GLÂNE Tour du Sauvage

Une parenthèse d’intimité

Jadis tour de guet, aujourd’hui point de ralliement des esthètes, la Tour du Sauvage enchaîne chaque été expositions et soirées. Fabienne Porchet et Madeleine Fasel-Eggs orchestrent depuis quinze ans cette ronde effrénée.


Pour Fabienne Porchet et Madeleine Fasel-Eggs, la Tour du Sauvage permet de découvrir à la fois des artistes et le bâti médiéval

Avec ses neuf soirées du jeudi et ses onze semaines d’expositions estivales (le tout gratuit), la Tour du Sauvage de Romont s’est forgé une petite réputation depuis son ouverture au public, en 1989. A mi-parcours, la quinzième saison ne dément pas ce succès: entre 200 et 400 visiteurs se pressent chaque semaine sous les poutres de l’édifice, qui peine parfois à contenir son public du jeudi soir – une cinquantaine d’amateurs, l’excédant débordant sur la promenade des remparts. De la mi-juin à la mi-septembre (et de juillet à août pour les jeudis), on se presse en Romontois fidèle, en touriste ou en invité, mais toujours avec une pointe de curiosité.
Derrière cet engouement, deux femmes: Fabienne Porchet et Madeleine Fasel-Eggs, les deux sourires de l’Office du tourisme romontois. «Contrairement aux premières années, la plupart des artistes s’annoncent aujourd’hui spontanément et les semaines sont réservées une année à l’avance», explique Fabienne Porchet. La programmatrice privilégie les créateurs débutants, les œuvres novatrices et contemporaines, ni trop classiques, ni trop expérimentales. A son crédit, quelques découvertes, comme le peintre José Roosevelt ou le duo Jaël, qui reviendra, connu, le 21 août prochain. Et surtout un statut de référence auprès des galeristes, qui contactent souvent les artistes passés à Romont.
La philosophie de la maison, c’est aussi la diversité. La Tour reçoit des peintres et des musiciens, ainsi que des photographes, des céramistes ou des conteurs. «En limitant la durée d’exposition à une semaine, on relance aussi l’intérêt du public, précise Madeleine Fasel-Eggs. Et cela permet aux artistes et artisans de rester présents à leur exposition sans perdre leur enthousiasme!»
Car les exposants sont avant tout chez eux. «Ils doivent s’approprier la Tour, qui vit chaque fois différemment. Certains ont mis leurs œuvres en scène par le biais de jeux de miroirs, de labyrinthes ou de matelas à ressorts. Le décor est souvent surprenant.» Typé et restreint, malgré ses deux étages, le cadre est forcément intimiste. On s’attarde volontiers auprès de l’artiste, on échange – même avec les écrivains, lors des soirées de lectures instaurées dès 1994 avec l’éditeur Bernard Campiche. «C’est une particularité de la Tour, relève Fabienne Porchet. La proximité déclenche presque toujours quelque chose, un partage.»

Tour des détours
Le budget du duo? 5000 francs, alimenté par l’Office du tourisme, les commerçants de la ville et les forfaits versés par les exposants (50 fr.). «Nous ne prélevons aucun pourcentage sur les ventes», signale Madeleine Fasel-Eggs, en précisant que la charge du vernissage et des invitations incombe aux exposants. C’est que la Tour n’a pas de vocation lucrative: tremplin pour les créateurs, elle doit aussi promouvoir Romont en invitant les visiteurs à circuler dans la ville et mettre en valeur son bâti médiéval.


Stéphane Sanchez
12 août 2003

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