Etre surdoué?
On peut le voir comme une chance, et pourtant, pour les 2% de la population
concernés, cest souvent très difficile à
vivre.

Etre un surdoué (ici un extrait du film «Good Will Hunting»)
peut souvent cacher une source de difficultés insoupçonnées
On commence un
peu à parler des surdoués en Suisse, mais le sujet reste
encore souvent tabou. Y compris dans les écoles. Cependant,
à Roche, dans le canton de Vaud, le Centre de ressources humaines
(CRH), avec son programme Hélios, travaille depuis quelques
années avec eux. Tous ne deviendront pas aussi célèbres
quEinstein, ou que ces cas dont parle volontiers la presse.
Bien au contraire. Beaucoup seront considérés comme
des cancres, beaucoup connaîtront léchec parce
quils ne se trouvent pas dans un cadre qui leur est adapté,
leur don nayant pas été détecté,
exploité et reconnu.
On nen a souvent pas conscience, mais chacun de nous connaît
quelques-uns de ces surdoués. Ils sont en effet 2% de la population
à avoir un Q.I. de plus de 130, la moyenne étant de
100. «Etre surdoué nengendre pas forcément
des problèmes, mais on notera souvent une sensibilité,
une vulnérabilité dans les relations et la construction
de la personnalité», explique le Fribourgeois Marc Bersier,
un des responsables du CRH avec Sybille Heunert. Prenons un exemple:
«Si en regardant dehors tout le monde voit à 200 m, mais
quun enfant voie à 20 km. Il va dire quil voit
des nuages et des montagnes, et tout le monde va le regarder bizarrement
et le traiter de menteur.» Pour ne plus se faire remarquer,
il finira par dire comme les autres et se couler dans le moule.
Faire comme
les autres
Cest un peu le cas des surdoués. Beaucoup ont développé
létrange faculté du caméléon, pour
se fondre dans le décor, ne plus être montrés
du doigt. Marc Bersier pose alors trois séries de dessins sur
la table: tous ont été réalisés par le
même enfant, mais dans un cadre différent. A lécole,
il fait comme ses camarades. Rien à voir avec ce quil
dessine à la maison ou encore devant le psychologue. Si à
la maison il est lui-même, ailleurs il trompe son monde. Une
confrontation entre les parties aidera à trouver des solutions.
A lécole, du moins au début, le petit surdoué
assimile la matière sans problème. Parfois, il sait
lire à lécole enfantine, rapidement il calculera
comme des enfants de 3e ou 4e. Le risque? Tout est tellement facile
quil ny trouve aucun intérêt. Il va sennuyer
et se mettre à rêver. Il va aimer rêver et après
il ne saura même plus les matières faciles, car il naura
pas suivi. Bref, il va devenir un cancre.
Bien des parents ont conscience que leur enfant a un don, de la facilité.
Mais peu dentre eux imaginent quil puisse sagir
de «surdouance». Dailleurs, il nest pas toujours
évident de le détecter. Quelques indices peuvent le
laisser supposer. Souvent, ces enfants se posent très tôt
des questions existentielles, nétant pas satisfaits avec
des explications simples. Très curieux, ils ont besoin de comprendre
et de cohérence, car ils voient les incohérences. Repliés
ou clowns, ils seront facilement hypersensibles.
«Bien des gens pensent que les enfants surdoués sont
premiers de classe et quils nont pas besoin daide.
Autrement, ils sont considérés comme de faux surdoués»,
poursuit Marc Bersier. Mais il a bien dû constater, comme tous
ceux qui se sont penchés sur le sujet, quune telle croyance
est bien éloignée de la réalité. Une étude
menée en France a démontré que la moitié
des enfants surdoués sont en échec scolaire. Car ils
ne sont pas détectés et lécole nest
pas adaptée à eux. Et leur handicap risque de les suivre
toute leur vie, car ils ne vont pas apprendre à travailler.
Ecoles spécialisées
En Suisse, il nexiste pour linstant quune seule
école pour les surdoués, Talenta à Zurich. «Dans
le privé, on trouve de tout: des écoles qui cherchent
des solutions comme dautres qui se prétendent spécialisées,
mais ne tiennent pas la route. Quant à lécole
publique, elle doit aussi se préoccuper de ces cas»,
dit Marc Bersier. Et, notamment sous limpulsion du CRH, on commence
à sintéresser à la «surdouance».
Mais cela dépend beaucoup des Départements de linstruction
publique de chaque canton et des directeurs décole. En
Suisse romande, Vaud est le canton qui bouge le plus. Ainsi, il y
a un groupe de travail sur les enfants différents: dyslexie,
surdouance, hyperactivité. Au niveau de la formation des enseignants,
cest le seul canton qui a intégré ce sujet dans
son programme. A Montreux, des surdoués de 7 à 13 ans
sont réunis le mercredi matin. Pour ces enfants, il est en
effet plus important de se regrouper par affinités que par
âge, explique Marc Bersier. Vevey va suivre lexemple de
Montreux et dautres endroits ont un projet similaire. De plus,
les enfants à problèmes peuvent avoir des appuis, alors
que sur Fribourg, par exemple, ils doivent avoir redoublé avant
de pouvoir en bénéficier.
Si Vaud est le canton le plus avancé, les choses bougent lentement
un peu partout. A Genève, les tests de dépistage sont
gratuits, explique Valdis Becker. Marc Bersier est allé donner
des conférences pour les enseignants dans le canton de Fribourg.
Pour linstant, personne na de solution miracle. On leur
fait parfois sauter des classes ou ils suivent des cours dans dautres
classes. «Il y a ceux qui nont pas assez à manger,
mais il y a aussi ceux qui nont plus envie de manger.»
Le plus important est déjà davoir conscience du
«problème» pour le suivre et prendre des mesures
adéquates. Il serait possible de les considérer un peu
comme des sportifs délite. Mais lécole ne
peut pas tout leur apporter. A côté, ils peuvent apprendre
le russe, développer des côtés artistiques, sintéresser
à lastronomie, etc. Sorte de soupape de sécurité
en quelque sorte.
Antenne dHélios
à Bulle
Une rencontre avec un psychologue scolaire permettra peut-être
de faire un test, de prendre quelques mesures pour aider lenfant.
Mais les psychologues scolaires ne sont pas formés pour ces
cas. Lassociation Vinci, fondée par des parents et plus
particulièrement active sur Vaud, peut apporter des conseils
aux parents confrontés à cette situation. Mais aujourdhui,
il nexiste guère quun programme sur le marché:
Hélios, mis en place par le CRH, qui propose des activités
appropriées pour ces enfants. Avec en plus tout un suivi qui
permettra de voir quels sont les problèmes et quelles peuvent
être leurs solutions. Tout en restant conscient quil faudra
régulièrement réévaluer la situation.
Et depuis ce printemps, il ny a même plus besoin de se
déplacer jusquà Roche. Le CRH vient en effet douvrir
une antenne à Bulle. Céline Ruffieux sy occupe
des enfants de la région de tous les âges.
CRH: www.crh.ch,
rue des Salines, case postale 71, 1852 Roche, 021/968 33 55
Association Vinci: avenue de Chanel 45, 1110 Morges, 021/803 48 88
Une
affaire de sexe?
Lintelligence serait-elle une affaire de sexe? On pourrait se
le demander quand on voit les statistiques. Sur 100 enfants surdoués
détectés, 80 sont des garçons. Et pourtant, le
sexe na aucun lien avec lintelligence, explique Nathalie
Addor. Il existe la même proportion de «surdouance»
chez les filles que chez les gar-
çons. Apparemment, les filles sadaptent mieux et on prendra
moins souvent conscience dun problème. Les parents font
beaucoup plus souvent faire un test aux garçons.
Aussi
chez les adultes
Idéalement, plus lenfant est pris tôt, plus les
mesures et le suivi seront efficaces. Mais le CRH soccupe aussi
dadultes. Comme ils sont souvent très sensibles, les
surdoués peuvent souffrir de ne pas être reconnus, de
ne pas être où ils devraient. Certains loupent leur vie
familiale ou professionnelle. Mais il nest jamais trop tard
pour améliorer la situation, notamment à des moments
charnières, quand on veut changer dorientation. Si Vinci
soccupe des enfants et de leur entourage, lassociation
Mensa regroupe tous ceux qui ont un haut QI, leur proposant des rencontres
et des activités.
Mensa: www.mensa.ch, Sophie Delaloye, route de la Singine 15, 1700
Fribourg, 026/481 32 41