«Soirée
historique»: lexpression a résonné à
plusieurs reprises mercredi soir dans la salle communale de La Joux,
point de ralliement des citoyens dEstévenens, La Joux,
La Magne, Les Ecasseys, Lieffrens, Sommentier, Villariaz et Vuisternens-devant-Romont.
De simples citoyens? Que nenni! Des concitoyens. Car les sept assemblées,
ainsi que la commission administrative dEstévenens, ont
très largement approuvé la convention de fusion qui scelle
désormais leur destinée commune.
Quatre années de discussions sachèvent sur un verdict
sans équivoque. Toutes assemblées confondues (et Estévenens
mise à part), 42,1% des électeurs sont venus sexprimer
mercredi soir à bulletins secrets, et 74,7% dentre eux
ont dit oui à la fusion. Un résultat très net à
Vuisternens-devant-Romont, avec 84,5% de votes favorables. Le village
le plus réticent, Villariaz, ne compte pas moins de 68% de votes
favorables! Vuisternens-devant-Romont enregistre la participation la
plus faible (30%), et Les Ecasseys la plus élevée (77,4%).
A Estévenens, cest à lunanimité que
les trois administrateurs ont voté la fusion, dailleurs
plébiscitée par les citoyens lors dun sondage effectué
il y a deux ans.
Réunis dans la salle communale de La Joux, partisans et opposants
issus des huit villages ont trinqué à lavenir avec
le même allant. «Ce soir, le fruit était mûr,
a commenté Willy Schorderet, lieutenant de préfet de la
Glâne et administrateur dEstévenens. Lavenir
prouvera que la décision de ce soir renforcera la région.»
Roger Chammartin, syndic de La Joux, a également exprimé
son plaisir, sa fierté et sa reconnaissance à légard
de ceux qui ont uvré au succès du dossier (voir
ci-contre).
Commune attractive
Forte de 1780 habitants, la nouvelle entité verra le jour au
1er janvier 2003 et se nommera Vuisternens-devant-Romont. Dune
super-
ficie de 2260 hectares, elle possédera sa propre caisse dépargne,
sa halle de sport et son école. «Cest une commune
plutôt attractive, dotée dun important poids politique
et dune infrastructure de base des plus correctes, se félicitent
les élus. Et sa situation financière est saine, puisque
la dette par habitant sélèvera à 2348 francs.»
Limpôt sur les personnes physiques est fixé à
1 fr., soit 15 ct. de moins pour La Joux, Estévenens et Les Ecasseys.
La taxe immobilière sétablira à 2
une baisse pour Lieffrens, Sommentier et Les Ecasseys (actuellement
à 3), et une hausse pour La Joux (1,5). Quant au
subside versé par lEtat de Fribourg, il se montera à
980000 fr. Vuisternens-devant-Romont sera située en classe 6,
comme les communes membres, excepté Villariaz et Vuisternens,
actuellement en classe 5.
Pas de Conseil
général
Le futur Exécutif sera constitué de onze des conseillers
en fonction: deux pour La Joux, Villariaz et Vuisternens, un seul pour
les autres. Lors des prochaines élections, en 2006, chacune des
anciennes communes formera un cercle électoral. Malgré
le nombre délecteurs que compte la nouvelle commune (environ
1150), aucun Conseil général ne sera mis en place: lassemblée
communale subsiste, et se tiendra à La Joux. Cest par contre
Vuisternens-dt-Romont qui accueillera ladministration communale
et qui prêtera provisoirement ses armoiries à la nouvelle
entité.
Les
Ecasseys convoités
Mercredi soir, le
vote de la commune des Ecasseys prenait un relief particulier. Pas seulement
par sa netteté 79% de bulletins favorables à la
fusion et une participation massive de plus de 77%. Cest que la
commune glânoise étudiait également un projet de
fusion en Veveyse, avec Le Crêt, Grattavache et Progens.
Lundi soir lors dun vote de principe, les assemblées du
Crêt (48 oui, 4 abstentions) et de Grattavache (26 oui, 5 non,
8 abstentions) sétaient prononcées en faveur de
cette fusion. Progens, par contre, sétait récemment
retirée du projet. «Nous étions favorables à
la fusion veveysanne, explique le syndic de Progens, Claude Suard. Mais
nous souhaitions voir ladministration communale sinstaller
à Grattavache. En assemblée, les citoyens avaient dailleurs
appuyé cette revendication, qui na pas abouti. Doù
notre retrait.»
La fusion des deux communes de Grattavache et du Crêt était
dès lors suspendue à la participation des Ecasseys. «Jai
été très sollicité, relatait mercredi le
syndic des Ecasseys, Marcel Papaux. On ma demandé de lire
la convention de fusion veveysanne avant le vote. Mais ce point ne figurait
pas au tractanda. Jai seulement rappelé à lassemblée
que la porte restait ouverte du côté veveysan, en cas de
refus du côté glânois.»
Décision
respectée
La réaction de Grattavache et du Crêt devant le verdict
des Ecasseys? Un mélange dacceptation, de regret et dincompréhension.
«Nous sommes liés par des collaborations scolaires, associatives
et paroissiales au point que le drapeau des Ecasseys se trouve
depuis longtemps dans notre bureau communal, note Jean-Luc Favre, syndic
du Crêt. En général, on épouse la personne
que lon a fréquentée. Mais je respecte le choix
des Ecasseys.»
De son côté, le syndic de Grattavache Frédéric
Deillon sinterroge sur le rythme des négociations de fusion.
«Quelques mois plus tôt, le choix aurait peut-être
été différent. Nous aurions dû finaliser
plus rapidement le projet et chasser un seul lièvre à
la fois. Il faut maintenant penser à lavenir et raviver
la flamme de Progens.» Une flamme qui nest pas encore éteinte:
«Nous allons réunir nos citoyens pour réexaminer
la situation. Nous restons ouverts», assure Claude Suard.
Palpitations
dune genèse
De lavis des
syndics du cercle scolaire de Vuisternens-devant-Romont, cette fusion
à huit «la plus grande du canton» est
laboutissement dun long travail commun. Gérard Moënnat,
président du comité de fusion et syndic de Vuisternens-devant-Romont
a salué quatre années deffort et dinformation.
«Nous avons pris les choses en main en invitant toutes les communes
du cercle scolaire et Les Ecasseys à sunir. Les autorités
ont joué le jeu, faisant preuve douverture et de transparence.
Du coup, le vote final sest déroulé en toute connaissance
de cause.»
Une opinion partagée par ladministrateur dEstévenens,
Willy Schorderet, qui souligne la netteté et luniformité
du vote. «Il y a toujours eu une volonté de créer
quelque chose et nous avons su nous donner du temps, retrace le lieutenant
de préfet. Un petit doute est apparu après le renouvellement
des autorités communales. Mais les chevilles ouvrières
du projet ont su relancer la machine.»
La commune de La Magne a elle aussi traversé une période
dhésitation, dissipée en mars dernier par un vote
consultatif favorable. «Le village tirait un peu en arrière,
mais pour finir, ça a bien marché», confiait avec
satisfaction le syndic Claude Menoud.
Pour Michel Dumas, cest par contre la dernière ligne droite
qui a soulevé une légère inquiétude. «Dans
le village, plus personne ne parlait de cette fusion. Pas un bruit,
rien, explique le chef de lExécutif de Villariaz. Je redoutais
que seuls les opposants ne se rendent à lassemblée.
Peut-être est-ce lexplication du verdict final, 75 oui contre
25 non. Mais il faut aussi considérer quelques arguments troublants
avancés au dernier moment par les opposants. Finalement, la fusion
était désirée.»
Le syndic de Sommentier respire également en évoquant
le verdict de ses concitoyens. «Ce nétait pas acquis:
une action contre la fusion sétait mise en branle dans
la commune, avouait Jean-Jacques Girard. Cest pourquoi la force
du vote final plus de 80% de oui ma un peu surpris.
Quant au verdict massif des huit communes, il donnera au nouveau conseil
une excellente assise.»
Charles Dougoud, syndic de Lieffrens, éprouvait lui aussi un
certain soulagement mercredi soir. «Finalement, les choses se
sont bien passées, avec 17 oui et 7 non. Et lambiance qui
sest installée, sitôt le dépouillement accompli,
a été excellente malgré les oppositions.»
Stéphane
Sanchez /
11 mai 2002
