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Céciliennes
de La Valsainte à Charmey
Quand
le chant élève lâme
Un
démenti aux inquiétudes colportées sur la santé
de lart choral? La Fête des céciliennes de La Valsainte,
qui a rassemblé ce week-end quelque 300 chanteurs à Charmey
et Cerniat, a présenté un visage radieux de ces churs
déglise. Points forts: le concours du vendredi et la messe
dominicale.

Près de 300
choristes ont participé à ces rencontres, ce week-end à
Charmey et à Cerniat
(photos C. Dutoit)
La rencontre des
céciliennes de La Valsainte a vécu, dimanche en léglise
de Charmey, un de ces moments de communion chorale dont le canton a
le secret. Près de 300 choristes des huit ensembles liturgiques
du secteur de Notre-Dame des Marches ont uni leur timbre de voix. Autant
dire que lexpression consacrée «la musique
élève lâme» a pris tout son sens
en ce dimanche de fête.
Le peuple chantant du décanat a fait honneur à la Missa
brevis du Genevois William Montillet. Un choix qui porte le sceau de
Jean-Pierre Chollet, de Neyruz, dont le geste souple a guidé
les céciliens de la rive droite de la Sarine et de la vallée
de la Jogne. Celui qui pour loccasion éclipsa le curé
Jacques Le Moual, qui a célébré la messe, dirigea
des pièces dOscar Moret, Marius Pasquier, Pierre Kaelin
ou encore Christophe Tye.
Moment fort: le Ménestrel de la paix, chant densemble tout
spécialement composé par le Brocois Léon Tâche
sur les paroles patoises de Jean Charrière. Quant à lorganiste
Philippe Marchello, il a utilisé la large palette phonique de
son instrument. Emouvant moment que cette cérémonie dun
remarquable niveau, où la qualité musicale servit de rampe
de lancement spirituelle.
«Vous êtes les ambassadeurs de la parole du Seigneur.»
«Sur vos lèvres, Dieu se fait musique et se donne à
écouter.» «Aujourdhui, les lyobas terrestres
sentremêlent aux alleluias célestes.» Le clergé
na pas de mots assez forts pour exprimer sa reconnaissance aux
churs paroissiaux, eux qui traversent une période de crise:
vieillissement des effectifs, absence de structure de formation des
chefs, manque de reconnaissance, tension avec le clergé
Dordinaire cachés sur la tribune, les chanteurs occupent
cette fois le plus clair de la nef et enchaînent avec aisance
les pièces liturgiques. Comme tous les cinq ans, et pour la 19e
fois, ils font étalage de leur technique vocale tout en témoignant
de leur engagement au service de lEglise. Le chant choral serait
en péril: qui peut le croire en cette matinée dominicale?
Léglise est pleine à craquer. Pas question dapplaudir
à tout rompre tant que loffice nest pas terminé.
Mais une fois la messe dite, il en va autrement. Le public peut alors
goûter le fruit (a cappella) du travail réalisé
en atelier par une soixantaine de dames dun côté,
et deux fois moins dhommes de lautre. Une première
qui sera sûrement reconduite, annonce le président décanal
Joseph Fragnière, de Pont-la-Ville.
Avec le chur féminin, Jean-Marie Kolly a travaillé
deux pièces religieuses, Dieu, tu es mon Dieu, et Heureux es-tu,
vierge Marie, quil a lui-même composées. Interprétation
dexcellente tenue, a jugé le public en connaisseur. Et
les chanteurs? Emmenés par leur directeur dun jour, le
Bullois Bernard Maillard, ils ont rendu un bel hommage à la tradition
grégorienne et polyphonique. Leur plain-chant Salve festa dies
et leur Laudate dominum, de Bovet, ont déclenché un tonnerre
dapplaudissements.
CRITIQUE
Si la plupart des churs villageois semblent aujourdhui préoccupés
par la recherche de nouvelles vocations, les interprétations
des Céciliennes du secteur de Notre-Dame des Marches ont témoigné,
vendredi soir en léglise de Charmey, dun réel
enthousiasme, dun plaisir communicatif que na pas manqué
de relever lexpert Michel Roulin: «Les chorales liturgiques
de ce secteur ont choisi des pièces qui leur conviennent bien
et la plupart dentre elles les ont dailleurs interprétées
par cur, signe dun énorme travail accompli par les
chefs et les choristes, ce dautant plus quune uvre
en latin ou en patois figurait au programme de chaque chur.»
Un expert heureux de pouvoir constater une amélioration générale
dans la qualité des productions des huit céciliennes de
ce décanat.
Dirigé par Jean-Joseph Huguenot, présentateur de la soirée,
le chur de Pont-la-Ville a lhonneur douvrir les feux.
Si léquilibre nest pas toujours idéal
les altos se détachent un peu trop les contrastes dynamiques
sont bons, en particulier dans Jubilate Deo de Joseph Bovet.
Lexcellente diction de la chorale de Charmey permet à lauditeur
dapprécier à sa juste valeur O Père, Source
de lamour, de Jean Mamie. La clarté des entrées,
la bonne conduction des phrases témoignent dun travail
en profondeur réalisé par Daniel Brodard et ses chanteurs.
Bonne également, lattention portée à lintonation.
Bien que les choristes de Cerniat ne soient pas très nombreux,
leur interprétation de la Préyire a Nothra Dona dou Bou,
uvre dOscar Moret, force ladmiration. Jean-Marc Descloux
parvient à insuffler une émotion de prière, une
ferveur qui sied à merveille à cette composition. Léquilibre
entre les registres et les unissons se distinguent dans Terra tremuit,
de Joseph Bovet.
Le chur de Corbières, emmené par André Imhof,
témoigne dune grande assurance vocale, interprétant
Envoie ton esprit de Francis Volery avec force conviction. Si le directeur
contribue grandement à cette belle et généreuse
sonorité densemble, il sait aussi se retirer lors dinterventions
plus à découvert de certains registres. Cest une
uvre renaissante de Palestrina suivie dun Ave Maria dOscar
Lagger quont choisi de présenter les churs de Villarvolard
et dHauteville. Alors que les contrastes dynamiques sont bien
montrés par leur chef Marcel Bochud, une attention plus minutieuse
à la conduction de certains phrasés, ainsi quune
meilleure souplesse des voix - dans lAve Maria notamment
auraient peut-être souligné la ferveur contenue dans cette
pièce plus contemporaine.
LAve Maria de Jean-Marie Kolly tout comme O toi dont le chant
de Georges Mayer, interprétés par le chur de Botterens
et dirigé avec élégance par Guy Buchmann, ont séduit
lauditoire malgré des problèmes dintonation
et un manque dhomogénéité dans les nuances
extrêmes. Lucienne Broillet, lunique directrice de la soirée,
à lécoute de ses chanteurs, a réalisé
un très beau travail densemble avec son chur de La
Roche. On retiendra en particulier un bel élan et la présence
délicate des basses dans le Jubilate Deo de Mozart.
Seul chur a ne pas revêtir les costumes traditionnels, le
chur de Broc a fait découvrir un Ave Maria du compositeur
hongrois Ferenc Farkas. Dun geste ample et bien posé, Jean-Pierre
Chollet parvient à tirer le meilleur dun chur qui
se risque avec bonheur à linterprétation de pièces
aux sonorités peu habituelles. On aurait apprécié
une meilleure diction dans lAve Maria mais léquilibre
entre les registres, lhomogénéité des voix
et la mise en relief des différents plans sonores ont démontré
les qualités de lensemble brocois. / Pierre-Yves Richoz
Sébastien
Julan /
30 avril 2002

Céciliennes
de La Part-Dieu à Sâles
La
fête de la reconnaissance
Cest
une rencontre à inscrire dans les annales. La 18e Fête
des céciliennes de La Part-Dieu fut sans fausse note ou
presque ! dans son organisation et son esprit, ouvert et généreux.
Au cur de lévénement, la musique et notamment
la messe dominicale interprétée par les 400 chanteurs
du décanat.

Quelque 400 chanteurs
se sont réunis à Sâles pour célébrer
la 18e Fête des céciliennes de La Part-Dieu
(C. Dutoit)
«Vous occupez
une place indispensable dans la liturgie de lEglise. Nous avons
besoin de vous! Car vous êtes un pont entre le ciel et la terre.»
Les céciliens, qui avaient souhaité davantage de reconnaissance
de la part de la hiérarchie ecclésiale (La Gruyère
du 18 avril), en ont reçu des brassées, dimanche à
Sâles durant la messe solennelle chantée par les onze
chorales du décanat. Mgr Rémy Berchier a exprimé
cette reconnaissance de lEglise pour ces chantres qui offrent
au «cur du monde la symphonie de Dieu». Le vicaire
général a puisé dans les textes de Vatican II
les raisons de cultiver «le trésor de la musique sacrée».
Couronnement de cette rencontre qui sest déroulée
sur trois jours, la messe était dirigée par Jean-Daniel
Scyboz. Les quatre cents chanteurs, vêtus dans leur grande majorité
du bredzon et du dzaquillon, ont interprété la Messe
franciscaine de Pierre Carraz, une uvre parfaitement adaptée
aux
circonstances, tout imprégnée de culture grégorienne
et de tradition polyphonique. Sans toujours parvenir à lui
rendre tout son relief sonore, les chantres ont éclairé
cette musique dune fervente lumière. Cette force a porté
également les motets de Moret, Chenaux, Kaelin, Bovet et Baeriswyl.
Un supplément de style et une pointe démotion
auraient apporté un couronnement à ces remarquables
interprétations, qui tenaient dabord de la prière.
A lissue de la messe, tandis que lapéritif rassemblait
la foule en grappes sonores, il nétait pas une voix pour
apporter un bémol à la fête. Tous ont loué
la parfaite organisation du comité conduit par Jacques Mauron.
Ouverture et
dialogue
Les 180 bénévoles qui ont uvré au succès
de la fête ont compris que la convivialité indispensable
à ces rencontres habite les plus infimes détails, notamment
la décoration dont la finesse et loriginalité
se tenaient à des années-lumière du kitsch habituellement
imposé
Au-delà de la forme, un esprit douverture et de dialogue
sest imposé, conduit par le slogan de la manifestation,
porté par les images de ces religions diverses qui puisent
dans le chant le goût de la concorde.
Après les concours du vendredi (lire ci-dessous), la fête
a innové en invitant plusieurs chorales denfants à
faire concert le samedi après-midi. Résultat: des musiques
souriantes, une église bondée. En soirée, les
chorales du décanat redonnaient, en public, leur programme
de la veille devant des bancs pleins à craquer. Pour les responsables
du décanat, la présidente Jeanne Meyer en tête,
la nouvelle formule est bonne mais encore perfectible. Le directeur
décanal, Jean-Daniel Scyboz, estime préférable
dorganiser le passage devant le jury le samedi soir, une fois
retombée la pression. Il conviendra également de mieux
intégrer la visite des membres du jury auprès des chorales:
«Toutes nont pas profité de cette possibilité.»
CRITIQUE
Cest le seul bémol de la fête. Les deux experts,
Haïda Husseyni et Henri Baeriswyl, ont conclu leur rapport, commenté
devant chaque ensemble, par une mention. Ce «classement»
na pas eu lheur de plaire à tous les chefs de chur,
pour lesquels une «rencontre cécilienne nest pas
un concours choral». Le directeur décanal a aussitôt
reconnu lerreur, estimant que les critères de lUnion
suisse des chorales avaient été appliqués un
peu trop à la lettre.
Ces quelques tensions mises à part, la musique fut au centre
des intérêts de la rencontre. A lissue du concert
de samedi soir, au cours duquel les onze ensembles ont présenté
deux uvres de leur choix, le jury a souligné «la
remarquable qualité du décanat». Henri Baeriswyl:
«Le travail des voix est excellent, aucun chur nest
en rade. Même les plus modestes ont présenté des
interprétations de bon niveau. La qualité essentielle
tient aussi dans le répertoire de bon goût. On ne trouve
pas de mauvaises partitions. Cela tient probablement à une
certaine tradition régionale qui a veillé au respect
de critères de qualité.»
Les améliorations à apporter? «Nous avons souhaité
davantage dengagement personnel dans lattitude de chanter.
Il y a des timidités excessives, dues souvent à la tension
provoquée par le fait de chanter devant ses propres collègues.
Nous avons également proposé que les ensembles parviennent,
une fois lapprentissage dune pièce effectuée,
à se relâcher un peu afin que linterprétation
gagne en naturel.»
Musiques désincarnées
Cest en effet lun des sentiments qui accompagnait lauditeur
vendredi soir: la volonté de «bien chanter» engendrait
des musiques désincarnées. Révélatrices,
les pièces de plain chant possédaient souvent un caractère
étudié, qui a rarement permis à la musique de
senvoler. Quelques bonnes surprises cependant avec lAlleluia
de Pâques de La Tour, ou celui de Riaz, deux churs en
excellente forme vocale.
Nul besoin dêtre un bataillon pour offrir des ailes à
une partition: les dix-sept choristes de Morlon ont témoigné
dune belle musicalité, loin des effets. Et malgré
sa moyenne dâge plus élevée, le Chur
paroissial de Bulle a fait vibrer un art choral généreux,
injectant dans le Sicut Servus de Palestrina un souffle puissant.
Les entorses à la justesse étaient souvent le miroir
dun manque de culture vocale ou de choix musicaux trop exigeants.
Reste que lémotion de la prière, qui dépasse
la perfection des notes, a trop souvent fait défaut.
Mais le décanat de La Part-Dieu, riche de chefs bien formés,
et dune forte relève, a apporté, durant ces trois
jours, une souriante contradiction aux augures pessimistes qui annonçaient
la fin des chorales.
Patrice
Borcard /
30 avril 2002

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