GRUYÈRE Regard du Nord

Des bistrots aux Francos

Pour la première fois, un groupe gruérien va jouer aux Francomanias. La spontanéité de Regard du Nord, formé à Vaulruz par Matthieu Huwiler, Pierre Berset et Thibault Müller, a convaincu le programmateur Dominique Rime. Le groupe, qui a surtout joué dans les bistrots, se produira à Espace Gruyère le 21 mai, avant Jérémie Kisling et M. Et attend cette échéance avec angoisse et enthousiasme.


«Un coup de chance» a permis aux Gruériens de Regard du Nord (Pierre Berset, Matthieu Huwiler
et Thibault Müller) de jouer aux prochaines Francomanias

Ils ont 21 et 22 ans, n’ont encore aucun album à leur actif, mais leur fraîcheur et leurs textes engagés ont séduit le responsable des Francomanias, Dominique Rime. Regard du Nord aura le privilège d’être le premier groupe gruérien à participer au festival de chanson francophone (du 18 au 22 mai). Le 21 mai, ils présenteront leur musique festive, fondée sur l’acoustique (deux guitares-voix et un percussionniste). Ils précéderont Jérémie Kisling et M, sur la scène d’Espace Gruyère.
Regard du Nord, c’est Matthieu Huwiler, Pierre Berset (tous deux à la guitare et au chant) et Thibault Müller (percussions). Tous trois sont amis de longue date: Matthieu et Pierre se connaissent depuis l’école enfantine, à Vaulruz, et ont rencontré Thibault quelques années plus tard. La musique, ils la pratiquent d’abord pour le 1er mai. «Matthieu, qui suivait le conservatoire, jouait de la guitare et nous étions un petit groupe de la même classe à chanter», raconte Pierre Berset.
Ensuite, ils répètent dans un local mis à disposition par la commune. Jusqu’à ce que la police s’installe à Vaulruz et utilise ces lieux: «Nous n’avions plus que la gare du nord pour répéter. Notre nom vient de là. Par la musique, on se retrouvait et on faisait la fête.» Cette gare, c’était «un peu le point de rencontre des jeunes du quartier, ajoute Matthieu Huwiler. Aujourd’hui, nous avons un autre local, mais nous continuons à répéter à la gare…» Son premier concert, Regard du Nord le donne le 1er juin 2001, à l’Hôtel de Ville de Vaulruz. Avant de se produire dans différents bistrots, «où l’on voit très bien les chansons qui accrochent ou pas».

«Simple et concret»
Dès leurs débuts, les trois musiciens se lancent dans leurs propres compositions. Matthieu et Pierre écrivent, chacun de leur côté, textes et musiques. «Thibault a aussi un rôle important, précise Matthieu. Il amène le punch, la rythmique.» D’emblée, l’acoustique attire ces fans de Tryo, «parce que c’est simple et concret. Avec deux guitares et une percussion, on peut jouer n’importe où, dans la rue, sur une scène, dans un bistrot», précise Pierre Berset. «Musicalement, ce qu’on fait est assez simple, estime Matthieu. L’important ce sont les paroles. Les textes ne sont pas des fioritures.»
L’aventure Francomanias, elle, débute par «un coup de chance», raconte Pierre Berset. «J’allais souvent jouer de la guitare derrière l’Edelweiss, à Bulle. Un soir, l’été dernier, en passant devant la terrasse, je vois un copain qui me demande de jouer quelques morceaux. J’ai envoyé des reprises, puis nos propres compos.» Jusque-là, rien d’extraordinaire. Sauf qu’à la table, un auditeur se montre particulièrement attentif. «Je ne le connaissais pas, mais il m’a dit bien aimer ce que je jouais et m’a demandé si c’était moi qui l’avais composé. Je lui parle de Regard du Nord, il me tend sa carte. Et je me suis rendu compte que c’était Dominique Rime…»

Spontanéité
Un concert, enregistré à Globull, achève de convaincre le programmateur des Francomanias. Il explique avoir été séduit «par leur spontanéité et par leurs textes, bien écrits malgré leur jeune âge. Ils sont dans la même veine que des groupes qui marchent bien en ce moment, comme Tryo ou La Rue Kétanou.» Depuis, Dominique Rime leur a donné deux ou trois conseils, par exemple sur la manière de se tenir en scène, «mais sans rien leur imposer».
D’abord prévu à l’Hôtel de Ville, le concert de Regard du Nord se déroulera finalement à Espace Gruyère. En raison des demandes de billets pour le concert de M et de sa production importante. «Au début, j’ai cru que Dominique nous faisait un gag. On brûle les étapes sans rien faire», sourit Matthieu Huwiler. «L’Hôtel de Ville était peut-être plus chaleureux pour notre style de musique. Là, le challenge est encore plus grand, mais l’inconnu peut aussi nous porter.»

«Un énorme cadeau»
Reste que si Regard du Nord se dit «très fier» de cet honneur, il sent aussi monter la tension: «Ça fait vraiment peur», souligne Pierre Berset. «Pour un groupe francophone, c’est un honneur de jouer aux Francomanias, ajoute Matthieu Huwiler. On prend ça comme un énorme cadeau. Nous avons forcément une angoisse, mais qui nous fait avancer. Nous sommes très motivés: la flamme, on l’aura!» Dominique Rime, lui, se montre confiant: «Je suis sûr que ça va bien se passer. Ils n’ont pas grand-chose à perdre: ils ont un répertoire, qu’ils ont joué assez souvent. Au pire, ils seront un peu mal à l’aise.»

Sur les routes
Pour mettre toutes les chances de leur côté, les trois Gruériens vont se retirer quelques jours dans un chalet, «en autarcie complète», pour répéter. Comme le dit Matthieu: «On a encore du boulot, mais on sait où on veut arriver.» Et la suite? Sans doute d’autres concerts, peut-être un single, voire un album. Surtout, Regard du Nord n’entend pas perdre son esprit festif et décontracté. Leur prochain rêve: partir sur les routes, en France, et «jouer dans la rue, pour nous faire les dents».

Le point sur les ventes

A six semaines du début de la 8e édition des Francomanias de Bulle (du 18 au 22 mai), quelque 6300 billets ont été vendus. Pour l’heure, seule la première soirée (avec Laurent Voulzy en vedette) est complète. Mieux vaut toutefois ne pas trop tarder pour Polar et Alain Bashung, le 22 mai: il reste 150 places. Pour les deux soirées à Espace Gruyère, qui peuvent accueillir jusqu’à 4000 personnes, 2350 billets ont été vendus pour Sanseverino, Bénabar et Tryo (le 19 mai) et environ 1330 pour Regard du Nord, Jérémie Kisling et M (le 21). Enfin, Olivia Ruiz, Raphaël et Daran ont pour l’instant attiré quelque 250 personnes. A tous ces chiffres s’ajoutent les 210 abonnements vendus. Les billets sont toujours disponibles dans les cinémas ainsi que dans le réseau Fnac.
A noter également que la Télévision Suisse romande a confirmé sa présence, à travers l’émission Zig-Zag Café, durant toute la semaine du festival.

Renseignements: www.francomanias.ch ou 026 411 11 11

 

Eric Bulliard
6 avril 2004

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