VEVEYSE A la poste des Paccots depuis 33 ans
Charly, la retraite sans un pli

Nommé en 1966 à la poste des Paccots, Charly Chaperon entre en retraite à la fin de ce mois. Le buraliste et sa femme, Anne-Marie, sa fidèle compagne de travail, s’en vont avec un pincement de cœur, mais sereins, heureux que la station conserve une activité postale. En tout, Charly aura consacré quarante-trois ans de sa vie au «géant jaune».


Charly Chaperon et son épouse Anne-Marie auront servi la poste des Paccots durant trente-trois ans

 

«Continuer à rencontrer “nos paroissiens”, voir le soleil se lever tous les jours, être en bonne santé, profiter de la vie et de la présence de nos petits-enfants!» Charly et Anne-Marie Chaperon n’ont pas d’autre désir, à la veille de donner un ultime tour de clé à la porte de «leur» poste des Paccots. Le couple aura passé trente-trois ans dans ce bâtiment, construit en 1971, cinq ans après la nomination de Charly aux Paccots.
Son départ marque un tournant pour la petite station, qui ne deviendra pas, comme on le craignait, un désert postal. Car un contrat de partenariat a pu être signé entre La Poste suisse et l’Office du tourisme de Châtel-St-Denis/Les Paccots pour le maintien, dans l’immeuble Paccots-Centre, et dès le 2 août, d’une agence postale pour les services les plus demandés. Les opérations financières se feront à Châtel pour des raisons de sécurité (La Gruyère du 8 juillet).
La distribution du courrier pour les usagers centrés se fera comme par le passé. Mais par un facteur de Châtel. Tandis que deux groupes de cases, des “batteries”, comme on dit curieusement, permettront la desserte du courrier aux habitants excentrés et aux propriétaires de résidences secondaires.
Le travail bien fait et les clients bien servis, dans la même tranche horaire, «surtout pour les quotidiens, parce que les gens aiment lire leurs journaux de bonne heure» reste toujours le souci de Charly Chaperon au-delà du 31 juillet…

De 16 à 249 ménages
Charly et sa femme ne quittent pas leur chalet postal du chemin de l’Ermitage sans un pincement de cœur. Pour leurs clients comme pour le décor. Fée du logis, Anne-Marie a fait de son jardin un vrai paradis floral. «Au début, tout ça va nous manquer», sourit-elle. Mais à Fruence, dans la maison où habite son fils, cette maman gâteau n’aura guère le temps de s’ennuyer, avec des petits-enfants à chouchouter…
«Quand on est arrivé, le 1er juin 1966, il n’y avait, aux Paccots, que seize ménages. Aujourd’hui, ils sont 249! Ces trente dernières années ont été marquées par le développement d’une station où, autrefois, il n’y avait que les cafetiers-restaurateurs et quelques retraités. C’était une station aux stores baissés. Ça a bien changé! La preuve, les 140 cases postales sont occupées», explique Charly.

Le mal du pays…
Rien, pourtant, ne prédisposait Charly à faire carrière à La Poste. «A peine sorti de l’école secondaire, en 1958, je voulais être boucher, mais ça ne plaisait pas à ma mère. Je suis le cadet de quatre enfants. A l’époque, le train de campagne de la famille était restreint. Je suis donc parti apprendre l’allemand du côté du lac de Constance. J’étais heureux, là-bas! Puis, comme mon oncle était facteur, j’ai passé l’examen pour l’admission à La Poste. Je me suis retrouvé catapulté à Vernier (GE) en 1961. C’était près de l’aéroport, les avions passaient au-dessus de ma tête, alors que je rêvais de pâturages avec des vaches dedans! Résultat, ça m’a fichu le cafard. Si bien que chaque samedi, je faisais la route de Châtel à vélomoteur!»
Après Vernier, ce fut Vevey. Puis Verbier: «Je pétais le feu. Parce que c’est la montagne, les troupeaux!» se souvient Charly en montrant des photos de la poste au temps des mules… Puis, à la faveur d’un remplacement à Châtel-St-Denis, au temps de l’ancien syndic et buraliste Henri Liaudat. Ce dernier, imaginant déjà le développement des Paccots, l’avertit qu’une place s’y libérait. A l’époque, le guichet postal «squattait» les hôtels. C’est en 1971 que les Chaperon s’installèrent dans la poste actuelle, resté propriété du «géant jaune». «Ma chance, c’est d’avoir pu compter sur mon épouse. Elle s’est formée sur le tas. Elle rêvait d’être couturière, mais les temps ne s’y prêtaient pas. Parce qu’il fallait des bras à la campagne», dit-il en la regardant tendrement: ces deux tourtereaux se connaissent depuis les bancs de l’école… Ils ont autant d’années de mariage que de collaboration postale.
Charly et Anne-Marie, la soixantaine sereine, ont dès lors tout partagé, les bons comme les moins bons moments de leur vie professionnelle: «Dans notre métier, on voit naître des enfants. Mais on voit aussi mourir des gens. Autrefois, on disait que le facteur, avec le curé et le “régent”, est l’un des personnages les plus importants d’un village. Il y a du vrai. Car on est en prise directe avec les bonnes et mauvaises nouvelles de la vie, avec les émotions et les sentiments des gens. Notre ligne a toujours été de traiter nos clients et amis avec égalité.»
Jardinage et cueillette des champignons, balades, accompagnement des chasseurs pour «jumeler» les bêtes, poyas et «rindyas», fêtes de lutte ou de yodel dans lesquelles Charly, dans son habit d’armailli, lance le drapeau, sans oublier leurs petits-enfants… Les Chaperon n’auront pas une minute pour trouver le temps long. Ce samedi 24 juillet, la population des Paccots leur témoignera sa reconnaissance.

 

Marie-Paule Angel
22 juillet 2004

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