«Continuer
à rencontrer nos paroissiens, voir le soleil se lever
tous les jours, être en bonne santé, profiter de la vie
et de la présence de nos petits-enfants!» Charly et Anne-Marie
Chaperon nont pas dautre désir, à la veille
de donner un ultime tour de clé à la porte de «leur»
poste des Paccots. Le couple aura passé trente-trois ans dans
ce bâtiment, construit en 1971, cinq ans après la nomination
de Charly aux Paccots.
Son départ marque un tournant pour la petite station, qui ne
deviendra pas, comme on le craignait, un désert postal. Car un
contrat de partenariat a pu être signé entre La Poste suisse
et lOffice du tourisme de Châtel-St-Denis/Les Paccots pour
le maintien, dans limmeuble Paccots-Centre, et dès le 2
août, dune agence postale pour les services les plus demandés.
Les opérations financières se feront à Châtel
pour des raisons de sécurité (La Gruyère du 8 juillet).
La distribution du courrier pour les usagers centrés se fera
comme par le passé. Mais par un facteur de Châtel. Tandis
que deux groupes de cases, des batteries, comme on dit curieusement,
permettront la desserte du courrier aux habitants excentrés et
aux propriétaires de résidences secondaires.
Le travail bien fait et les clients bien servis, dans la même
tranche horaire, «surtout pour les quotidiens, parce que les gens
aiment lire leurs journaux de bonne heure» reste toujours le souci
de Charly Chaperon au-delà du 31 juillet
De 16 à
249 ménages
Charly et sa femme ne quittent pas leur chalet postal du chemin de lErmitage
sans un pincement de cur. Pour leurs clients comme pour le décor.
Fée du logis, Anne-Marie a fait de son jardin un vrai paradis
floral. «Au début, tout ça va nous manquer»,
sourit-elle. Mais à Fruence, dans la maison où habite
son fils, cette maman gâteau naura guère le temps
de sennuyer, avec des petits-enfants à chouchouter
«Quand on est arrivé, le 1er juin 1966, il ny avait,
aux Paccots, que seize ménages. Aujourdhui, ils sont 249!
Ces trente dernières années ont été marquées
par le développement dune station où, autrefois,
il ny avait que les cafetiers-restaurateurs et quelques retraités.
Cétait une station aux stores baissés. Ça
a bien changé! La preuve, les 140 cases postales sont occupées»,
explique Charly.
Le mal du pays
Rien, pourtant, ne prédisposait Charly à faire carrière
à La Poste. «A peine sorti de lécole secondaire,
en 1958, je voulais être boucher, mais ça ne plaisait pas
à ma mère. Je suis le cadet de quatre enfants. A lépoque,
le train de campagne de la famille était restreint. Je suis donc
parti apprendre lallemand du côté du lac de Constance.
Jétais heureux, là-bas! Puis, comme mon oncle était
facteur, jai passé lexamen pour ladmission
à La Poste. Je me suis retrouvé catapulté à
Vernier (GE) en 1961. Cétait près de laéroport,
les avions passaient au-dessus de ma tête, alors que je rêvais
de pâturages avec des vaches dedans! Résultat, ça
ma fichu le cafard. Si bien que chaque samedi, je faisais la route
de Châtel à vélomoteur!»
Après Vernier, ce fut Vevey. Puis Verbier: «Je pétais
le feu. Parce que cest la montagne, les troupeaux!» se souvient
Charly en montrant des photos de la poste au temps des mules
Puis,
à la faveur dun remplacement à Châtel-St-Denis,
au temps de lancien syndic et buraliste Henri Liaudat. Ce dernier,
imaginant déjà le développement des Paccots, lavertit
quune place sy libérait. A lépoque,
le guichet postal «squattait» les hôtels. Cest
en 1971 que les Chaperon sinstallèrent dans la poste actuelle,
resté propriété du «géant jaune».
«Ma chance, cest davoir pu compter sur mon épouse.
Elle sest formée sur le tas. Elle rêvait dêtre
couturière, mais les temps ne sy prêtaient pas. Parce
quil fallait des bras à la campagne», dit-il en la
regardant tendrement: ces deux tourtereaux se connaissent depuis les
bancs de lécole
Ils ont autant dannées
de mariage que de collaboration postale.
Charly et Anne-Marie, la soixantaine sereine, ont dès lors tout
partagé, les bons comme les moins bons moments de leur vie professionnelle:
«Dans notre métier, on voit naître des enfants. Mais
on voit aussi mourir des gens. Autrefois, on disait que le facteur,
avec le curé et le régent, est lun des
personnages les plus importants dun village. Il y a du vrai. Car
on est en prise directe avec les bonnes et mauvaises nouvelles de la
vie, avec les émotions et les sentiments des gens. Notre ligne
a toujours été de traiter nos clients et amis avec égalité.»
Jardinage et cueillette des champignons, balades, accompagnement des
chasseurs pour «jumeler» les bêtes, poyas et «rindyas»,
fêtes de lutte ou de yodel dans lesquelles Charly, dans son habit
darmailli, lance le drapeau, sans oublier leurs petits-enfants
Les Chaperon nauront pas une minute pour trouver le temps long.
Ce samedi 24 juillet, la population des Paccots leur témoignera
sa reconnaissance.
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