FRIBOURG Contrefaçons saisies aux douanes

On recycle aussi les montres

Action d’éclat, hier à Cressier: cinq tonnes de montres falsifiées ont passé au pilon. Des contrefaçons saisies aux douanes suisses à l’importation et à l’exportation. Les faussaires font perdre 800 millions de francs par an à l’industrie horlogère tout en menaçant les places de travail de ce fleuron helvétique.


Comment cinq tonnes de montres falisifées finissent en poussière

 

Cressier, au bord de la route menant de Guin à Morat. Une vaste halle industrielle, avec à l’intérieur une montagne de copeaux de bois à gauche et une autre de cartons à droite. Au centre, cinq tonnes de montres falsifiées ont pris place dans des conteneurs métalliques. Fausses Rolex, Omega, Cartier, mais aussi des copies de marques moins prestigieuses… Ce n’est que la pointe de l’iceberg du lucratif trafic mondial de produits de luxe. Le tout a été détruit hier par l’Administration fédérale des douanes et la Fédération de l’industrie horlogère suisse (FH).
Précipitées dans une broyeuse du haut d’un élévateur, les quelque 100000 contrefaçons ont fini en poussière dans un vacarme assourdissant. Les copies, réduites en granulés, sont triées par famille. Si les métaux (inox, zinc, laiton, etc.) seront recyclés, le reste des déchets prendra le chemin de l’incinérateur. L’opération a été menée par l’entreprise de recyclage Bühlmann, 50 employés, qui traite 50000 tonnes par an de bois, papier, ferraille et autres matériaux.
Une telle action agendée pendant la trêve médiatique estivale n’est pas innocente. Son but: attirer l’attention sur les dommages causés à l’industrie horlogère. La FH estime le manque à gagner à 800 millions de francs. Les faussaires soustraient non seulement des recettes à l’Etat, mais mettent aussi en péril une partie des 40000 emplois de l’horlogerie.

Seul un œil averti…
Un autre chiffre en dit long: pour 26 mio de montres produites en Suisse chaque année, on dénombre 30 à 40 mio de contrefaçons. Celles qui ont passé à la déchiqueteuse hier ont été saisies entre 1997 et 2004 au cours de sondages opérés aux douanes, à l’importation comme à l’exportation. Le Contrôle fédéral des métaux précieux, qui mène la lutte contre le piratage pour le compte des Douanes, séquestre bon an mal an des milliers d’imitations que la loi impose de détruire.
On vérifie en particulier la présence du poinçon officiel, reconnaissable à sa tête de saint-bernard. L’envoi dans le même paquet de marques pourtant concurrentes met aussi la puce à l’oreille. Reste qu’il faut avoir l’œil averti pour trier le bon grain de l’ivraie. Finie l’époque de la camelote! «Enrichis par ce trafic, les faussaires font aujourd’hui des objets de meilleure qualité», explique Laurent Paichot, juriste à la FH.
Mais sous l’enveloppe aux apparences parfaites, les mouvements et autres composants intérieurs ne font pas illusion: ils sont chinois ou japonais. Du bas de gamme, quoi qu’il en soit. Pour un prix de production allant de 3 à 20 fr., ajoute Daniel Monney, de la Direction générale des douanes, les montres sont revendues sur internet ou par des marchands ambulants à 100 ou 200 fr. Les vraies coûtent plusieurs milliers de francs.
«Notre cheval de bataille est de profiter de la révision de la Loi sur la protection des marques pour interdire les importations privées qui sont actuellement permises. Il faut envoyer un message clair aux consommateurs», lâche Laurent Paichot. Ces produits de contrebande saisis en Suisse proviennent en majorité d’Asie du Sud-Est, Chine en tête. Ils transitent notamment par Zurich, pour des raisons de liaisons aériennes, à destination de l’Afrique avant de revenir en partie en Europe. On connaît la fin du voyage, en Italie ou en Espagne, à la plage, où un vendeur à la sauvette vous propose une Rolex pour le prix imbattable de 50 euros…

 

Sébastien Julan
12 août 2004

Une I Editorial I Veveyse/Glâne I Fribourg I Sports

Droits de reproduction et de diffusion réservés © La Gruyère 2003 – Usage strictement personnel