçon à la tombée de la nuit.
Harassé, jai buté sur un cailloux et je suis tombé
sur la tête. Conséquence: une ouverture de sept centimètres.
Un foulard bien roulé, et cétait reparti!
A un moment,
lidée dabandonner vous a-t-elle traversé?
Parfois, je me suis demandé ce que je faisais là. Mais pour
participer à cette aventure, jai fait énormément
de sacrifices, notamment financiers. Tout ça pour mon propre plaisir.
Alors, dans la mesure du possible, je voulais absolument terminer. Cest
là quil faut faire preuve de caractère, lutter contre
soi-même et repousser ses propres limites. Ma devise: quand tu es
à bout de forces, tu peux encore! Dans ces instants, il faut aussi
penser que les coureurs qui se trouvent derrière toi souffrent
tout autant si ce nest plus.
Que vous
a apporté cette épopée dans le désert jordanien?
Accomplir de tels efforts, cest une véritable école
de vie. Ça me donne une certaine sécurité, une volonté
qui me sert dans mon travail. Lorsque je suis confronté à
une difficulté, je perds moins facilement les nerfs. Mais il faut
avoir vécu une telle expérience pour comprendre tout ce
quelle tapporte.
Propos
recueillis par Alain
Sansonnens / 1er
décembre 2001
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