Romont

140 ans de «trains de vie»

Entre Romont et le chemin de fer, l’histoire, la grande et la petite, a tissé cent quarante ans de vie industrielle, économique, sociale et touristique. Une épopée que fête la Société de développement locale sous la forme d’une exposition didactique sous les vieilles poutres de la Tour de Fribourg.


Scène de la Belle Epoque, à la fin du XIXe siècle, dans l’ancienne gare de Romont

Le rail fait tellement partie du paysage de Romont qu’on oublie toute l’histoire, souvent animée, qui sous-tend cent quarante ans de présence du train dans le chef-lieu glânois. Un oubli que la Société de développement répare avec l’exposition «Trains de vie», à la Tour de Fribourg.
Espace semi-circulaire situé sur le rempart nord, cette belle tour a été restaurée par la commune en 1996. Depuis, elle est entièrement dédiée à l’histoire romontoise, sous une forme permanente, avec plans et vues de la ville autrefois, et sous la forme d’une manifestation ponctuelle. Celle consacrée à ces «Trains de vie» reste en place de Pâques à la Toussaint.
En cent quarante ans, le matériel roulant, les gares, les conditions de travail des cheminots, tout a énormément évolué: ce sont des aspects de ce progrès que montre l’exposition. La ligne Lausanne-Berne est mise en service en 1862, dix-sept ans après les premières discussions, qui n’étaient pas faciles, car Vaudois et Fribourgeois défendaient bec et ongles des tracés différents. Les premiers écartent même Lausanne au profit de Morges! Et si les Fribourgeois l’emportent, c’est parce qu’il y a des bruits de bottes dans le pays: la Prusse veut asseoir sa souveraineté sur le canton de Neuchâtel.

Gruériens obstinés
Grâce aux hauts gradés de l’armée qui siègent aux Chambres fédérales, le projet fribourgeois obtient gain de cause. L’inauguration de la ligne Fribourg-Oron-Lausanne, le 3 septembre 1862, est restée dans les annales. Les bristols d’invitation mentionnent que «chaque invité a le droit de prendre avec lui deux dames»! Pour la petite histoire, on retiendra que l’Etat de Fribourg a dépensé plus de 42 millions de francs, une fortune colossale à l’époque, pour doter son territoire d’une ligne de chemin de fer…
L’expo évoque aussi la ligne Bulle-Romont, qui doit son existence à la rivalité entre Vaud et Fribourg pour le tracé de la grande ligne transversale entre Lausanne et Berne. Le choix du Conseil fédéral condamne dans un premier temps Bulle à rester à l’écart des grands axes. Mais c’est mal connaître les Gruériens! Appuyés par la commune de Bulle, ils se battent, avec succès, pour construire une ligne qui va se greffer, au terminus de la gare de Romont, sur cette transversale. L’inauguration a lieu en juillet 1868 et la construction a coûté 2,7 mio.

Un tramway resté désir…
Ce qui est amusant, c’est que Romont, en 1907, avait envisagé de se doter d’une ligne de tramway d’une longueur de 1450 mètres, qui aurait grimpé, en dix minutes, de la gare à la partie haute de la ville. La concession a même été accordée par les Chambres fédérales. Toujours d’actualité en 1910, le projet tombe aux oubliettes par la suite…
Noms des chefs de gare (ils n’ont été que huit depuis 1902, Ernest Castella, d’Albeuve, ayant accompli le plus long bail, de 1911 à 1932), personnel (30 employés à la gare en 1906: ils sont aujourd’hui 25), coût de la vie (il fallait, à un terrassier, une heure de travail pour pouvoir acheter un kilo de beurre), architecture de la gare, bâtie en 1922: toute cette histoire est passionnante. L’expo fait aussi un clin d’œil aux personnalités célèbres que le train a fait passer à Romont, comme Napoléon III et Victor Hugo, qu’une foule compacte a acclamé. «A Romont, ils entrent dans le wagon en foule et me serrent la main. Un prêtre me regarde de travers», note dans son carnet de voyage l’illustre écrivain…

Romont, Tour de Fribourg (rempart nord), jusqu’au 3 novembre,
tous les jours de 10 h à 20 h

Marie-Paule Angel / 2 avril 2002