Lhôtellerie et lagriculture seront-elles bientôt
logées à la même enseigne que le secteur de la construction
en termes de lutte contre le travail au noir? Ce sera le cas lorsque
la loi fédérale actuellement en préparation déploiera
ses effets. Selon un scénario optimiste, elle entrera en vigueur
au mieux le 1er janvier 2006, sans compter les délais dadoption
des lois dapplications cantonales.
Sans plus attendre, la Commission fribourgeoise de surveillance du travail
au noir dans la construction a dores et déjà pris
des contacts, cette année, avec les responsables de lhôtellerie
et de lagriculture. Objectif: obtenir leur adhésion volontaire.
«On essaie de les motiver à nous rejoindre. Les discussions
sont plus avancées avec le secteur de lagriculture»,
dévoile René Schouwey, secrétaire de ladite commission.
Celle-ci a rendu public hier son rapport annuel 2003 (lire plus bas).
Quimpliquerait le fait dintégrer ces deux secteurs
économiques à la commission? Il faudrait au bas mot doubler
leffectif des inspecteurs, de deux à quatre personnes,
et le budget de fonctionnement, denviron 250000 fr. à un
demi-million de francs. Mais on nen est pas encore là
Autre inconnue: lampleur des conséquences liées
aux dispositions prises en guise daccompagnement à la libre
circulation des personnes, dont la deuxième étape est
entrée en vigueur le 1er juin dernier (La Gruyère du 5
juin). Une coordination sera nécessaire entre les futurs inspecteurs
du travail et ceux de la commission «travail au noir». «Les
missions de contrôle des entreprises étrangères
par nos inspecteurs devront en particulier être clairement définies»,
souligne René Schouwey.
Les
statistiques 2003
Dans sa lutte contre le travail au noir dans la construction, la commission
tripartie syndicat-patron-Etat a effectué 1006 visites de chantier
lan dernier. Dans le collimateur des deux inspecteurs à
plein-temps: le non-respect des conventions collectives et les infractions
aux législations sociales. En 2003, les 117 rapports rédigés
ont débouché sur plus de 300 transmissions aux diverses
instances concernées. A titre de comparaison, lannée
2002 avait abouti à 166 rapports. Si ces rapports, longs à
établir, sont en baisse, le nombre des dénonciations au
juge, lui, a plus que doublé lan dernier.
Le rapport dactivité indique aussi que 55 employés
ont été dénoncés à lOffice
des juges dinstruction. Les deux inspecteurs ont aussi pincé
29 employeurs qui contrevenaient à la Loi sur le séjour
des étrangers. Ces deux derniers chiffres sont comparables à
ceux de 2002. Dans le détail, la commission a dénoncé
133 soupçons dinfractions aux diverses législations
sociales, 106 soupçons dinfractions au respect des conventions
collectives (salaire de base, travail en dehors de lhoraire normal
sans autorisation) et 77 suspicions dinfractions fiscales.
Lan dernier, les juges dinstruction ont infligé des
amendes à hauteur de 18600 fr. à lencontre des employeurs
et de 14300 fr. contre les employés. Des chiffres qui devraient
encore gonfler en raison de plusieurs dossiers en cours. Seize peines
de prison avec sursis ont par ailleurs été prononcées,
parfois en complément dune amende. Elles varient de 3 à
60 jours avec des durées de sursis allant de deux à quatre
ans.
Les conséquences dues aux manquements à lAVS et
à la Suva sont plus difficiles à mesurer. «Le passage
des inspecteurs sur les chantiers provoque sans doute lannonce
de nombreux employés aux assurances sociales», estime pourtant
la commission. Elle quantifie à environ 80000 fr. par année
les cotisations ainsi récupérées par lAVS
et la Suva.
Ajoutons que la commission paritaire du gros uvre a pour sa part
infligé 56 amendes pour un montant de 97000 fr., dont six ne
pourront pas être encaissées en raison de la faillite de
lentreprise visée. Quelques-unes font lobjet de réclamation.
Seize ouvriers ont reçu des amendes pour concurrence déloyale
à leur employeur. A noter que 20% des dossiers traités
par cette commission touchent des privés effectuant des travaux
et non des entreprises. Ce sont dailleurs les privés qui
se montrent les moins fair-play lors des visites de chantiers, précise
René Schouwey: «Mais globalement, les inspecteurs sont
bien accueillis.»
Contrôles
depuis 2001
A luvre depuis le courant de lannée 2001, la
commission de lutte contre le travail au noir veille à répartir
équitablement les contrôles dans les districts. Les visites
sont ainsi effectuées en proportion des investissements consentis
dans la construction. Chaque mois, la Sarine génère 15
contrôles, la Gruyère neuf, la Singine huit, le Lac sept,
la Broye six, la Glâne et la Veveyse trois chacun. Par le passé,
Singine et Lac étaient trop visités, au contraire de la
Sarine et de la Gruyère.
Outre la traque aux clandestins, aux ouvriers non déclarés,
aux travailleurs au gris et autres faux indépendants, les inspecteurs
investissent un tiers de leur temps dans le contrôle de la gestion
des déchets. Dans ce cadre, ils ont pondu 576 rapports.
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