Une ministation dépuration biologique. Cest ce qua
mis au point le Service des eaux, sols et assainissement (SESA) du canton
de Vaud, sous la direction de Jean-Jacques Fiaux, ingénieur.
Un système qui permet de traiter le surplus de petit-lait
liquide résiduel après la fabrication du fromage, appelé
aussi lactosérum et déviter ainsi des pollutions
dans les ruisseaux de montagne. Depuis 2001, le chalet de Pra Cornet,
situé sur un alpage de la commune de Château-dx
près du col des Mosses, teste le dispositif.
A côté de labri aux cochons se trouve une espèce
de yourte blanche à toit vert dun mètre de haut.
Bien fermée, elle ne laisse rien voir de ce qui se cache sous
les pans de géotextile qui la recouvrent. Mais à lintérieur
tout un processus se déroule, en silence. Quelque mille litres
de petit-lait, que les porcins ne parviennent pas à consommer,
sont épurés grâce aux milliers de bactéries,
champignons et vers qui ont colonisé les 25 m3 de compost.
«En début de saison, les cochons sont trop petits pour
consommer tout le petit-lait, observe Jean-Jacques Fiaux. Dautant
que cette période est celle où il y a la meilleure herbe
et donc le plus de lait.» Les armaillis doivent donc éliminer
ce surplus. Et souvent, faute dautres solutions, le lactosérum
est mélangé au purin, épandu à proximité
de lexploitation ou même déversé dans un ruisseau.
Des pratiques illicites qui polluent le cours deau en question.
Une pollution qui peut parfois sétendre aux ressources
souterraines en eau potable.
Une
solution acceptable
Dans le cadre de GestAlp [n.d.l.r. association dépendant
de Prométerre et de la société vaudoise déconomie
alpestre], le préfet du Pays-dEnhaut Pierre Henchoz a demandé
sil nexistait pas un moyen pour traiter ou valoriser le
petit-lait à un prix abordable (lire également ci-dessous).
En effet, le préfet ne souhaitait pas infliger des amendes à
des agriculteurs pour lesquels les solutions existantes étaient
financièrement inacceptables. Ayant travaillé sur de nombreux
projets dans les pays en développement, Jean-Jacques Fiaux a
été pressenti comme lhomme de la situation.
«Jai commencé par chercher ce qui existait déjà
en la matière, explique lingénieur. Et je suis tombé
sur un article qui proposait aux pêcheurs de nourrir leurs vers
avec du petit-lait pour les faire croître.» Les essais ont
alors débuté dans les laboratoires du SESA, puis au domicile
de Jean-Jacques Fiaux. «Je me suis fait jeter du labo à
cause des odeurs», sourit-il. Lors de ces expérimentations,
le petit-lait sécoulait à travers de la tourbe ou
du terreau. «A la sortie, je récupérais de leau
de qualité égale à celle de sortie dune station
dépuration.»
Et comme dans celle-ci, ce sont les micro-organismes qui dégradent
la matière organique amenée ici par le petit-lait.
«Les vers ne sont cependant pas inutiles, note lingénieur.
Par les galeries quils creusent, ils aèrent le système
et le maintiennent dans une phase aérobique.» Une grande
surface épuratrice est également nécessaire. Le
terreau, trop onéreux, a été remplacé par
du compost fin. Les essais à plus grande échelle pouvaient
commencer.
La commune de Château-dx, préoccupée
par de fréquentes pollutions de ses ruisseaux, décide
de participer en prenant en charge le financement de linstallation
de Pra Cornet. Ces essais pratiques permettront de développer
un dispositif darrosage efficace, en forme de cible, qui répartit
le petit-lait de façon régulière sur lensemble
de la surface. Et ce à raison de deux à trois minutes
par heure, afin que le système puisse absorber le liquide.
La
France intéressée
Les courageux cobayes, la famille Rossier qui exploite lalpage
(voir encadré), devront cependant faire face à deux problèmes
majeurs. Le module de base nétait pas recouvert. Et la
surface du compost a servi de nursery à une colonie de mouches.
Début août, linfestation de ces insectes est devenue
totalement insupportable pour les exploitants.
Linstallation dune toile de protection a permis de lutter
contre ce fléau, qui ne sest pas reproduit les années
suivantes. La mise en place dune deuxième couche de compost
par-dessus le système darrosage est venue à bout
du deuxième problème: lodeur nauséabonde
dégagée par le compost. Depuis, dautres essais ont
été menés à plus grande échelle dans
dautres sites vaudois et tous montrent le même résultat.
Leau récupérée à la sortie des composts
est propre à plus de 99%. «Pas tout à fait la norme
légale dune station dépuration, mais la charge
polluante est nettement réduite», note lingénieur.
Présenté et testé en France, le concept a bien
des chances dêtre utilisé dans le bassin Rhône-Méditerranée-Corse.
A en croire le nombre de téléphones et de visites que
reçoit Jean-Jacques Fiaux, le projet suscite lintérêt.
La fiche technique permettant de construire le système en respectant
les règles établies par les concepteurs devrait dailleurs
voir le jour à la fin de cette semaine. «Il ne manque plus
que laval des autorités cantonales.»
Abordable
mais
Du côté de la Coopérative de LEtivaz, les
responsables sont conscients de la nécessité de trouver
un moyen de traiter le petit-lait. «Cest un problème
partout et surtout en montagne», constate Jean-François
Bielmann, gérant de la Coopérative. «Le concept
mis en place à Pra Cornet est une des solutions pour éviter
la pollution. Cet alpage sy prête dailleurs bien,
puisquil est exploité toute la saison. De plus, situé
sur une zone marécageuse, il était un point sensible de
la région.»
Reste que, selon le gérant, le module de compost coûte
cher. Linvestissement nécessaire pour sa fabrication est
de 15000 francs, pour une durée de vie denviron dix ans.
Une somme qui ne semble pas exorbitante. «Mais il faut tenir compte
que quasiment tous nos producteurs se déplacent et produisent
dans trois ou quatre chalets différents durant la saison»,
précise Jean-François Bielmann. La charge financière
devient dès lors un frein.
«Et pour le moment, dans la plupart des chalets, on arrive à
faire face grâce aux cochons», ajoute le gérant.
Quant à lidée dutiliser une partie du petit-lait
pour nourrir les vaches, elle ne semble pas être dactualité.
«Il y a bien eu des discussions à ce propos, mais les risques
dinfections bactériennes, qui augmentent nettement dans
ce cas, sont beaucoup trop importants, assure le responsable. Tout le
lot peut être contaminé.»
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Première
année difficile
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Les exploitants
de Pra Cornet, Olivier et Brigitte Rossier, ont été
les premiers à expérimenter le système
mis au point par le SESA. Une expérience à laquelle
ils se sont prêtés volontairement. Et même
si tout na pas été rose, ils se disent aujourdhui
satisfaits. «Nous nous sentons concernés, observe
Brigitte Rossier. Le petit-lait est un souci pour tous les producteurs
de fromage. Et cette possibilité de le traiter sur place
nous semblait plus intéressante.»
Pourtant la première année où le module
était installé à côté de leur
chalet a plutôt été difficile à vivre.
Le compost, alors ouvert, avait été colonisé
par les mouches, donnant une infestation insupportable. «Pas
moyen de déjeuner sans que toute la nourriture soit couverte
dinsectes», se rappelle lexploitante. Le fléau
a été éradiqué, laissant cependant
un goût amer aux agriculteurs.
«Les trois quarts de notre production de fromage étaient
foutus. Cétait sans doute lié aux mouches.
Le plus difficile a été de trouver la motivation
pour remonter à lalpage lannée suivante»,
avoue Brigitte Rossier. Les mises au point apportées
au compost ont également permis déliminer
les désagréments olfactifs. Et la production de
LEtivaz 2003 de Pra Cornet a même décroché
un 19,5 sur 20 lors de la taxation.
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