«Mon
absence de racines me donne des ailes, une liberté supplémentaire.»
Théophanis Kapsopoulos, cest son nom aux origines grecques.
Le Caire, cest le lieu de sa naissance et Fribourg, cest
une grande partie de sa vie. Ici, il faut ajouter lOrchestre des
Jeunes pour dire: «Ah oui! Théophanis Kapsopoulos, cest
celui qui dirige lOrchestre des Jeunes!» Il est connu pour
ça Théo: pour son ensemble dynamique, de qualité
reconnue. Mais derrière le chef se cache un homme généreux,
pas timide mais pudique, qui se livre avec une énergie débordante.
Né en 1956, il a fait toute sa scolarité à Fribourg,
et cest en 1969 quil fonde ce qui deviendra lOrchestre
des Jeunes (OJF) qui a acquis aujourdhui une belle notoriété.
«On sest réuni avec quelques copains de collège
pour animer le mariage dun prof », se souvient Théophanis
Kapsopoulos. Au début, les quelques amis se voient toutes les
deux semaines pour jouer. Après deux ans, le premier concert
est mis sur pied. Depuis, une grande partie de sa vie est consacrée
à cet ensemble réputé.
LOJF a déjà visité de nombreux endroits du
monde, il présente neuf concerts par année, interprète
une trentaine duvres, dont la moitié na jamais
été jouées par lensemble. Depuis 1977, Théo
et son orchestre propose les «concerts du dimanche», qui
chaque année permettent au public dapprécier des
uvres éclectiques servies de manière soignée
et aux jeunes de faire lapprentissage difficile des instruments
à cordes. Bien entendu, tout ça sous la baguette experte
de Kapsopoulos.
50%
de plaisir en plus!
Après tant dannées de répétitions,
de concerts et de prestations, Théophanis Kapsopoulos affirme
garder une motivation énorme. «En fait, jai de plus
en plus de plaisir. Je pense que jai 50% de plaisir en plus au
fil des années.» Affichant toujours un sourire réfléchi,
le chef avoue avoir trouvé léquilibre, lénergie
de la musique ne le lassant jamais. Kapsopoulos est un homme de culture,
un philosophe, un humaniste. Derrière sa voix énergique
qui pourrait faire pleurer un musicien un peu fragile, il y a un pédagogue
exigeant qui laissera à de nombreux jeunes des souvenirs inoubliables.
«Aujourdhui, jattends de mes jeunes musiciens quils
donnent leur maximum. Pas mon maximum, mais le leur», pense-t-il
a haute voix. Dans sa démarche, lexercice compte plus que
le résultat. Plus que formateur, il est un éducateur du
goût de leffort, un peu perdu aujourdhui. Comme chef
ou comme professeur de piano au Conservatoire de Fribourg, Kapso reste
le même: «Je ne me substitue jamais à leur papa ou
à un ami ou à un copain. Jécoute les jeunes
sil faut les aider, et souvent ça suffit.»
Le
bien-être du quotidien
«Quand je ne dirige pas, je ne suis pas chef dorchestre»,
affirme sans équivoque lhomme au cheveu rare. Alors qui
est-il? Théophanis Kapsopoulos ne renie surtout pas son côté
oriental, mais il ne le cherche pas. «Cela me permet davoir
une distance presque volontaire avec les lieux. Et en quittant régulièrement
la Suisse, jai appris à laimer.»
Lhomme au teint halé garde son grand sourire pour évoquer
cette liberté. Il est un peu tout Théophanis Kapsopoulos:
très Fribourgeois, très Américain du sud et bien
oriental aussi il suffit de goûter son excellent café
«à la turc» pour sen convaincre. Dune
gentillesse élégante, le chef dorchestre est fier
de tout ce quil a appris par la musique. «Attention, la
musique me nourrit, mais je dois aussi la nourrir par ce qui nest
pas musique.» Là, il évoque certainement la clef
de son succès. «Ma vie, cest mon quotidien et ses
surprises.» Lhomme devient tout à coup le citoyen,
le père de famille, et le voisin de quartier en même temps.
Le musicien est pour un temps oublier.
Bernstein
et les grands
Côté musique, Théo a commencé létude
de la musique assez tard, cest-à-dire vers 12 ans. Ce fut
la Maîtrise du Collège St-Michel avec Richard Flechtner,
un prof qui la beaucoup marqué. «Je le cite toujours
en premier», précise lhomme, respectueux dun
maître. Puis ce sera Louis Sauteur, un «pédagogue
et artiste au même degré».
Dès lors, Théophanis Kapsopoulos a une énorme soif
dapprendre. Il effectue une matu scientifique et fait le grand
saut du Conservatoire: branches théoriques, piano, deux ans de
violons, deux ans de chant «chez Miette», et quelques cours
de percussions.
La direction, il la découvre vers 18 ans avec Edmond de Stoutz
à Zürich. «Jai pu assister à une de ses
répétitions, lui ai demandé quelques conseils et
de fils en aiguilles, jai pu instaurer avec lui une relation de
maître à disciple.» Dans son regard, Kapsopoulos
fait naître une grande admiration pour lélégant
de Stoutz.
Ce sera ensuite lEcole Pierre Monteux à Paris, où
il rencontre Charles Brück et Bernstein. Ses voyages le ramènent
toujours à Fribourg, chargé de nouvelles connaissances.
Grâce à son travail et à ses relations, Théophanis
Kapsopoulos dirige de grands ensembles au Brésil ou à
Boston notamment. «Par relation, jai créé
des contacts qui font que je peux aller diriger ailleurs lorsque jen
ressens le besoin, cest une forme de liberté que japprécie.»
A lécouter, lon se rend vite que le chef a découvert
lhomme, quil a façonné sa curiosité
dans le but de grandir. De stages de direction dorchestre en concerts,
de répétitions en rencontres, Théophanis Kapsopoulos
nen est pas moins toujours resté fidèle à
son orchestre des Jeunes. E. de Stoutz lui a dit un jour: «Ces
jeunes, ils jouent mieux quils ne le peuvent.» Beau résumé
que garde Théophanis Kapsopoulos toujours passionné par
la transmission du goût de la musique. Aurait-il préféré
se laisser emporter par un orchestre professionnel? Il veut rester à
la tête de lOJF. «Cest lamateurisme quil
faut tuer, pas les amateurs», tonne-t-il avec son incomparable
énergie. Le chef Kapsopoulos restera à la tête de
lOJF, et lhomme restera un exemplaire humaniste.
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Avec
Bach et Beethoven
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Bach (Suite
No 3 en ré majeur BWV 1068) et Beethoven (Symphonie No
1 en do majeur opus 21) sont au programme du deuxième
concert du dimanche de lOrchestre des Jeunes de Fribourg.
Il aura lieu à laula de lUniversité
à Fribourg,
ce dimanche 28 novembre à 17 h. Pour loccasion,
Théophanis Kapsopoulos prêtera sa baguette au chef
Daniel Cordone.
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